Par Nadir Touati | 31 Mars 2011 | 5966 lecture(s)

Feraoun Commémoration du 55e anniversaire de l'offensive militaire dans la région

Le village Tagma ressuscite ses neuf martyrs

La localité de Tagma, située à 8km du chef-lieu de la commune de Feraoun, a célébré le 55e anniversaire d'une offensive militaire française qui coïncide avec le 27 mars 1956, une date historique mais amère, car elle a laissé des traces indélébiles dans la mémoire collective des habitants de ce paisible village et même de toute la région limitrophe à l’oued Amassine. Dans une ambiance de fête, les villageois de Tagma, avec le concours de l'APC de Feraoun, ont accueilli des invités, en l'occurrence des anciens maquisards ayant activé dans la région venus pour témoigner de l'engagement totale des habitants de ce village et leur adhésion entière à la révolution pur la libération du pays. Des témoignages qui se convergent à dire que Tagma, en dépit de sa situation géographique en vase clos, car située entre 3 oueds et une colline, n'avait pas cessé de fournir des hommes et de l'aide à l'ALN malgré les avertissements et les harcèlements des militaires français fortement implantés dans cette région. Rachid Ouadah, un des témoins et membre du bureau fédérale des Moudjahidine, a évoqué la bataille d'Amissine (janvier 1956), durant laquelle la troupe dirigée par Arezki Laures avait donnée des sueurs froides à l'ennemi. Ce dernier avait essuyé de lourdes pertes en hommes et en logistiques, durant cette bataille en pleine hiver. '' Cette bataille historique d'Amassine a été préparée à Ichekaben (Feraoun) sous les ordres de si Arezki Laures qui fait partie des trois de nos frères ayant tombés sur le champ d'honneur'', avait déclaré ce témoin historique qui n'a pas manqué de faire savoir à l'assistance que depuis cette ''leçon de bravoure donnée à l'ennemi'', ce dernier avait intensifié des gardes par des ratissages et des assauts sur les villages. Depuis cet événement, Tagma était dans le collimateur du contingent français, car cette bourgade était connue pour être une base de vie de l'ALN, et l'ennemi le savait pertinemment. Des hostilités, des provocations et des arrestations commencèrent à tomber sur les habitants de ce village jusqu'à cette journée cauchemardesque qui a mis Tagma à feu et à sang. Le village fut pris d'assaut par une armada de soldats armés jusqu'aux dents et qui n'ont épargné ni femmes ni enfants ni vieux. En tout, des arrestations, des blessés, des maisons saccagées et incendiées et enfin, deux des plus fils de la localité fusillés. Ouari Beka et Salah Bir venus de Kendira, ont témoigné du courage mais aussi des atrocités subies par les habitants de Tagma, lesquels avaient résisté aux souffrances dans les moments difficiles vécus par cette région. L'imam de l'époque qui fut parmi les témoins du jour, a fait cette révélation : ''Tagma avait résisté aux pires moments et aucun de ses habitants n’avait pensé à s'exiler alors que maintenant elle s'est vidée à moitié''. Il est vrai que l'exode rural a vidé ce petit village paradisiaque, car entouré de jardins bien arrosés par des cours d'eau qui coulent à flot. Selon un des organisateurs, le village compte environ 300 habitants, mais son nombre global, si l'on introduit ceux qui ont préféré s'installer ailleurs, peut atteindre les 800 habitants. C'est dire que presque deux tiers des villageois ont quitté cette localité vers des centres urbains, mais restent toujours attachés par l’affection à leur village natif qui fait la fierté de toute la commune de Feraoun, comme l'a si bien avoué M. Aghouiles, le P/APC de cette municipalité. Tagma, un village martyre de Feraoun, est fier de ses terre fertile comme le montrent ces champs de culture bien entretenus, mais aussi des sacrifices suprêmes de ses fils, avec 9 martyrs qui font partie de ces hommes ayant donné leur vie pour libérer l'Algérie. Tagma fait aussi partie de ces paisibles villages kabyles à la sauvegarde des traditions ancestrales, socle de l'identité millénaire amazighe. Il a aussi enfanté des cadres et des hommes lumineux qui font servir la République, et l'honneur revient à ces martyrs qu'on vient de remémorer aujourd'hui avec le dépôt de gerbe de fleurs et la fatiha. Louanges à leurs mémoires.

Nadir Touati

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