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Aïn El-Hammam

Les étudiants investissent les chantiers

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Comme de coutume dans les régions déshéritées, les étudiants et même les collégiens ne perdent pas leur temps pendant les vacances scolaires. Après quelques jours de repos bien mérité, ils se consacrent à d’autres activités, loin des cours dispensés dans les amphis ou les salles de classe. Ils se mettent à la recherche d’un travail qui pourrait leur assurer quelque argent de poche devant leur permettre d’aborder aisément la rentrée scolaire. L’offre d’emploi pour cette main d’œuvre peu qualifiée et bon marché ne manque pas. On les recrute pour quelques jours, ou pour les besoins du coulage d’une dalle, un travail de forçat. Le bâtiment est le plus grand recruteur de ces jeunes, qui y trouvent l’occasion de mettre à l’épreuve leurs muscles, tout en gagnant quelques subsides. Ils savent que ce travail est temporaire. Bien que peu entraînés, ils ne lésinent pas sur les efforts pour gagner leur journée. Toutes les tâches ingrates leur sont dévolues. Certains travaux de force rebutent les plus téméraires, non préparés à ce travail qu’on leur propose comme pour les mettre à l’épreuve. Rafik et son camarde, qui viennent de terminer leurs études sont à pied d’œuvre, dès six heures du matin. Ils envisagent de «quitter le pays le plus rapidement possible quitte à acheter le visa», nous confient-ils. Pour ces deux jeunes, le travail qu’ils accomplissent en saisonniers est «le seul moyen pour faire face aux dépenses». Au village, les auto-constructeurs confient aux vacanciers la pénible tâche de manutention, consistant à déplacer des matériaux de construction, de la plate-forme au chantier, à dos d’âne ou au moyen de brouettes. Les allers-retours fastidieux effectués durant la journée ne se comptent pas. Quant à leur d&ucirc,; ces ‘‘bleus’’ sous payés, ne le récupèrent parfois qu’au bout de quelques mois. Au marché hebdomadaire, ils sont plusieurs collégiens à vendre des fruits et légumes derrière une rangée de caisses. Ces jeunes enfants de constitution fragile arrivent au travail au lever du jour, pour aider à décharger le camion. Leur travail consiste à peser et à déplacer des cageots pendant huit heures, avant de recharger le camion qu’ils ont déchargé vers six heures du matin. Bien que moins rémunéré que dans le bâtiment, leur boulot est également moins pénible. Ils ont aussi la possibilité de rentrer chez eux avec plusieurs sachets de fruits et légumes offerts par leur employeur. Les derniers arrivés sur la place de l’ex-Michelet sont sans conteste ces jeunes de tous âges, qui nous arrivent avec des caisses pleines de figues de barbaries. Ceux-là viennent travailler à leur compte avec la bénédiction de leurs parents, «dans le besoin», comme ils nous le confirment.

A.O.T.