Accueil Tizi Ouzou Aït Imghour, la quiétude en haute montagne

Mechtras Le village est perché à 550 mètres

Aït Imghour, la quiétude en haute montagne

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Opter pour la vie en montagne est souvent synonyme de moult difficultés. La vie rurale n’est pas permise à tout le monde. Pour s’y plaire et se retrouver, il faut beaucoup de force, de courage et de clairvoyance. Car là-haut, la vie n’est pas toujours rose.

La pauvreté et la misère sociale sont si criardes que les plus faibles finissent par évacuer les lieux. Pour vivre en montagne et spécialement dans celles de la Kabylie, il est indispensable d’être robuste, dès la naissance. Car par ici, la vie est si dure que seuls ceux nés durs et endurcis au fil des années peuvent prétendre à une vie de montagnard. Feraoun disait dans son livre, le fils du pauvre : «Nous sommes pauvres et nous vivons sur une terre pauvre». C’est comprendre qu’il faut redoubler d’ingéniosité pour trouver sa subsistance quotidienne. C’est ainsi que bien des étrangers ont essayé de s’accoutumer à la vie en haute montagne, mais après quelques années ils se résignèrent à rejoindre les plaines fertiles de la Mitidja et le confort des grandes villes. Ce n’est pas donné à tous les hommes et à toutes les femmes de vivre en haute montagne. Dans l’optique justement de mesurer l’ampleur de la difficulté de vivre en montagne, nous avons choisi au hasard un village dans le sud de la wilaya de Tizi Ouzou : Aït Imghour.

Monter, toujours monter

comme c’est le cas de bien des villages de la Kabylie. Ce village de la commune de Mechtras, à quelque 35 km de la ville des genêts, compte 6000 habitants répartis sur cinq grands quartiers, à savoir Aït amar, Aït bouhamssi, Cheurfa, Tigmi et El Djama Bougni. Pour rallier ce village perché sur une colline à 550 mètres d’altitude, il faut toujours monter, monter et encore monter comme c’est le cas pour tous les villages de Kabylie. Avec notre accompagnateur nous remarquons que la route est en bon état. Ces abords sont propres et les caniveaux existants ne servent pas de décharges qui accueillent les différents rejets des usagers. Par ici, l’environnement est respecté. Un constat qui renseigne sur la régularité de la collecte des ordures et des détritus et le civisme des habitants. Une bonne note à mettre au profit des citoyens, du comité de village et des autorités locales. Après tout, à quelques kilomètres de là la donne est tout autre. Les abords de la route regorgent de plein d’ordures, d’emballages et de canettes. C’est à penser que les citoyens n’ont aucun respect pour le milieu et que les autorités n’existent pas. Les communes de Mechtras, de Boghni, de Tizi ntléta, de souk el Tenine et de Maâtkas sont bien montrées du doigt. L’environnement est bien entendu le parent pauvre de ces localités.

Tout va bien merci !

Les infrastructures existant dans ce village renseignent on ne peut mieux sur les difficultés des citoyens. Hormis l’école primaire du village et le bureau de poste dont on dit beaucoup de bien, le reste laisse à désirer. Le dispensaire du village n’est pas suffisamment équipé et n’est doté que d’un simple infirmier. C’est comprendre que pour se soigner, les villageois d’Aït Imghour sont contraints de se rendre à Boghni ou de se rabattre sur les médecins privés de Mechtras, car là aussi la couverture sanitaire est à peu de chose prés la même. Le chef-lieu communal n’est doté ni d’une polyclinique encore moins d’un hôpital. Une doléance d’ailleurs soulevée par les citoyens et les autorités locales. La maison de jeunes est tout simplement délabrée et fermée au grand dam des jeunes du village. L’école primaire totalisant plus de 230 élèves est, il faut le signaler dans un état acceptable. La cour est en matico, le chauffage existe et elle a bénéficié de plusieurs opérations d’entretien, nous dit-on. Le village est également doté d’une aire de jeu aménagée par l’APC dans le cadre des projets de développement communaux de l’exercice écoulé. Du coté de la poste, il semble que les villageois sont gâtés car même avec la crise de billets de banque actuelle, les usagers que nous avons apostrophés à ce propos répondent tous de la même voix : «Notre bureau de poste n’est presque jamais à cours de liquidités. On y vient même des contrées lointaines pour effectuer des retraits. Certes, des fois les retraits sont limités, mais on ne repart jamais sans le sou. Les deux employés font bien leur travail», précisera un vieillard venu justement retirer sa pension de retraité

Le gaz naturel, il n’y a que ça qui manque !

Notre accompagnateur nous apprendra que l’eau potable est disponible, le réseau de l’assainissement est réalisé dans sa majorité et le téléphone fixe est une réalité. D’ailleurs, nous avons pu le vérifier, une visite d’un des cybers nous a confirmé les propos de notre interlocuteur. L’ADSL à haut débit est bien de mise. L’unique commodité qui fait encore défaut est le raccordement au gaz naturel. Pourtant, le projet est bel et bien inscrit et même l’entreprise est désignée, mais l’entame des travaux est retardée pour des raisons que nous n’arrivons pas à connaître. Il est justement temps de lancer les travaux pour permettre enfin aux Ath Imghour de jouir pleinement de cette commodité très importante de nos jours. Rappelons qu’à Aït Imghour, l’activité principale des habitants demeure toujours le travail de la terre et la collecte des olives. D’ailleurs, on y dénombre trois huileries traditionnelles. Les bêtes de somme sont toujours utilisées pour le transport du bois et des marchandises de différentes natures. Les chemins vicinaux sont dans leur totalité bétonnés. Les villageois et les autorités locales se sont entraidés pour réaliser ces travaux de dallage. En somme, le village est propre, calme et quiet. Ici, on ne compte ni bar, ni point de vente illicite d’alcool. La violence et les vols sont presque inexistants. Il faut dire que le comité de village tient bien les rennes en main. Ce n’est malheureusement pas le cas de tous les villages de la kabylie. En attendant, le chanteur du village Kaci Imghour avait raison de chanter son beau village. En dépit de plusieurs manques, les Ath Imghour se plaisent dans leur hameau.

Hocine Taib