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Le « Cavalière » en a fait l'un des deux axes prioritaires de sa politique étrangère,

L'Italie dans l'engrenage de la crise libyenne

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Entretenant des « liens personnels d’amitié » avec le colonel Kadhafi, le Cavaliere a fait de la Libye l’un des deux axes prioritaires de sa politique étrangère, l’autre s’étant constitué autour de la Russie de Vladimir Poutine. Depuis son accession au pouvoir en 2008, le président du Conseil a rencontré onze fois le Guide de la Grande Jamahiriya. En 2008, il avait signé un traité d’amitié et de coopération censé mettre un terme aux différends entre la Libye et son ancienne puissance coloniale. L’Italie s’engageait, entre autres, à construire à ses frais une autoroute de 3 milliards de dollars à travers le désert libyen. Berlusconi espérait surtout qu’en échange de ces largesses le colonel bloquerait l’immigration clandestine qui débarque régulièrement sur les côtes siciliennes.

Les secrets du bunga bunga

Pour atteindre cet objectif, le Cavaliere n’a cessé de choyer son homologue. Kadhafi fut ainsi reçu somptueusement à Rome en août 2010. Une visite émaillée des caprices du guide de la révolution libyenne qui exigea notamment de tenir une conférence devant une centaine de jeunes femmes choisies pour leur physique – c’est Kadhafi qui est censé avoir enseigné les secrets du bunga bunga à Berlusconi. Depuis cet épisode, des posters à l’effigie des deux leaders ont fleuri sur les murs de Tripoli. Lors d’un sommet de la Ligue arabe en juillet 2010, le Cavaliere a publiquement baisé la main du tyran libyen…
Depuis le début de la crise, la diplomatie transalpine a toujours eu un temps de retard. Samedi dernier, Berlusconi s’était refusé à téléphoner au colonel, « parce qu’il est trop occupé ». Lundi, avant une réunion à Bruxelles, le ministre des Affaires étrangères transalpin défendait encore « la non-ingérence dans les affaires libyennes », et il fallut l’insistance de ses pairs pour qu’il condamne au terme de la réunion « la répression contre les civils ». Mais c’est la situation humanitaire qui inquiète désormais le plus les autorités italiennes. Il y aurait en Libye un million d’immigrants en provenance de toute l’Afrique subsaharienne.

« Exode biblique »

Si le régime s’écroule, Rome prévoit une première vague de 200 000 à 300 000 boat people qui se déverserait sur ses côtes. Un exode biblique dix fois plus important que celui connu dans les années quatre-vingt-dix avec la chute du régime albanais. La marine et l’armée de l’air sont sur le pied de guerre et des camps de fortune sont installés en Sicile et sur le continent. Rome exige que l’Europe intervienne et s’engage à accueillir une partie des migrants. Mais aucun pays de l’Union n’a donné son accord.
Enfin, à plus long terme, la crise libyenne aura des répercussions économiques. L’Italie est le premier partenaire commercial de Tripoli. Les principales entreprises transalpines ont des investissements en Libye. Plus grave encore : la finance libyenne détient des participations importantes dans UniCredit, la plus grande banque italienne, Finmeccanica, le second groupe industriel du pays, ou le géant pétrolier ENI. Hier, la direction d’UniCredit avouait être sans nouvelles des managers libyens qui siègent à son conseil d’administration.