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El Hachimia : à quelques jours du début de la récolte oléicole

Les agriculteurs pessimistes

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Sur tout l'itinéraire allant du village de S'dara jusqu'à Chaâbet Mouihet, le long du CW 97 dans la commune d'El Hachimia, des parcelles plantées d'oliviers subissent le calvaire de la retombée d'épaisses poussières, issues de multiples carrières d'agrégats.

Ces dernières sont alignées sur plus de 10 Kms, occupant les mamelons de ces montagnes des Bibans depuis le milieu des années 2000. Brise-roche, concasseurs, tapis de débardage de produits et camions, chacun de ces engins et outils dégage sa part de poussière dans l’air au point d’obscurcir complètement l’atmosphère lorsque des vents du Sud-est se mettent de la partie. Outre les désagréments causés aux habitants de la région, y compris la fissuration de certaines demeures suite aux explosions de dynamite, les oliveraies de la région pâtissent à vue d’œil de la situation. Cette saison, le phénomène est devenu encore plus visible du fait de la longue sécheresse qui frappe la région. Le feuillage des jeunes oliviers, devenus ocres et méconnaissables, n’a pas été lavé par les pluies. Même le grain d’olivier, formé depuis plusieurs semaines, est devenu quasi invisible. C’est tout l’arbre qui se trouve saupoudré à l’excès par la poussière blanche qui se dégage des sites de carrières. Un grand nombre de ces exploitations d’oliviers est issu des concessions accordées aux riverains de la forêt par l’administration des forêts à partir de 2003. À part quelques petites parcelles qui n’ont pas réussi, l’olivier a trouvé ici son terrain de prédilection, sachant que c’est une terre fertilisée depuis toujours par la présence d’une grande pinède, celle des Bibans recouvrant tout le territoire de la wilaya de Bouira jusqu’à Bordj Bou Arréridj. Les exploitants ont commencé depuis 4 à 5 ans, à récolter les olives. Cette année, la production s’annonce sous de mauvais auspices: la sécheresse, aggravée par la masse de poussière de carrière, rend pessimistes les agriculteurs quant au rendement attendu. « Même si les unités d’agrégat ont créé quelques emplois et fourni de la matière aux chantiers des routes et des bâtiments, je ne comprends pas pourquoi les autorités et les défenseurs de l’environnement se taisent devant ces excès », s’emporte Omar, jeune agriculteur ayant bénéficié d’une concession d’oliviers. « Il y a même plus grave que cela: les sources et les puits risquent de tarir, y compris la source thermale de Hammam Ksenna, sous l’effet des mouvements sismiques causés par les détonations », explique-t-il. Dans la région, le prix de l’huile d’olive a déjà pris son envol. Les quantités restantes de l’année dernière sont cédées à 800 dinars le litre. Le peu de production attendu pour les prochains mois annonce un marché plus inaccessible; sans doute 1000 dinars par litre ou plus, selon Omar.

N.M.Taous