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Béjaïa à l’origine de Yemma Gouraya

La légende qui épousa l’histoire

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Parmi tant d’autres, Yemma Gouraya, un mont qui surplombe la ville de Béjaïa, reste l’une des destinations les plus prisées des visiteurs. Son nom éveille les curiosités.

Des visiteurs viennent pour trouver réponse à leurs questions. Qui est Yemma Gouraya ? Est-ce une légende, un mythe ou une réalité ? Parmi toutes les histoires qui tournent autours, quelle est sa vraie Histoire ? Pourquoi aucun visiteur n’oublie de faire un détoure par Yemma Gouraya ? Le mont Gouraya, qui culmine à près de 660 m d’altitude, surplombe l’île aux Pigeons et la baie du Saphir et domine toute la ville avec son mentaux de fourrure vert. Cette montagne embrasse scrupuleusement la cité fière de cette présence maternelle. Il serait également le lieu de sépulture de la sainte patronne de la ville, Yemma Gouraya. Jusqu’à un certain temps, aucune preuve archéologique n’existait pour confirmer la véracité de l’existence de cette femme. Selon les croyances et la tradition, Yemma Gouraya est la Kahina des bougeottes. D’après les légendes, Yemma Gouraya est la sœur de Yemma Mezghitane, sainte patronne de Jijel, et de Yemma Timezrit, sainte patronne de Timezrith. On regardant le sommet du mont de Yemma Gouraya de loin, on aurait l’impression de voir le cadavre de cette femme allongé. La montagne s’appelait Amssiouen au moyen âge et fut nommée Yemma Gouraya probablement par les Espagnols au 16e siècle. Yemma signifie la «mère» en kabyle. En effet, il en existe deux versions expliquant l’étymologie de l’appellation de «Gouraya». La première explication est que ce nom veut dire «protectrice de la montagne». «Gour» signifiant «mont» synonyme de montagne et «aya» signifiant «gardienne» ou «protectrice». La deuxième explication est que ce nom berbère de Gouraya (arabisé) est Iyourayen, littéralement «les adeptes de la lune», «ayur» signifiant la «lune» en parler local. Toutefois, cette étymologie apparaît comme originale car aucune source historique ne mentionne cela et, en outre, le mot Gouraya vient du byzantin et signifie le «mont d’Aya», Aya étant la fille d’un chef byzantin. Par ailleurs, les bougiotes retiennent l’interprétation qui avance que le mot «Gour» est le nom donné par les Vandales à Béjaïa et qui désignait «la ville». Certains historiens avancent l’hypothèse de Gour-Alia, c’est-à-dire «la Haute ville», d’où dérivera plus tard «Gouraya», nom transformé par le temps et les civilisations. D’après les découvertes récentes du chercheur bougiote M. Malek Aït Hamouda, architecte de l’Ecole supérieure nationale d’architecture de Paris, la Villette, une croyance, une certitude historique vient d’être bannie, le fort Gouraya n’aurait pas était édifié par les espagnols au 16e siècle. En effet, de longues et fructueuses recherches en France, complétées par un travail au niveau du Parc national de Béjaïa, ont pu recueillir des preuves irréfutables dans les archives de l’armée française, spécialement une carte reproduisant, d’un côté le site tel que trouvé par les Français, composé d’une kouba, d’une citerne et d’une maisonnette et de l’autre, le plan de l’actuel fort réalisé par Lemercier. Le mythe de l’absence de tombe est ainsi levé et la mise en évidence de l’existence d’une kouba où repose probablement Yemma Gouraya met fin à une polémique vieille comme le temps. Avec la destruction, par les Français en 1833, de la kouba, pour édifier le fort, c’est la tombe qui est rayée de la carte et que la mémoire collective a fini par oublier. Comme ces sanctuaires étaient souvent situés au sommet des collines, l’armée coloniale faisait d’une pierre deux coups. Elle construisait des miradors pour surveiller tous les villages et en même temps, elle altérait la mémoire collective et les saints protecteurs qu’étaient ces tiquebthines. Attirés par toutes les histoires et les légendes qui tournent autours, le mont Gouraya accueille environ 1 300 000 visiteurs par an, surtout en période estivale. Nul ne peut passer par Béjaïa, sans visiter le mont Gouraya.
Yemma Gouraya, dans la mémoire collective des autochtones, constitue le symbole de leur richesse et abrite tout un folklore et une culture populaire qui s’est transmise de génération en génération. Les anciens, ou ceux qu’on appelle les vraie bougiotes, estiment que Yemma Gouraya, à l’instar de ses deux sœurs, Yemma Yamna et Yemma Bridja, a préféré la ville de Béjaïa pour y choisir domicile sur les hauteurs de ses montagnes, dans l’objectif de pouvoir méditer pour ensuite dévoiler son savoir aux habitants de la région qui croient en ses connaissances théologiques.

Dans la mémoire collective des autochtones

D’ailleurs, d’après les autochtones, son nom dérive de Yemma El-Koraïa qui veut dire «mère enseignante» et elle aurait effectivement enseigné le soufisme. Survivant à ses sœurs, elle continuera à propager son savoir jusqu’à un âge avancé. À sa mort, les habitants de la région firent de son logis un mausolée et un lieu de dévotion et de prière. Elle est pour les Béjaouis cette gardienne infatigable qui veille sur la ville et la protège grâce à la grâce céleste qu’elle a reçue. Quelles que soient ses origines, Yemma Gouraya continuera longtemps encore à protéger les enfants, à guider les marins et à exaucer les vœux de ceux qui lui sont dévoués et qui font appel à sa sainteté. Mais la légende demeure vivante. La fiction côtoie la réalité et au-delà des vestiges, les béjaouis s’amusent à tisser mille et une conjectures à l’égard de Yemma Gouraya. Or, aucun bougiote n’ignore l’historiette de Béjaïa qui aurait pu être la «petite Mecque». Car, si Yemma Gouraya avait été un homme, elle aurait fermé la boucle des 100 saints de la région puisqu’il en existe 99. Le 100e saint donc est une femme – Yemma Gouraya – qui ne pouvait rivaliser avec ces hommes pour former la chaîne sacrée. En effet, originellement, les habitants de la ville venaient faire des offrandes au mont et demander à ce qu’elle exauce leurs vœux. Des femmes venaient en grand nombre pour demander de l’aider pour se marier, avoir des enfants ou recouvrir la santé. Cette tradition a franchi les barrières du temps et aujourd’hui encore, de nombreuses personnes viennent demander un coup de main à la sainte pour que leur vie soit plus savoureuse. Mais aussi, Yemma Gouraya continue à fasciner et à enchanter par la beauté de son site et par la splendeur de la ville qui s’étend en arène à ses pieds. Elle demeure la destination privilégiée des béjaouis. D’ailleurs, des pique-niques et des excursions sont souvent organisés par les familles qui favorisent les hauteurs de cette montagne pour prendre de l’aire pure et fuir le stress de la vie quotidienne.

Mechmeche S.