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Fièvre aphteuse Entretien avec le directeur des services agricoles de la wilaya de Tizi-Ouzou

« Il faut absolument que les agriculteurs collaborent avec nous »

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La Fièvre aphteuse prend des proportions alarmantes dans la wilaya de Tizi-Ouzou et ailleurs. Elle ne cesse de gagner du terrain, malgré les mesures préventives prises par les responsables concernés et ce au grand dam des agriculteurs. En effet, ces derniers qui sont, faut-il le signaler, en nombre important à Tizi-Ouzou, à Bouira et à Béjaïa, soit en Kabylie d’une manière générale, région où l’élevage est loin d’être un vain mot, ne savent plus à quel sain se vouer. La crainte, la panique, mêlée à la colère, se sont emparées d’eux, sachant que ces derniers vivent grâce à cette activité. Pour eux, tous les moyens sont bons pour sauver leurs cheptels. Certain n’hésitent d’ailleurs pas à faire appel aux moyens de jadis tel le henné mais aussi la chaux pour désinfecter leurs écuries. Pour en savoir plus sur cette maladie, attache a été prise avec le directeur des services agricoles de la wilaya de Tizi-Ouzou, M. Boussad Boulariah,  qui nous a accordé cet entretien, à travers lequel il explique aux éleveurs la procédure à prendre afin d’ « éviter la propagation de la maladie. Il parle également des indemnisations ainsi que de la campagne de vaccination et les moyens mis en place afin de stopper l’hémorragie. Ecoutons-le. 

La Dépêche de Kabylie : Où en est-on avec l’épizootie de fièvre aphteuse ? 

M. Boussad Boulariah : Jusqu’à hier, nous en étions à 33 foyers déclarés, répartis sur 22 communes, qui comptent au total 263 animaux qui ont été déclarés atteints. C’est une malade qui dans un premier temps n’a fort heureusement touché que les bovins, 68 mâles et 195 femelles. La maladie a été enregistrée au niveau de la wilaya suite à des achats par des éleveurs de cheptels d’engraissement en provenance, pour la plupart, de la wilaya de Sétif où il y a eu le premier foyer au niveau national. Quelques cas provenaient des wilayas de Béjaïa et Bouira. 

Les mesures prises par votre département ont-elles arrêté la propagation du virus ?

Les cas recensés ont été envoyés automatiquement à l’abattoir. Sur les 263 animaux se trouvant dans les foyers, 100 ont été abattus avant-hier et le reste hier. L’abatage a été programmé en fonction de la capacité d’abattage au niveau des abattoirs. Il y a également eu des animaux interceptés au niveau des abattoirs. Ce sont des animaux ramenés pour l’abatage et la maladie a été détectée par les services vétérinaires sur ces sujets. C’est ce que l’on appelle des « Déclarations d’abattoir » qui furent au nombre de 73. 

Est-ce que la viande d’animaux atteints de fièvre aphteuse représente un danger pour l’homme ?  

La viande d’animaux atteints de fièvre aphteuse est bonne à consommer, mais elle doit être au préalable conservée au minimum 48 à 72 heures au froid. 

Quelles sont les mesures prises dans le cadre de la lutte contre cette maladie ? 

Suite à l’apparition de cette maladie, un arrêté a été signé par M. le wali, jeudi dernier, portant déclaration de la maladie et les mesures à prendre. Il a été diffusé partout notamment au niveau des services de sécurité et des daïras pour la mise en place de cellules de surveillances et de suivi sur le terrain. Les principales mesures qui ont été entreprises sont la fermeture des marchés à bestiaux et l’interdiction de mouvement de cheptels et de fourrage qui peut également être un vecteur de la maladie. Pour le déplacement du bétail, une exception est faite pour les animaux munis de laissez-passer délivrés par les services vétérinaires. 

Y a-t-il une campagne d’information en direction des agriculteurs ? 

En effet, une importante campagne de sensibilisation en direction des éleveurs et des citoyens, sur les mesures à prendre en termes de précaution au niveau des exploitations, a été entreprise par nos services. Nous avons recommandé aux agriculteurs, entre autres, d’éviter au maximum le déplacement d’une exploitation à une autre. Une grande mobilisation des services vétérinaires, qu’ils soient vétérinaires, fonctionnaire de la DSA ou praticiens privés a été établie, pour la détection des foyers et on demande aux citoyens de déclarer dès qu’il y a suspicion sur un cas au niveau des exploitations. Il faut impérativement que les services viterinaires soient alertés pour aller faire les diagnostiques au niveau des exploitations et prendre les mesures nécessaires.

Combien de vétérinaires avez-vous mobilisés sur le terrain?

100% de  notre effectif est mobilisé à savoir 50 vétérinaires des services agricoles, auxquels s’ajoutent 150 praticiens privés. Il faut absolument que les agriculteurs collaborent avec nous et laissent les services vétérinaires faire leur travail. Il faut savoir qu’il y a hélas des agriculteurs qui refusent de collaborer avec les services vétérinaires, comme ce cas que nous avons enregistré à Aïn El Hammam dans la journée d’avant-hier. Un agriculteur chez qui nous avons découvert un foyer et à qui nous avons ordonné l’abatage de 07 bêtes a refusé d’en abattre 4 !

Qu’en est-il de l’indemnisation des agriculteurs touchés ?

Nous venons de recevoir une instruction du ministre de l’Agriculture pour les modalités d’indemnisation qui sera à hauteur de 80% sur le prix de l’animal pour la vache laitière, le prix réel de la bête sera pris en considération. L’éleveur récupère la carcasse de viande pour la vendre. Il obtiendra donc 100 % de la valeur de la bête. Pour l’heure, nous sommes en train de préparer les modalités de constitution du dossier nécessaire à l’indemnisation. Ce qu’il faut savoir c’est qu’un éleveur qui n’aura pas déclaré des cas de bêtes malades ne sera pas indemnisé. 

La vaccination peut-elle être une solution pour mettre fin à cette épizootie?

Vacciner aux alentours du foyer est une solution pour venir à bout de cette maladie. Le ministère de l’Agriculture a annoncé une commande de 900 mille doses de vaccins au niveau national, dont on attend l’arrivage. Cette commande a été passée auprès de deux laboratoires européens. C’est une campagne nationale prise en charge entièrement par les pouvoirs publics.

D’où vient ce mal ?

Les autorités vétérinaires du ministère de l’Agriculture parlent d’introduction frauduleuse de cheptels de Tunisie acheminés vers le premier point de chute Sétif où le premier foyer de fièvre aphteuse est apparu. 

Entretien réaliser par  Karima Talis