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Vallée du Sahel

Des malades mentaux livrés à la rue

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On les rencontre un peu partout à travers les rues de la vallée du Sahel errant comme des âmes en peine.

Eux, ce sont les personnes atteintes de maladies mentales lesquelles «sillonnent» les centres urbains sans aucune prise en charge. Un phénomène vraisemblablement banalisé comme tant d’autres cas sociaux, tels que les mendiants, bien que les malades souffrant de troubles psychiatriques soient, de l’avis de beaucoup, les moins bien lotis en matière de prise en charge, aussi bien sociale que médicale.

On n’est attiré par ces sujets qu’une fois devenus agressifs et dangereux, et encore ! Même si les proches du malade parviennent à arracher le fameux sésame qui donne droit à l’internement dans un centre psychiatrique (arrêté d’internement de la wilaya et réquisitions des organismes concernés), le problème n’est pas pour autant réglé, sachant que la plupart sont «refoulés» des centres spécialisés, principalement faute de places suffisantes.

Curieusement, et malgré l’existence d’un centre psychiatrique à Sour El-Ghozlane, au Sud de la wilaya de Bouira, les malades mentaux de la région de M’chedallah et de toute la vallée du Sahel sont systématiquement orientés soit sur vers ceux de Blida (ex-Joinville), d’Oued Aïssi, à Tizi-Ouzou, et quelquefois vers celui de Béjaïa. Aux contraintes administratives s’ajoute le problème de leur évacuation, notamment pour les cas agités et agressifs qui nécessitent des moyens spéciaux, tels qu’une ambulance dotée du nécessaire et une camisole. Mais à ce jour, et malgré la sonnette d’alarme tirée à plusieurs reprises par les membres de la société civile, l’évacuation de ces sujets pose problème au niveau de l’APC, de l’’EPSP et de l’EPH pour la réquisition d’un moyen de transport. Ces trois institutions se rejettent mutuellement la responsabilité, pendant que le malade et ses proches souffrent. A titre d’illustration, à Aghbalou, un sexagénaire a mis plusieurs jours avant de voir enfin son fils malade pris en charge. Ce père de famille, auquel le SG de la wilaya avait pourtant délivré un ordre de réquisition pour le transfert de son fils, dira s’être fait balloter d’un service à un autre des jours durant. Chaque jour, le senior se rendait à la mairie, à la brigade de Gendarmerie, à la polyclinique, à la daïra… Pourtant, le document en sa possession faisait mention de l’impérative exécution de la décision du SG. Finalement, il aura fallu l’intervention des membres du comité de son village pour enfin parvenir à évacuer le malade. À l’hôpital de M’Chedallah, un malade avait passé une journée complète attaché sur un brancard aux urgences, sans que personne n’ait daigné intervenir. Ces deux cas témoignent, à eux seuls, du calvaire que vivent les familles des sujets atteints de troubles mentaux et surtout du manque de coordination entre les différents services concernés.

Pour pallier le problème de l’évacuation des malades, les APC, notamment celles des zones rurales, avaient été dotées en 2006 d’ambulances. Malheureusement, ces véhicules sont quasiment tous en panne depuis plusieurs années. Ce qui ne fait qu’accentuer l’insuffisance de la couverture médicale en milieu rural. D’aucuns préconisent de revoir tout le système de prise en charge de cette catégorie de malades, en allégeant notamment les procédures administratives et en réquisitionnant des moyens de transport spécifiques pour leur évacuation.

Oulaid Soualah