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Elevage caprin

Un levier pour développer l’économie rurale

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Comment enrayer l’exode rural et faire sortir les zones montagneuses
de la wilaya de Béjaïa du sous-développement ? Pour de nombreux experts et économistes, la solution réside dans le développement de l’élevage caprin.

«La filière caprine semble bien indiquée pour renforcer la production nationale en lait cru mais aussi jouer un rôle de levier du développement d’une économie rurale», souligne le Professeur Moussa Boukrif, économiste et directeur de la maison de l’entrepreneuriat de l’université de Béjaïa. Pour lui, «l’élevage caprin, de par les recettes qu’il génère, contribue considérablement à la formation de revenus substantiels pour les familles en plus de la couverture des besoins en lait et viande, ce qui permet d’atténuer la pauvreté, et par la même, l’exode rural.» Il ajoutera que «l’élevage caprin est considéré comme une véritable locomotive pour l’agriculture, notamment familiale, à travers le fumier.»

Pour corroborer ses dires, il précise : «Les chiffres de la FAO confirment cette place prépondérante de l’élevage caprin avec une évolution des effectifs de 144% entre 1970 et 2010, soit un accroissement de 3.5% par an.»

Le professeur Boukrif regrette que «la production laitière caprine en Algérie reste marginale bien que plusieurs programmes d’incitation à la production aient été mis en œuvre par les pouvoirs publics», soutenant que plusieurs études ont démontré la stature socio-économique de l’élevage caprin et son importance dans l’économie des populations montagnardes en particulier.

Il cite, à titre d’exemple le Maroc où l’activité d’élevage concerne 70 % de la population rurale, dont 18 % d’éleveurs tirent leur revenu exclusivement de l’élevage. «La spécificité de la forme familiale, majoritairement adoptée, et le manque d’information qui en découle empêchent toute analyse approfondie de ce secteur. Toutefois, certaines études ont été entreprises pour essayer de le caractériser.

L’élevage caprin est présent dans toutes les zones ; au nord il est cantonné aux zones montagneuses, mais le gros de l’effectif est réparti dans les zones steppiques et subdésertiques. Pour un cheptel dépassant 5 millions de têtes dont plus de 3 millions de chèvres en 2016, l’élevage caprin est localisé dans les régions difficiles (montagnes, steppes et régions sahariennes) à parcours dégradé, conduit en système pastoral-extensif.

La productivité de chèvres est en moyenne de 1.3 litre de lait par jour. Cette faible productivité combinée à la faiblesse des performances zootechniques en général (production et reproduction) est due à la conduite traditionnelle et le système alimentaire extensif basés sur les ressources pastorales des zones fragiles arides et semi arides et les montagnes», explique-t-il. Pour lui, «malgré le regain d’intérêt constaté pour les productions caprines, lait et viande qui talonnent les autres types de viandes, la production tarde à se défaire de la logique extensive et autoconsommation», estimant que cette faible productivité est en soi une stratégie des éleveurs en raison, d’un côté, du faible coût de production que cela permet (12 DA en moyenne), et d’un autre côté, en raison des faibles débouchés pour les produits caprins notamment industriels.

Pour le développement de la filière caprine à Bejaia, le Professeur Moussa Boukrif insiste sur la nécessité de «l’émergence d’autres formes de développement qui s’appuient sur des dynamiques locales et collectives et mettent en avant le lien entre le produit, les pratiques et le terroir.»

En d’autres termes, poursuit-il, «la valorisation artisanale (fromages, beurre…) permet aux agriculteurs de bénéficier de la forte valeur ajoutée que procurent ces produits.» «Le développement de l’élevage caprin revêt une importance capitale d’un point de vue social, économique, sanitaire et même politique que ce soit sur le plan micro ou macro-économique.

Au niveau microéconomique, l’élevage caprin contribue considérablement à la formation de revenus substantiels pour les familles en plus de la couverture des besoins en lait et viande, ce qui permet d’atténuer la pauvreté, d’autant plus que l’élevage et l’agriculture familiale représentent le premier employeur en agriculture de par le monde.

Au niveau macro-économique, le lait est la deuxième denrée alimentaire la plus importée par l’Algérie en raison de la faible production nationale. Cela dit, la substitution du lait caprin au lait bovin n’est pas raisonnable en matière de quantité, mais tout de même, l’émancipation de la production locale passe nécessairement par la valorisation de l’ensemble de la production y compris les productions camelines et ovines», fait-il remarquer.

Il est à souligner que l’institut de technologie de l’élevage (ITELV), qui tient à développer l’élevage caprin en zone montagneuse et dans les régions steppiques, a retenu, dernièrement, Béjaïa comme wilaya-pilote, en raison de sa situation géographique et de sa tradition dans l’élevage des chèvres.

Signalant, en outre, qu’un séminaire national sur l’élevage caprin aura lieu le 1er octobre prochain à Béjaïa.
F. A. B.