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Pas de presse au chef-lieu communal

Aït Yahia Moussa

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Depuis près de deux mois, le chef-lieu communal est privé de journaux. En effet, les citoyens de cette commune ne lisent plus l’actualité. Si certains se déplacent jusqu’à Draâ El-Mizan ou Draâ Ben Khedda, qui sont à équidistance de l’ancien Oued-Ksari, moyennant des dépenses et autres désagréments causés par le manque de transport et les embouteillages sur la RN25, pour acheter un journal, d’autres recourent à internet.

«Fort heureusement, nous avons maintenant ce moyen technologique qui nous permet d’être au courant de tout ce qui se passe aussi bien en Algérie que dans le monde. Sinon, nous serions isolés», affirme un jeune étudiant qui surfait sur son Smartphone. Et à un autre de renchérir : «Je crois que c’est le seul chef-lieu communal où aucun buraliste ne vend le journal. Et dire que nous sommes en 2019 ! Cela s’est produit seulement durant la décennie noire.» Selon un autre citoyen, le buraliste qui étalait chaque matin la presse nationale devant son kiosque a fermé boutique.

«Même au temps où le journal arrivait, il fallait attendre 9h, car des personnes chargées par le buraliste le ramenaient de Draâ El-Mizan», explique un autre jeune homme qui avait entre les mains un journal que lui passait un camarade rentré de Draâ Ben Khedda. Il faut rappeler que durant la décennie noire, c’était un vendeur de journaux qui passait dans ce chef-lieu communal et dans toutes les administrations pour mettre à la disposition des lecteurs les titres de la presse nationale. Il s’appelle Omar Habel, qu’on surnommait à l’époque «Omar, le journaliste». Durant quinze ans, il vendait les journaux qu’il cherchait de bon matin de Draâ Ben Khedda.

De ce fait, il traversait chaque matin les buissons de son village Ichoukrène (Draâ El-Mizan) pour arriver à l’heure à l’ex-Mirabeau, en faisant souvent de l’auto-stop sur la RN25. Comme par hasard, on a rencontré ce vendeur de journaux, le week-end dernier, au centre-ville de Draâ El-Mizan. «J’ai commencé cette activité en 1993 et j’ai arrêté en 2015 parce qu’il fallait quand même trouver un poste de travail pour avoir au moins quelques années de cotisations pour ma retraite. Alors, j’ai été recruté comme ferrailleur au sein du groupe ONE, réalisant la pénétrante vers l’autoroute Est-Ouest. Mais aujourd’hui, j’ai des regrets d’avoir abandonné cette noble activité», explique-t-il. Et de poursuivre : «Je gagnais à peine cinq dinars par journal. Tout le monde m’attendait. J’étais très estimé parce que j’étais au rendez-vous quelles que soient les conditions. Imaginez que je jouais parfois à cache-cache avec les terroristes, qui interdisaient la lecture des journaux. Malgré cela, je n’avais pas abdiqué. C’était pour moi la belle époque, car je profitais de mes petites haltes dans les villages pour lire les unes des journaux et siroter un café avec mes clients.»

Omar Habel regrette aujourd’hui qu’à Aït Yahia Moussa, le journal n’arrive pas bien que la sécurité soit revenue. «Quand je passe aujourd’hui dans ce chef-lieu communal, mes anciens clients me saluent et me disent qu’ils regrettent ces beaux jours où j’entrais au café et que tout le monde me demandait son journal préféré», confie Omar. En dépit de son niveau scolaire primaire, il faisait des efforts et parvenait à comprendre toute l’actualité. «Je me suis formé», souligne-t-il.

Les lecteurs dans cette commune désenclavée souhaitent qu’un autre buraliste ait l’agrément pour vendre les titres de la presse car même s’ils ont l’embarras du choix sur le net, la version papier reste tout de même la meilleure manière d’avoir plus de nouvelles. «Tout le plaisir est d’ouvrir le journal et tourner ses feuilles», dit un fervent lecteur de notre journal.
A. O.