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Tizi-Ouzou

Des fontaines publiques à l’abandon

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L’eau est un liquide rare et précieux sans lequel aucune vie sur terre n’est possible. L’humanité entière, la flore et la faune ne peuvent s’en passer. Elle sera, selon les observateurs et les spécialistes du monde entier, la cause principale de futures guerres.

Dans la wilaya de Tizi Ouzou, d’énormes quantités d’eau finissent leur course dans la mer. Sur le milliard de M3 d’eau issue de la pluviométrie annuellement et les 60 HM d’eau qui se trouvent dans les nappes souterraines, la wilaya n’arrive à mobiliser que moins de 200 millions de m3.

Pire encore, même les fontaines publiques, qui autre fois étaient l’unique source d’alimentation des villages, sont aujourd’hui à l’abandon. La majorité sont polluées et leur eau est au mieux impropre à la consommation et au pire source de maladies. Un fait dénoncé par un responsable au niveau de la direction locale de la santé publique qui a jeté un pavé dans la mare, une façon d’alerter sur les dangers qui menacent la santé publique. «80% de l’eau provenant des fontaines est impropre à la consommation. Elle peut causer de graves MTH dont l’hépatite A et la typhoïde», a alerté ce responsable exerçant à la DSP.

Le même responsable a également fait savoir que «du 1er janvier 2019 à la fin du mois de mai, 50 cas de personnes atteintes de MTH dont l’hépatite A et la typhoïde ont été enregistrés. Des cas causés par la consommation de l’eau des fontaines».

À travers la wilaya de Tizi Ouzou, plus de 1 500 villages sont répertoriés. Chaque village dispose d’au moins une fontaine publique. Soit donc au moins 1 500 fontaines. Et si 80% d’entre elles sont polluées, cela veut dire que le danger et les risques sont énormes sur la santé des populations.

Il est, donc, plus que temps de penser à un projet de réhabilitation de l’ensemble des fontaines à travers le territoire de la wilaya, non seulement pour augmenter la capacité de mobilisation de l’eau, mais aussi pour préserver la santé des populations. Il est de notre devoir également de préserver ce patrimoine ancestral.

Plusieurs fontaines polluées ou asséchées à Tizi N’tléta

Pour constater le sort des fontaines publiques à travers les villages, nous avons visité le village Aït Abdelmoumène, plus de 14 000 habitants, dans la commune de Tizi N’Tléta au sud du chef-lieu de la wilaya. Dans ce village, on a recensé plusieurs fontaines publiques, autrefois unique source d’eau pour les habitants. «Arechrouche», «Louvayer», «Tala n’chikh», «Tala Bwadi Akine», «Bouchiwane» et «Igounanan» pour ne citer que celles-là.

L’arrivée des conduites de l’ADE, vers les années 1970, avait sonné la fin pour ses sources d’eau potable. Autorités, services concernés et comités de villages, qui veillaient sur leur entretien, ont cessé de le faire. Pire encore, des réseaux d’assainissement ont été réalisés à proximité, causant leur pollution. Tala n’Chikh et Tala Bwadi Akine à Igharviyene sont à présent polluées. Leur eau coule à flots, mais dans la nature. Des lieux sociaux par excellence, où se rencontrait le gent féminine et se tissaient des relations, en plus de l’approvisionnement en eau potable.

Aujourd’hui, les lieux sont insalubres. La pestilence y sévit à cause des eaux polluées par l’assainissement réalisé juste en amont. Quelle désolation ! À Aït Graïche, les fontaines publiques ont disparu, il ne reste plus que des ruines, témoignant de leur existence. Bouchiwane et Ingounane, deux fontaines qui ont fait les beaux jours des quartiers de Taddert Oufella, il n’en reste aujourd’hui que des souvenirs. Sur la dizaine de fontaines disponibles au douar, il n’en reste que deux encore exploitables. Il s’agit d’Arechrouche et de Louvayar. Le reste des fontaines sont soit polluées, soit asséchées. Pourtant, la population a grand besoin de ces sources d’eau potable et minérale pour compléter le manque de l’alimentation assurée par l’Algérienne des eaux.

«Nous demandons aux autorités communales et aux services de l’hydraulique de faire le nécessaire pour dépolluer ses fontaines et permettre à la population de les exploiter. Ça ne coûtera pas grand chose», appelle de ses vœux un membre du comité de village de Tassoukit.
Hocine T.