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Fenaïa : Centre de torture colonial de Bourbâtache

Une Mémoire à sauvegarder

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Le centre de torture datant de lère coloniale de Bourbâtache, dans la commune de Fenaïa près d’El Kseur, dans la wilaya de Béjaïa, a reçu, dernièrement, la visite d’une délégation de cadres de la Direction de la culture conduite par Djamel Benahmed, en présence du président de l’APC, Farid Bali, de la société civile représentée par l’association Tiklat, présidée par Ali Laib, qui est venu accompagner d’autres membres, pour rendre hommage aux chouhada tombés à cet endroit, durant la guerre de libération nationale.

Plusieurs autres personnes ont été présentes à cet hommage rendu aux victimes de la barbarie coloniale. Le centre de détention et de torture de Bourbâtache se situe en bordure de la route menant d’El Kseur à Yakourene. Malgré cela, alors qu’il porte une enseigne indiquant qu’il s’agit d’un Musée du Chahid, l’endroit reste vide tout au long de l’année. Il n’est ouvert qu’à l’occasion de fêtes nationales, comme le premier novembre. Faute de moyens, l’APC ne peut l’entretenir, malgré son importance. Selon le maire de la commune, ses demandes répétées auprès de la Direction des moudjahidines semblent être restées lettres mortes. Dans ce centre de torture, selon les témoignages des présents, plus de cinq cents personnes y ont perdu la vie, victimes de tortures et d’exécutions sommaires. Le maire a même déclaré que certains témoignages parlent de l’existence de fosses communes et de charniers tout autour du site. Il conviendrait de dégager des moyens pour y effectuer des recherches. L’initiative de l’organisation de cette visite a été prise par la Direction de la culture de la wilaya de Béjaïa, dans le cadre du mois du patrimoine. Cet événement s’articule entre autres autour de la problématique de la réappropriation des lieux de mémoire. Après une visite effectuée la semaine dernière au Pont Amacine où s’est déroulé le premier accrochage entre l’ALN et l’armée française dans la Zone III, une autre visite est prévue pour la semaine prochaine dans la commune d’Aokas, qui a aussi abrité un sinistre centre de torture de l’armée coloniale. Plus de cinquante ans après les faits, il est quand même impressionnant de ressentir une certaine angoisse en pénétrant à l’intérieur du bâtiment. En plus des affiches et photographies accrochées aux murs pour rappeler les faits, les cellules ont été gardées intactes, permettant aux visiteurs de se rendre compte des conditions de détention et d’incarcération qu’on vécues les combattants de notre héroïque révolution. A une centaine de mètres de là derrière un monticule boisé les prisonniers subissaient le supplice dit la Corvée de Bois. Sous prétexte de les envoyer ramasser du bois, les prisonniers étaient exécutés hors de la vue des autres. D’autres, à qui on avait annoncé leur libération, se faisaient canarder un peu plus loin. Le responsable du centre de sinistre réputation était surnommé «Bouchamar». Selon Ali Laib sur qui l’émotion était très visible, ce tortionnaire serait encore vivant. Malheureusement, ayant bénéficié de l’amnistie accordée par le Général De Gaulle à l’Armée Française, il n’est plus possible de le juger. Ceci dit, il appartient à notre pays de ne pas jeter dans les oubliettes les éléments de notre histoire. Selon Djamal Benahmed, «les Journées du patrimoine visent essentiellement, mais pas seulement, à faire découvrir à notre jeunesse les éléments encore vivants de notre patrimoine historique». Ce qui est une excellente initiative en elle-même. Transmettre la mémoire de nos aînés à nos enfants ne peut être que bénéfique. Cela permettrait aux jeunes générations de mieux connaître les éléments de leurs racines et de gagner en fierté et en respect de soi. Mais… A cette cérémonie, il y a eu plusieurs absents. La Direction de l’éducation de la wilaya de Béjaïa a brillé par son absence. Les enfants sont soigneusement gardés à l’écart de ces célébrations. Quel meilleur moyen de les dessécher et de les pousser à aller chercher leur dignité sous d’autres cieux.  L’absence des enfants à ce genre d’événements est à classer dans la catégorie du mépris. Mépris à l’égard des enfants et mépris à l’égard de ceux qui ont sacrifié leur vie pour que ces mêmes enfants puissent vivre dans la dignité. Nos aînés étaient aussi absents. La Direction des moudjahidine ne semble pas désirer s’associer à ce genre de célébrations, abandonnant le terrain pour des raisons qui nous échappent, et tournant le dos aux générations futures. Doit-on leur rappeler que leur responsabilité à l’égard de l’Histoire ne s’est pas arrêtée à l’indépendance ? Et qu’ils ont le devoir encore aujourd’hui de transmettre le flambeau et de s’assurer qu’il tombera entre de bonnes mains ? Qu’est ce qui justifierait que nos vaillants héros ne daignent même plus raconter et témoigner ? Cela reste un mystère que nous ne réussirons certainement pas à percer de sitôt. Le musée du Chahid de Bourbâtache est un lieu de mémoire. Une partie de notre mémoire nationale s’y trouve encore. Il est indécent de le laisser dans cet état d’abandon. Si on continue comme ça, plus personne ne s’en souviendra dans quelques années, et sa mémoire disparaîtra. Que les autorités publiques, Moudjahidine, APC, wilaya, mouvement associatif se serrent les coudes et s’entraident à restaurer et à réhabiliter ce site tellement important pour des milliers de personnes et pour la sauvegarde de la mémoire nationale. Aujourd’hui, une gerbe de fleurs a été déposée en mémoire des centaines de disparus de la région, victimes de la barbarie coloniale. Si on n’y prend garde, une autre barbarie pourrait bien se faufiler entre les mailles de l’irresponsabilité de l’indifférence et de l’oubli, pour s’installer sous une autre forme.

N. Si Yani