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L'industrie culturelle et la recherche universitaire menacées par le piratage et le plagiat

Les faussaires et l'esprit mercantile bradent la culture

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Dans la situation de confusion et de recul du droit que vivent les domaines de la culture et de l’enseignement universitaire, l’éthique et la déontologie subissent de graves entorses, quand il s’agit de protéger les produits de l’esprit (littérature, mémoires et thèses universitaires, chansons,…). Cette violation des règles de l’éthique se font essentiellement par deux canaux connus de tous: le piratage et le plagiat. Ce sont deux phénomènes qui ont pris une ampleur inouïe au cours de ces dernières années et qui a abouti au moins à deux graves dérives dans la société : D’une part, la violation impunie des droits d’auteur pénalise grandement les producteurs, les poussant à chercher un autre métier qui « rapporte ». D’autre part, elle crée une classe de faussaires (faux écrivains, faux chercheurs à l’université et faux journalistes) qui polluent l’atmosphère de la création et renverse les valeurs morales et intellectuelles. Avec le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication, la voie semble ouverte pour la multiplication de ce genre de pratiques, d’autant plus que l’Algérie ne dispose pas encore de moyens dissuasifs ou coercitifs pour accompagner ce développement technologique et minimiser les dégâts sur les produits de l’esprit. Quelques semaines après la mise sur le marché du dernier album de Lounis Aït Menguellet en avril 2014, le produit est mis en ligne sur internet, le proposant gracieusement au public. Il en est de même pour des milliers d’autres chansons, albums, documentaires et films. La vente sur les trottoirs, à 100 dinars l’unité de compilations entières regroupant jusqu’à 200 ou 300 chansons, est un avilissement de la culture dans ce qu’elle a de plus noble et de plus élevé. Il y a quelques années, M’djahed Hamid s’étonnait, dans un passage à la radio chaîne 2, que ses chansons soient étalées, dans des CD, sur les trottoirs de Tizi-Ouzou et d’Alger, alors qu’il n’a jamais commercialisé ses produits. Ses chansons sont censées se trouver uniquement à la radio. Il en est de même de Nouri Koufi, l’aède tlemcenien, qui a failli abandonner la chanson à la seule vue de ses produits bradés dans la rue. L’absence de législation sur les téléchargements est en train de tuer aussi des livres et d’autres documents graphiques. Cela fait, indubitablement, partie des facteurs qui font régresser le niveau de la production culturelle par le découragement des vrais producteurs et des artistes. Ce phénomène se greffe à la concurrence déloyale mais légale, instaurée lors des grandes festivités, (Panaf, Capitale de…), organisées par le ministère de la Culture depuis le milieu des années 2000 et qui a favorisé des productions médiocres en littérature, en peinture et autres créneaux, allant jusqu’à attribuer des prix auxquels la complaisance n’est pas toujours étrangère. Depuis quelques années, l’Université algérienne est sporadiquement frappée par des scandales de plagiat de mémoires et de thèses universitaires. Si le phénomène est surtout observable dans les sciences sociales et humaines, déjà dévalorisées dans le système d’enseignement algérien, il a néanmoins touché des thèses de sciences naturelles, physiques et mathématiques. La presse s’est fait l’écho de quelques cas qui déshonorent leurs auteurs, supposés être porteurs de grandes ambitions scientifiques et d’honnêteté intellectuelle. Des cas de plagiat ne se contentent même pas d’ »inspirations » ou de références « brouillées », même si celles-ci son aussi condamnables. Ils vont jusqu’au bout avec le fameux « copier-coller » qui a fait des ravages aussi dans les rédactions de journaux. En 2010, un cas de plagiat a été éventé dans l’Université de Sidi Bel Abbès relatif à un plagiat qu’auraient commis des professeurs de chimie, en copiant le contenu d’une revue marocaine dans ce domaine. Il semble même que le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique ait confirmé le délit. À ces actes qui tendent à se multiplier un peu partout en Algérie, s’ajoutent les trafics de diplômes, à l’image des fausses attestations de réussite au baccalauréat avec lesquelles de faux bacheliers ont pu accéder à l’Université d’Oran. L’étoile des faussaires semble scintiller dans une Algérie qui se cherche sur le plan de la culture, de l’enseignement, de l’éducation et des valeurs esthétiques et morales. Allons-nous, comme avec la fausse économie installée par la rente pétrolière, avoir affaire à une fausse culture installée par l’impunité ? Un sursaut des pouvoirs publics et de l’élite éclairée est plus que souhaitable. Il faut sauver la culture et les valeurs scientifiques du bradage et l’avilissement.

Amar Naït Messaoud