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AÏN EL-HAMMAM - Ils prétendent soigner toutes les maladies

Les «guérisseurs» envahissent le marché

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En dehors des vendeurs de toutes sortes, le marché bihebdomadaire d’Aïn El-Hammam accueille des charlatans. La crédulité des malades encourage toutes sortes de charlatans à venir leur proposer leurs services, prétendant guérir des maladies que la médecine traditionnelle n’a pas pu vaincre.

Beaux parleurs, ils ne mettent pas longtemps à convaincre l’auditoire qui semble boire goulûment leurs paroles. A l’ombre d’un parasol, mégaphone en main, le plus ancien des lieux commence son discours par quelques mots d’un hadith, pour mettre en confiance l’assistance qui considère que «les religieux ne mentent pas».

Le toubib bat le rappel de ceux qui, las d’être soignés par les médecins des hôpitaux sans résultat, tentent «le tout pour le tout» avec ceux du marché. Installé toujours au même endroit, prononçant les mêmes discours, le vétéran des «guérisseurs» ne se montre impuissant devant aucun mal. Aucune maladie n’aurait de secret pour lui. Sa science ferait pâlir d’envie beaucoup de spécialistes en médecine, prétend-il.

Une série de fioles, au contenu douteux, sont étalées sur une table, alors que ses «confrères» se suffisent d’une nappe déposée au sol. Il a d’ailleurs développé son «territoire» par un étal plus volumineux et grâce à son haut-parleur, il se fait entendre à des kilomètres. Aucun habitant des appartements limitrophes n’ose ouvrir les fenêtres, de crainte d’entendre ce discours, parfois à la limite de la décence.

Il justifie son langage à coup de décibels, rappelant qu’« il n’y a pas de pudeur en religion». Quant aux enfants et aux habitants qui peuvent aisément se passer de tels excès, il n’en a cure. Personne n’ose le rappeler à l’ordre alors qu’il ne déroge pas à «sa règle» depuis des années. Il ne cesse de vanter les vertus des potions de son invention, qui guériraient des maladies, contre lesquelles la médecine conventionnelle a montré ses limites.

Il promet de leur vendre la panacée que la science n’a pas encore découverte. Pour mieux convaincre l’auditoire incrédule, il continue de faire appel à «la volonté divine». Quelques dizaines de mètres plus loin, un attroupement important indique l’importance de l’opération qui s’y pratique. Un sexagénaire, qui ne paraît nullement malade, se prête volontiers aux gestes du maître des lieux qui tient un briquet allumé à la main pour faire fondre de la graisse de chameau.

Avec l’huile ainsi obtenue, qui, d’après les habitués du marché «guérit beaucoup de maladies, même l’asthme», il lui badigeonne le dos devenu gluant. A la fin de l’opération, «le médecin malgré lui», prend à témoin son «patient» qui approuve le discours, faisant l’éloge des bienfaits du produit administré. «Nouvellement arrivée sur le marché», la mixture présentée ce matin-là, soulagerait, semble-t-il, tous les problèmes musculaires.

Il faut dire que «la réussite» du vétéran a encouragé d’autres apprentis guérisseurs, plus discrets cependant, qui tentent de se frayer une place dans ce créneau qui paraît juteux. Ils sont de plus en plus nombreux à proposer leurs produits douteux. Des racines venues des sources inconnues et des fioles, aussi repoussantes les unes que les autres, sont proposées «à boire trois fois par jour» ou le même produit pour des «massages quotidiens».

L’essentiel c’est de vendre ! Tant que personne ne se plaint d’empoisonnement ou autre complication de sa maladie, les charlatans du marché continueront à gagner confortablement leur vie sur le dos des crédules.

A. O. T.