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Une école paramédicale souffre-douleurs

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La splendeur et la tranquillité du site ne sont que secondaires pour cet établissement de santé publique qui se trouve en mauvaise posture pour assumer sa vocation de soins.Son implantation dans une ville dépourvue de véritables structures sanitaires capables d’offrir aux stagiaires paramédicaux de bonnes prestations à leur formation pratique est devenue un bémol pour une école qui a tout de même des moyens pour faire parler d’elle. Pourtant, le statut régissant les écoles paramédicales stipule que leur implantation est réservée exclusivement aux chefs-lieux de wilaya. Car, cela pourrait être un atout pour assumer dans de bonnes conditions les formations théorique et pratique des élèves paramédicaux. Naguère, l’école paramédicale de la wilaya fonctionnait avec une annexe située au chef-lieu même (Sidi Ouali).Elle accueillait des techniciens supérieurs tandis que l’école d’Aokas se limitait à la formation de techniciens.En 1986, l’édifice se trouvant à Béjaïa-ville et appartenant à l’APC même a été récupéré donc par son propriétaire. C’était la descente aux enfers pour une école unique au niveau de la wilaya qui a, en outre, perdu son parc roulant.L’école sombrait dans l’anonymat et les élèves qui continuent tout de même à y affluer souffrent le calvaire suite aux conditions de formation très dures.Plus qu’aux moyens de transport qui font défaut, les médecins spécialistes, appelés à enseigner quelques matières médicales aux élèves, ne se bousculent plus devant la porte de cette école, prétextant son éloignement.Pire que ça, depuis 1985, l’école n’a recruté qu’un seul professeur d’enseignement paramédical (PEPM), ce qui ramène l’effectif actuel du corps enseignant à six (6) PEPM, appuyés par deux paramédicaux principaux. «Pourtant», dira le directeur actuel de l’école paramédicale d’Aokas, «le plateau technico- pédagogique existant dans notre wilaya répond suffisamment aux critères d’ouverture d’option pour former les PEPM spécialisés».Les conséqueces découlant de cette situation sont nombreuses : Primo : La formation est considérée comme médiocre si nous prenons comme seul exemple les 35 jours de stage pratique effectués durant les trois ans de la formation des sages-femmes, ce qui a d’ailleurs soulevé le courroux des représentants associatifs de cette coopération en portant plainte contre l’école.Secundo : L’école ne répond plus aux besoins ressentis par les hôpitaux de la wilaya en matière de personnel paramédical spécialisé, car, depuis des années, aucune promotion de laborantins, radiologues, et anesthésistes n’a vu le jour dans cet établissement. Les nouveaux bacheliers qui arrivent ici dans le souhait d’épouser l’un de ces métiers, ne s’arrêtent pas, leur rêve de se former à côté de chez eux, s’évapore. Actuellement, les recrues de ces quelques spécialités se forment dans d’autres wilayas, (Constantine, Tizi Ouzou, Alger). Tertio : Les stagiaires dont beaucoup sont issus de familles pauvres, ne pouvant plus supporter le statu quo, sont montés au créneau. Des mouvements de grève ont secoué l’école paramédicale d’Aokas plus d’une fois et le problème de transport refait surface sur les plates-formes de revendications. Des filles, surtout, venues quelques fois des localités très lointaines (Akbou) pour faire leur formation en régime internat, se trouvent enfin confrontées à faire la navette Aokas-Béjaïa pour effectuer leur stage pratique. La direction actuelle qui tente de faire sortir de l’ombre cette école, vise d’abord à atteindre un objectif capital : «Diversifier la formation par le recrutement d’un personnel enseignant dans les différents spécialités en usant d’un capital infrastructurel disponible à Béjaïa». Pour redorer le blason d’une école très ancrée dans la commune, des responsables ont procédé à des mesures d’urgence.Le site a bénéficié d’une extension et d’un équipement en moyens pédagogiques sophistiqués. Outre ses six (6) salles de cours équipées de tableaux laqués magnétiques, l’école sera dotée d’une salle de conférences de 250 places, avec une autre salle de 25 postes réservés aux internes. La bibliothèque a connu, de son côté, un renchérissement d’ouvrages qui atteint quelque 1700 livres. Une autre somme d’argent a été déboursée pour l’achat de plusieurs outils d’impression et de matériel pour redynamiser la salle de démonstrations pratiques. Mais ces efforts déployés sont-ils suffisants pour réhabiliter l’école, d’ailleurs trés convoitée ?Pour «révolutionner» en bon terme l’école paramédicale de Bejaïa, deux alternatives existent, selon le directeur : -Renouveler le parc auto de l’école pour mettre fin à la galère des étudiants paramédicaux.-Délocaliser l’école vers le chef-lieu de wilaya, comme le veut le statut, et ça sera l’idéal et de bonne guerre.

Nadir Touati