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BOUIRA - Au lendemain du changement à la tête du gouvernement

Fonctionnaires et étudiants dans la rue

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Plusieurs actions de protestation et marches ont été enregistrées hier dans la ville de Bouira, pour exprimer le rejet des récentes mesures décidées par la président de la République, notamment le report de la présidentielle.

En effet, les greffiers et les fonctionnaires du secteur de la justice étaient les premiers à battre le pavé dans la ville de Bouira, dès 9h du matin. Ces derniers au nombre d’une centaine, ont entamé leur marche à partir du tribunal de Bouira sis sur les hauteurs de la ville pour se diriger vers la cour de la justice et ensuite vers le tribunal administratif sis au quartier Frachati.

Les greffiers ont dénoncé des mesures «anticonstitutionnelles» et ont réclamé le passage vers une période de transition démocratique sans l’implication du système politique actuel. Ces derniers se sont par la suite dirigés vers la placette de la maison de la culture, avant qu’ils ne se dispersent dans le calme. Les fonctionnaires et les cadres de la SDC de Bouira ont, eux-aussi, rejoint le mouvement pour réclamer un changement politique radical, en organisant un sit-in devant le siège de leur direction.

Les protestataires qui ont refusé de rejoindre leurs postes de travail et ont reconduit la grève générale, ont déclaré «qu’ils ne font plus confiance aux promesses du système politique en place». Ils ont aussi réclamé des changements politiques «effectifs», avec notamment la convocation d’une assemblée constituante souveraine et l’installation d’un gouvernement de transition démocratique : «Nous refusons le prolongement du quatrième mandat du Président sans la moindre justification légale.

Nous réclamons une transition démocratique réelle et nous rejetons les ingérences des pays étrangers comme la France, dans nos affaires internes. Les responsables essayent actuellement de faire tuer la révolte populaire, notamment en procédant à des sanctions administratives contre les grévistes, comme c’est le cas dans notre entreprise.

C’est pour ces raisons que nous exigeons un changement effectif avec le départ de tous les représentants du pouvoir politique en place», a expliqué, hier, un syndicaliste de la SDC de Bouira. Vers 10h, une autre marche a été signalée près de la cité ouest de Bouira. Cette dernière, initiée par des lycéens, n’a pas drainé un grand monde.

Les revendications soulevées étaient similaires «contre le prolongement du quatrième mandat» et «Pour un changement radical du système politique». Aux environs de 11h, c’était au tour des étudiants de l’université Akli Mohand Oulhadj de battre encore une fois le pavé. Selon nos estimations, le nombre des manifestants a dépassé les 1 500 marcheurs.

Ces derniers ont tenu, pour leur part, à dénoncer la décision du ministre de l’Enseignement supérieur de l’avancement de la date des vacances scolaires et ont réclamé la réouverture des campus et des cités universitaires qui, selon eux, ont été fermés «arbitrairement» par le recteur et le directeur des œuvres universitaires de Bouira. Cette marche s’est ébranlée de la rue adjacente au principal campus de l’université de Bouira, en passant par l’ancienne ville, où un rassemblement a été aussi improvisé.

Au début d’après-midi, plusieurs autres marches on été aussi signalées dans la wilaya de Bouira, notamment à M’Chedallah, Bechloul, Ath Leqsar et Lakhdaria. Les manifestants ont tous exprimé leur rejet des mesures d’exception adoptées par le président de la République lundi dernier.

Il est utile de préciser que plusieurs syndicats de la wilaya de Bouira ont annoncé leur soutien au mouvement populaire pour un changement politique. C’est le cas notamment des syndicats UGTA, des directions de la SDC, de l’OPGI, d’Algérie Télécom, d’Algérie Poste et de Mobilis. Le bureau de wilaya du syndicat SNAPAP a aussi rallié le mouvement en question.

Des magistrats protestent aussi

C’est une première dans toute l’Histoire de la justice de la wilaya de Bouira. Des juges et des procureurs de la République se sont joints, hier après-midi, au mouvement de protestation des avocats et des greffiers de la justice de Bouira initié depuis la semaine dernière. En effet, pas moins de vingt-cinq juges et procureurs se sont rassemblés, hier vers 14h, à l’intérieur de la cour de justice de Bouira pour dénoncer ce qu’ils ont qualifié de «coup de force anticonstitutionnel du président de la République».

Les magistrats protestataires ont revendiqué le «respect des lois et de la constitution» et ils ont clairement affirmé «rejoindre le mouvement populaire qui réclame un changement radical du système politique». Munis de pancartes et de banderoles portant des slogans hostiles au pouvoir politique en place, les magistrats ont aussi revendiqué l’instauration d’une période de transition démocratique. Les protestataires ont aussi réclamé l’instauration d’un État de droit et de justice et ont rejeté la décision de report de l’élection présidentielle qu’ils ont jugé «anticonstitutionnelle», compte tenu de l’absence de justification légale pour la prolongation du mandat actuel du président de la République.

À noter, enfin, que le rassemblement en question n’a duré qu’une dizaine de minutes et les magistrats se sont vite dispersés et ont rejoint leur lieu de travail, sous les youyous et les applaudissements des greffiers et des avocats déjà en grève sur place.

Oussama Khitouche