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Aïn El-Hammam

La fête de l’Achoura prolongée

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Plus que durant le mois de carême ou les jours de l’Aïd, les routes de l’ex-Michelet étaient très fréquentées ces derniers jours. Des véhicules immatriculés dans la région se mêlaient à ceux des visiteurs habitant d’autres wilayas et venus se ressourcer en s’imprégnant de l’ambiance caractéristique de Taâchourt, dans la région. Des véhicules de tous types convergeaient vers les lieux saints où la circulation devenait difficile au fil des heures.

Les jeunes du service d’ordre n’arrêtaient pas de crier pour canaliser ce «flot» incessant d’automobiles. Profitant du retour du beau temps après quelques jours de froid, de nombreux pèlerins se sont rendus, jeudi et vendredi derniers, dans les mausolées de la région où de grands rassemblements ont été remarqués. Ce sont surtout les femmes qui étaient plus nombreuses et plus bruyantes que les hommes. Elles étaient là, habillées de leurs plus beaux atours, pour se ressourcer et revoir leurs amies qu’elles n’avaient pas vues depuis longtemps. Les chemins et sentiers menant aux villages, d’habitude déserts, étaient à cette occasion plus animés que jamais. Hommes, femmes et enfants allaient et venaient.

On se croise, on se congratule et on continue son chemin pour s’arrêter encore pour les mêmes motifs, quelques mètres plus loin. Même si elle était absente, à Djeddi Menguellet, dont le mausolée est très fréquenté, la traditionnelle équipe d’Idhaballen était largement suppléée par les CD enregistrés et vendus dans le commerce. Les danseurs et surtout les danseuses animaient les espaces qui leur étaient réservés par des youyous et d’interminables danses.

On donne un sens religieux à tout ce qu’on fait aux alentours : les danses en l’honneur du Saint ou les quelques cuillères de couscous que l’on mange pour la baraka… C’est aussi l’occasion pour les anciennes de ressortir tous les potins et les «prouesses» de tel ou tel «Mqam», par ailleurs nombreux dans la région. Il réussit, disent certaines, «là où la médecine a échoué».

Des malades y viennent, en réalité, après avoir consulté tous les spécialistes de la médecine moderne. A titre d’exemple, on raconte que des femmes stériles arrivent à concevoir après une visite à la qoba (dôme) du Saint, où elles s’essuient le visage quelques secondes avec une étoffe (appelée R’dha), posée sur une sorte de bahut qui trône au milieu de la pièce. De vieilles femmes racontent qu’un appel, par la fenêtre de Djeddi Menguellet, ramène des émigrés qui n’ont pas donné signe de vie des années durant.

Pendant ce temps, les hôtes s’affairaient à servir l’inévitable couscous à la viande qu’on sentait de loin. Tous les visiteurs y ont eu droit à satiété. La même ambiance de fête régnera durant trois jours où les visiteurs partiront heureux, convaincus d’avoir eu la bénédiction du saint qu’ils ont imploré, après avoir déposé une obole dans la boîte destinée à cet effet.

A. O. T.