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M'Chedallah La canicule fait déjà des dégâts dans l'agriculture

Des récoltes compromises ?

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Les personnes âgées et expérimentées savaient d'avance que cette canicule aurait des répercussions négatives sur l'agriculture, notamment les fruits de saison.

En effet, cette sensible hausse des températures en cette saison, dénommée «idhabakhen n’doukar» et «smayem lekhrif» par les agriculteurs, selon le calendrier agricole berbère, a durement affecté cette année, la récolte des figues fraîches. Cela à cause de la hausse assez importante du taux d’humidité sachant que la région Est de Bouira, et plus particulièrement celle de M’Chedallah, est prise, depuis 06 ans, en sandwich dans un microclimat à l’origine de ce considérable changement climatique qui, lui-même, est provoqué par la mise à eau de deux importants barrages, à savoir celui de Tilesdit dans la commune de Bechloul et Tichy Haf dans la région d’Akbou, wilaya de Béjaïa. Au huitième jour de cette canicule exceptionnelle, la première série des figues fraîches, « assarthou amenzou » en Kabyle, non encore arrivées à maturité commençait à montrer des signes de déshydratation et d’assèchement avec une couleur qui vire au jaune clair. Les fruits se détachent de la branche et forment un tapis uni au-dessous des figuiers sans pour autant que ces figues immatures, dénommées «Amjah», ne soient complètement perdues pour tout le monde. Sa composante étant un aliment nutritif très apprécié par le cheptel ovin et caprin. Les éleveurs propriétaires de figueraies les ramassent et les emmagasinent en guise de provisions d’aliment de bétail, en prévision des journées de disettes de l’hiver. Pour les figueraies irriguées, cette première série de la récolte perdue est vite remplacée par la suivante dont une grande partie arriverait à maturité sous peu. Ceux parmi les figuiers qui ne bénéficient pas de l’irrigation, commenceront à perdre leur feuillage avant l’automne, ceci en plus des récoltes qui seront complètement perdues. De celles-là il n’y aurait rien à tirer. Fort heureusement, à M’Chedallah, la figue fraîche, qui est entourée de tout un mythe, est toujours considérée comme un don des forces divines, par conséquent, un fruit sacré que les nantis doivent partager à titre gracieux avec toute la communauté. Aussi, ce qui serait épargné par ces exceptionnels bouleversements climatiques profiterait à tout le monde, nul alors n’aurait le courage de refuser à son entourage le partage de ce fruit de saison légendaire et millénaire, l’un des tous premiers, avec la figue de barbarie et l’olive, cultivés par nos ancêtres, qui étaient beaucoup plus généreux et solidaires.

Les premières figues mûres à Ath Yevrahim

Les premières figues ou « Tissemdhay » ont été découvertes dans une figueraie privée au lieu-dit Ouajji dans le village Ath Yevrahim, en périphérie Nord du chef-lieu de commune de M’Chedallah. Dans le temps, la coutume veut que ces premières figues, qui arrivent à maturité juste après celles précoces « ivifren », ne soient pas cueillies avant la maturité de la récolte complète dans tout le village, et qu’il faut attendre le signal du sage du village pour voir tous les propriétaires de figueraies se rendre d’un commun accord et le même jour dans leurs champs pour commencer la cueillette des figues fraîche destinées à la consommation et ramasser celles sèches tombées pas terre qui se conservent d’une manière tout à fait naturelle dans de grandes jarres en terre « akoufi », et cela après qu’elles ne soient exposées au soleil durant plusieurs jours sur des claies « idhenyen » sur une aire aménagée dénommé « terha » pour être complètement asséchées et éviter ainsi la moisissure que provoque la moindre humidité. La récolte des figues sèches est stockée dans ces jarres après leur classification en premier et deuxième choix. Elle est bien conservée pour être consommée en hiver. Ceux des agriculteurs qui ont de la patience et du temps les sélectionnent par variété tel que «Taghanimet» qui est la meilleure variété avec «ajendjar» dont le fruit est de couleur noire, «taghlit», «allekak» dont le fruit est le premier à arriver à maturité pour ne citer que les variétés les plus connues à côté de plus d’une dizaine d’autres dont l’appellation diffère d’une région à une autre à travers la Kabylie.

Oulaid Soualah