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Chemini Doyenne du village Boumelal âgée de 100 ans

Hommage à Nna L’Djida

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Passer la barre des cent ans pour nos aïeux est plus qu’un témoin de longévité d’autant plus que jadis, ces pères et mères s’affairaient sans relâches à leurs tâches quotidiennes sans renâcler au devoir de subvenir aux besoins de leurs familles, souvent des smalas. Ces témoins du passé défiant le temps, ont plus d’une histoire dans leurs sacs. Le village de Boumelal a eu l’honneur de fêter ce week-end le centenaire de Nna L’Djida, et ce par le concours de sa famille ayant organisé un repas. Tous les villageois sont conviés à déguster un bon couscous, soigneusement préparé par les mains expertes des femmes. Nna L’Djida Ousalem, native du village Tighilt, un patelin sis sur les hauteurs de la commune de Chemini, a œuvré durant de longues années, sans répit, à assister et accompagner les parturientes à accoucher dans de meilleures conditions, en sus, autrefois, les maternités sont inexistantes dans le territoire Nath Waghlis, et la plus proche se trouvait à une dizaine de lieues des mechtas. C’est dire l’importance d’une sage-femme, autodidacte, acquérant au fil des berges, une expérience indéfectible en la matière de parturition. Au demeurant, l’enclavement et l’isolement qui régnaient en maîtres des céans dans les patelins, perchés sur les collines et éperons rocheux, contraignaient les villageois à se dépêtrer autant qu’ils peuvent pour survivre et vaincre l’hydre de la déréliction. « J’ai eu six enfants sains et saufs grâce à l’aide indéfectible de Nna L’Djida Ousalem. L’accouchement est une épreuve difficile. L’assistance d’une sage-femme traditionnelle est plus que salutaire », témoigne une sexagénaire. Fort heureusement, des hommes et des femmes excellent chacun dans son domaine de prédilection à apporter son savoir-faire afin d’aider ces confrères. C’est dans cet état d’esprit que Sahir L’Djida, de son vrai nom, a retroussé les manches pour aider presque toutes les femmes du village à mettre au monde leurs bébés en toute quiétude. Les gens dudit village lui vouent un respect indéfectible, et témoignent toute leur reconnaissance à celle qui fut la première sage-femme du village. En outre, le comité du village de Boumelal a remis un tableau d’honneur à la centenaire dans un passé récent, honorant ainsi le travail humanitaire que s’est attelé Nna L’Djida à mener jusqu’à ce que les années aient raison de sa santé l’obligeant ainsi à s’aliter et laisser de facto les maternités modernes accueillir les nouvelles parturientes. Les mains habiles de madame Sahir ne se limitaient pas à aider les femmes à enfanter, mais s’attachaient aussi à apporter les premiers soins aux blessés, notamment lors des fractures. Une simple pâte à base de semoule, « Tijbirt » en kabyle, est soigneusement modelée pour lui donner la forme voulue pour épouser la partie de la main ou de la jambe fracturée. Idem pour les petits bobos des bambins, le toubib du village, Nna L’Djida est souvent sollicitée pour guérir et alléger les souffrances des malades. Les enfants rachitiques trouvent eux aussi remède auprès d’elle, car cette femme généreuse savait comment mettre un terme à cette dénutrition chronique, et ce, par une méthode appelée «Aqtâawesfel». Toutes ces qualités intrinsèques précitées et savamment gardées pendant des lustres par Nna L’Djida sont de loin un gage d’humanisme inégalable, dont des générations ont pleinement profité de son érudition dans la médecine traditionnelle. Des gestes iatriques que même des médecins sortis des grandes universités envieraient à ces toubibs d’un autre genre. « Rien ne peut remplacer la générosité de ma grand-mère, sans omettre tous les sacrifices qu’elle a endurés durant sa longue vie, chargée d’actions de philanthropie. Lui rendre un hommage est la moindre des choses qu’on peut lui faire, car cela ne pèse pas une once face à l’immense magnanimité si rare dans notre ère », avoue avec émotion, Mohammed, petit-fils de Nna L’Djida.                

Bachir Djaider