Par DDK | 29 Novembre 2018 | 739 lecture(s)

TIZI-OUZOU - Colloque à l’université Mouloud Mammeri

La didactique des langues maternelles en débat

Afin d’assurer un enseignement dans les normes de la langue amazighe dans le système éducatif, un colloque national est organisé depuis hier au niveau de l’auditorium de l’université Mouloud Mammeri.

«La relativement longue expérience d’enseignement de tamazight permet-elle d’avancer des réflexions plus objectifs et sereines sur les questions liées aux méthodes les plus judicieuses à son enseignement et à sa normalisation ? Son statut de langue nationale et officielle aussi bien que l’évolution des attitudes sociales n’est pas sans incidences sur sa didactique», sont autant de questionnements et d’interrogations auxquelles des universitaires doivent apporter des éléments de réponse lors de ce colloque national. Organisé par le Centre national pédagogique et linguistique pour l’enseignement de tamazight, et sous la problématique «Vers une didactique des langues maternelles : Quel impact sur l’enseignement de tamazight et sa promotion ? Quel est le rôle du numérique pour favoriser sa diffusion ?», la première séance de ce rendez-vous a été consacrée au thème : «Société, variétés, statut et enjeux des langues maternelles». Dans sa communication «Les groupes berbérophones en Algérie et leur langue : quel(s) standard (s) peut-on choisir ?», Kamel Akli aborde l’aménagement, la standardisation de tamazight en Algérie et l’attitude des groupes berbérophones vis-à-vis du standard choisi en se posant les questions suivantes : «Quelle est votre attitude vis-à-vis du choix du kabyle comme une norme de référence pour tous les dialectes amazighs ? Quelle est votre attitude à l’égard de l’approche polynomique, c’est-à-dire la standardisation convergente des dialectes amazighs ?». À partir de cet échantillon choisi qui consiste en trois groupes berbérophones, à savoir les Kabylophones, les Chaouiphones et les Mozabitophones, les réponses convergent, en général, sur l’enseignement de chaque variante. Quant à Soraya Ababsa du CRMA de Batna, elle est appelée à répondre à la question «Le Maghribi au Maghreb : Est-ce une langue à part ?», proposée dans son thème. S’appuyant sur des études des linguistes de renommée mondiale, à l’exemple de Saussure, Max Weinreich et des définitions du dictionnaire Dubois et al. (1973), la conférencière dira : «Ainsi, la réponse à la question posée dans le titre est maintenant claire. Il n’y a aucune différence linguistique entre langue/dialecte. La différence est uniquement politique : une langue est un dialecte qui a obtenu un statut officiel. ‘’Une langue est un dialecte avec une armée et une flotte». Max Weinreich, lui, dira : «Le Maghribi est donc une langue à part entière au titre que l’arabe littéral». Pour sa part, le directeur du centre de recherche en langue et culture amazighes s’est attelé à étayer son intervention sur le substrat historique et l’émergence d’une nouvelle variété linguistique dite «Arabe algérien». «Cette origine historique de la langue dite populaire et son contact permanent avec tamazight qui dure depuis au moins deux millénaires et demi ont abouti à une proximité linguistique entre les deux langues. Une proximité qui transparait à tous les niveaux linguistiques : phonétique, lexico-sémantique, morphologique et même syntaxique», insistera l’orateur.

Farida E.

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