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Le tourisme à Tizi Ouzou

Des splendeurs naturelles en quête d’exploitation

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Tout le monde s’accorde à dire que Tizi Ouzou possède les principaux atouts qui peuvent faire d’elle une wilaya touristique par excellence. En effet, les richesses et les potentialités dans ce domaine sont énormes dans cette wilaya qui recèle plus de 80 kilomètres de littoral, des forêts luxuriantes et vierges (à Yakouren, Mizrana, Amedjoudh, etc.), une chaîne montagneuse qui s’étire sur plusieurs kilomètres…

Parmi les célèbres destinations touristiques locales dont la prise en charge manque ou fait carrément défaut, il y a le secteur de Tala Guilef, Tabburt El-Aïnçar, à Assi Youcef, Tamda Ugoulmim, à Aït Bouaddou, ainsi que le village traditionnel et la rivière Tamda Ousarghi d’Aït El-Kaïd, à Agouni Gueghrane. Plus que les autres endroits, le secteur de Tala Guilef, relevant du Parc national du Djurdjura, grouille de visiteurs. Ce site, qui s’étend sur 18 550 hectares, jouit du tiers de la flore nationale et d’une importante densité faunistique.

Il est aujourd’hui une zone touristique très prisée par les vacanciers, de par sa diversité faunistique et floristique, ses paysages féeriques, ses gouffres, ses grottes et sa biodiversité. Le retour de la sécurité aidant, Tala Guilef a, en effet, renoué avec sa vocation touristique, en témoigne le nombre important d’amoureux de la montagne qui y affluent, notamment les week-ends. Certains viennent en famille tandis que d’autres préfèrent découvrir cette destination en groupes d’amis. Ils y passent ainsi la journée à sillonner les sentiers de Tala Guilef, se ressourçant de son air pur, loin du bruit assourdissant des zones urbaines.

Quelques randonneurs viennent dans un cadre organisé, mais le manque de structures d’accueil constitue la tache noire de leur séjour. Dans les environs, aucune boutique, aucun espace dédié au visiteur ! Nul coin où même s’acheter un simple café ou un sandwich. Pis encore, pas de trace de toilettes publiques dans les parages pour se soulager! Très attendu, l’achèvement des travaux de réhabilitation du célèbre hôtel El-Arz, incendié par les «chasseurs de lumières», traînent en longueur. A en croire les responsables locaux du tourisme, la livraison est prévue pour l’année prochaine.

Pour les amoureux de la montagne, la réalisation de petits espaces commerciaux et de lieux de détente ne nuiraient pas à la quiétude des lieux. Ils rendront service aux amateurs de la nature et revaloriseraient davantage le secteur de Tala Guilef. Aussi, pensent-ils, les guides touristiques sont plus qu’indispensables pour un meilleur encadrement du visiteur et la promotion du tourisme de montagne.

Tabburt El-Aïnçar et Tamda Ouguelmim, des sites non exploités

Tabburt El-Aïnçar, un site féerique qui se trouve à quelques encablures du chef-lieu communal d’Assi Youcef (daïra de Boghni), est une «porte» donnant accès au sublime versant nord du Djurdjura. Un endroit sublime composé de grottes, de sources, de splendides talwegs et autres merveilles. Le lieu est très fréquenté par des jeunes du versant sud de la wilaya, mais aussi d’Alger, de Boumerdès, Bouira et Béjaïa. Tabburt El Aïnçar est certainement un de ces paysages les plus enchanteurs du pays.

Hélas, il est toujours à l’état sauvage puisque les pouvoirs publics et les responsables du secteur du tourisme n’ont pas adopté à ce jour une politique de développement de tourisme dans ces monts du Djurdjura, laissés à l’abandon. Ni camping, ni auberge de jeunesse et encore moins un hôtel. Alors que la nature est généreuse et ne demande qu’à être exploitée, l’homme brille par son laisser-aller. Pourtant, la réalisation d’infrastructures d’accueil dans cette commune ne donnera qu’un coup de fouet à l’économie locale.

Dans la commune voisine d’Aït Bouaddou, Tamda Ugelmim, un lac unique en son genre et situé à près de 2000 m d’altitude. Entouré d’une verdure luxuriante, il constitue un eldorado pour les amoureux de Dame nature, du calme et de l’air frais, notamment en saison printanière. L’endroit offre, en plus de son panorama époustouflant et de ses sources d’eau d’une totale pureté, un cadre agréable pour les rencontres entre randonneurs de différentes régions d’Algérie. Mais là encore, cette destination attrayante est sinistrement abandonnée à son triste sort. En effet, rien n’a été fait pour donner plus de vie à ce site d’une richesse et beauté indescriptibles.

La rivière, les grottes et le village traditionnel dépérissent

Dans l’autre commune voisine d’Agouni Gueghrane, dans la daïra des Ouadhias, à une cinquantaine de kilomètres au sud de la ville Tizi Ouzou, il y a un village classé patrimoine national depuis 2006 et qui a préservé son architecture ancienne et son authenticité ancestrale à ce jour. Il s’agit d’Aït El-Kaïd, un village perché sur une crête surplombant les plaines des Ouadhias et d’Agouni Gueghrane.

Ce village rustique continue tant bien que mal de résister aux aléas de Dame nature et du temps, montrant à qui veut voir le mode de vie ancien et les traditions de nos aïeux. Seulement, et faute d’un programme d’entretien et de restauration fiable, ce trésor périclite. Certes, des travaux de réfection et de restauration avaient été lancés en 2008, mais ils n’ont pas été menés à bout, au grand dam de la population. Présentement, la plupart des habitations sont en ruine. Les familles qui vivent encore dans ce patelin au décor triste se comptent sur les doigts de la main. La majorité des maisons se sont effondrées, emportant dans leur chute tout un pan de l’histoire de ce village et de la Kabylie ancienne.

S’il avait été restauré, il aurait été aujourd’hui une destination touristique de choix mais aussi un repère pour les chercheurs et les passionnés d’histoire. Un peu plus loin, au chef-lieu d’Agouni Gueghrane, les coins à valoriser ne manquent pas : grottes, rivières, montagnes… La bourgade Aït Ergane, située au beau milieu de la montagne, à plus de 1 200 mètres d’altitude, abrite une rivière aux eaux limpides et glaciales prenant naissance des monts du Djurdjura ainsi qu’une cascade qui ne tarit jamais. Là encore, aucune prise en charge des autorités.

Heureusement que des jeunes volontaires s’affairent à l’aménager et à ouvrir des huttes pour proposer des sandwichs aux visiteurs désireux d’observer une halte au niveau de ce point de fraîcheur. Dans cette vaste région des Ouadhias, il faut noter qu’aucune infrastructure hôtelière ou auberge de jeunes n’est disponible. Une bien sinistre manière de chasser les touristes. «Ces régions des Ouadhias et de Boghni sont paradisiaques. Le touriste peut trouver ce qu’il recherche, mais les infrastructures sont un véritable frein. Se promener en groupe ou en famille en ces endroits est un régal, mais, hélas, il n’y a nulle part où passer la nuit ou même se restaurer», déplore un visiteur rencontré à Agouni Gueghrane.

Hocine Taib