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Aïn El-Hammam - Conséquence d’une chasse intensive

Les oiseaux de plus en plus rares

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Comme la plupart des animaux sauvages qui peuplaient nos contrées, les oiseaux tels le chardonneret semblent être partis sous d’autres cieux ou carrément disparus. Nos champs, jadis si gais, commencent à devenir tristes. Au problème de la disparition progressive des chardonnerets s’ajoute celui de la rareté des autres oiseaux, pourtant nombreux dans les champs, il n’y a pas si longtemps. On n’entend plus la belle mélodie des chardonnerets (timreqemth, en kabyle) qui venaient se nourrir de graines sur les bouquets de chardons, leur nourriture favorite. Les captures de plusieurs dizaines d’entre eux les ont réduits à quelques éléments qu’on ne voit que rarement.

«Ceux qui sont encore en vie ont fui nos champs pour aller se réfugier dans les montagnes où, malgré l’éloignement, les amateurs du gain facile les poursuivent», affirme un oiseleur qui n’avait que trois chardonnerets à proposer à la vente. «D’habitude, je les attrapais par dizaines. Maintenant, il y a trop de chasseurs.» D’autre part, il y a quelques années, les oiseleurs proposaient des centaines de passereaux à chaque jour de marché à Aïn El Hammam. Cette année, on ne les voit que sporadiquement exhiber trois ou quatre de ces oiseaux à des prix astronomiques, soit 3 000 DA au bas mot.

Et notre interlocuteur de nous éclairer un peu plus sur ce phénomène : «Il y en a encore dans la montagne mais maintenant, beaucoup d’Algérois y viennent spécialement pour en prendre le maximum.» Il ne manque pas d’incriminer, au passage, les chasseurs au filet, qu’il accuse d’être responsables de la disparition de ces oiseaux. Pour chasser des grives, certains posent leurs pièges où se retrouvent coincés tous les oiseaux de passage. Plus nombreux à s’accrocher aux filets, les plus petits, tels les passereaux, blessés, sont abandonnés. Les agriculteurs, quant à eux, racontent que dans les oliveraies, pourtant éloignées des agglomérations, règne un silence de cathédrale que brise rarement le chant d’un rouge-gorge. Quant aux merles, envahissant les lieux à une certaine époque, ils se raréfient de plus en plus, victimes de la chasse à outrance.

La sonnette d’alarme est alors tirée. Dans ce sens, à l’orée de l’ouverture de la saison de chasse, il serait judicieux que les associations des chasseurs sensibilisent leurs adhérents et la population sur ce phénomène. La menace n’a jamais été aussi omniprésente à en juger le nombre de passereaux capturés. Ne se reproduisant pas en cage, ces derniers sont voués à une mort certaine. Ainsi, c’est toute l’espèce qui se trouve menacée. Officiellement, le chardonneret fait partie des nombreuses espèces protégées. Cependant, la réalité du terrain est tout autre. Aujourd’hui, il fait les frais de ses nombreux adeptes, séduits par son plumage coloré et la beauté de son chant. Chassé sans ménagement ni crainte, ce passereau, petit et bariolé, risque tout simplement de disparaître, si rien n’est fait pour que la chasse intensive dont il est victime cesse.

A. O. T.