L’Entreprise nationale des Industries, de l’électroménager d’Oued Aïssi (ENIEM), sise à 10 km à l’Est du chef-lieu de la wilaya de Tizi-Ouzou, est à l’arrêt depuis le 30 avril dernier. Chaîne de production, service commercial… tout est paralysé. En effet, les travailleurs de cette entreprise publique sont en grève depuis plusieurs semaines. Ils ne renoncent pas à leurs revendications et maintiennent la pression.
A vrai dire, la crise que connaît l’ENIEM ne date pas d’aujourd’hui. Déficitaire depuis quelques années, elle se bat pour sa survie et n’arrive plus à répondre aux besoins de ses travailleurs. C’est du moins ce qu’ils expriment quotidiennement depuis le début de leur protestation. Le problème, d’après les grévistes que nous avons approchés, réside dans le fait que «seul le simple travailleur est pénalisé par la situation difficile de l’entreprise». Par ailleurs, le personnel de l’ENIEM revendique «une augmentation de salaire».
Pas moins de «10 000 DA sur le salaire de base», exigent-ils. Une augmentation qu’ils considèrent somme toute «légitime et raisonnable». L’un des travailleurs à la chaîne de production assurera : «Depuis 2014 à nos jours, on n’a eu ni augmentation ni primes. » Et de poursuivre : «Les prix de nos produits augmentent. Nos responsables touchent des millions et ne renoncent pas à leurs primes, malgré la situation de l’entreprise. »
Ce travailleur, à l’instar de ses collègues, regrette et dénonce le fait d’«infliger le poids des difficultés financières de l’entreprise aux simples employés». «On a travaillé dur pour cette entreprise. On a fait sa gloire autrefois. On s’est sacrifié et cédé pour sauver l’entreprise mais, aujourd’hui, quand ont voit la réalité des choses au sein de notre ENIEM, on se dit : la dignité du travailleur avant tout. Notre dignité, c’est un salaire décent à la hauteur de l’effort que nous fournissons ni plus ni moins», ajoute-t-il.
Les travailleurs de l’ENIEM nous ont fait savoir que la direction leur a signifié «ne pas pouvoir donner suite» à leurs revendications, du moins pour le moment. Elle avance comme arguments, «la situation financière et le déficit qu’enregistre l’entreprise». Néanmoins, malgré les explications de la direction de l’entreprise, les travailleurs restent déterminés. «Ces arguments ne tiennent plus la route», estiment-ils. De ce fait, ils réitèrent leur engagement à maintenir le mouvement de protestation jusqu’à la satisfaction pleine et entière de leur plate-forme de revendications.
A noter qu’en plus de l’augmentation de leur salaire, ils nous ont fait part d’autres préoccupations, notamment «l’inexistence du 13e mois», «l’insuffisance de la prime de rendement» mais, surtout, ils souhaitent l’amélioration des conditions de travail au niveau de la chaîne de production lesquelles sont, selon eux, «défavorables». Les travailleurs menacent de monter au créneau, si la direction continue à ignorer leurs revendications.
A rappeler qu’à la fin de la semaine dernière, les travailleurs de cette entreprise publique se sont rassemblés devant la direction de l’usine, en brandissant des banderoles et en scandant des slogans relatifs à leurs revendications : «Pas d’augmentation, pas de travail !». Des actions de protestation menées par les travailleurs eux-mêmes à cause du retrait des membres de la section syndicale de l’ENIEM. Un retrait, faut-il le préciser, forcé puisque les travailleurs se sont révoltés contre leurs représentants, apprend-on de l’un des anciens membres de cette section syndicale affilée à l’UGTA.
Avec le début du mouvement populaire, les employés de l’entreprise, partie prenante du mouvement, ont accusé leurs représentants d’être avec le patron de la centrale syndicale. Ces derniers se sont retirés officiellement le 18 avril. La grève des travailleurs de l’ENIEM, combien même légitime, vient amplifier la crise financière que traverse cette entreprise. Une crise qui a contraint ses responsables à fusionner l’entreprise avec une vingtaine d’autres entreprises nationales, sous la direction du groupe Elec El Djazair, pour pouvoir la contenir. Une mesure qui, décidément, n’a pas apaisé la situation.
Pour comprendre la réaction de la direction vis-à-vis de la grève des travailleurs et l’impact de ce blocage sur l’ENIEM, nous avons tenté de joindre, respectivement, le PDG de l’ENIEM et le président du groupe Elec El Djazair malheureusement, en vain. Nous y reviendrons dans nos prochaines éditions.
Kamela Haddoum

