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AKBOU - Bidonville Le Piton

Les habitants assiègent la daïra

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Les habitants du bidonville le Piton ont organisé, hier, pour le troisième jour de suite, un sit-in devant le siège de la daïra d’Akbou, pour réclamer leur recasement dans les plus brefs délais. «Cette fois-ci, nous continuerons notre action jusqu’à l’obtention des clefs de nos logements et des décisions», nous dira Mourad Cheniti, un des animateurs du mouvement. Mobilisés en familles, parents et enfants, les habitants du Piton comptent «camper s’il le faut à l’intérieur du siège de la daïra en guise de protestation». Pour rappel, une action similaire a eu lieu au mois de février dernier, où les habitants avaient campé en familles durant une semaine dans l’enceinte même de la préfecture.

«39 familles seront recasées très prochainement»

Les manifestants disent «ne pas comprendre quelles procédures ont été suivies dans l’opération d’éradication du dit bidonville». Nous apprenons que «en 2007, 53 familles ont été recensées par le service de l’urbanisme d’Akbou. Uniquement 43 d’entre elles ont été recasées en 2013 au niveau de la localité de Bouzeroual». Au sein de cette localité, «17 logements sont prêts à être occupés, mais ils ne le sont toujours pas et restent livrés à la dégradation», nous explique notre interlocuteur, vice-président de l’association «Assirem Piton».

«Ces logements sont même utilisés comme salles des fêtes, au vu et au su des autorités», fulmine-t-il. Il est à signaler que l’opération de recasement n’a pas été suivie de démolition, car plusieurs personnes y habitent toujours : «Je suis marié et père de famille, un appartement de type F2 ne peut plus nous contenir. Alors, on a décidé de rester dans nos gourbis en attendant notre tour», ajoute-t-il. Dernièrement, un nouveau recensement a été établi. 39 familles sont ainsi constatées et la liste, ajoute-t-on, a été envoyée et validée par le fichier national.

«Nous avons 17 logements prêts à Bouzeroual, mais il nous faut trouver une solution pour intégrer les 22 familles restantes pour éviter toute tension lors du relogement», apprend-on de Mouloud Salhi, P/APC d’Akbou. Pour le sous-préfet d’Akbou, le problème de ces habitants est «entièrement pris en charge par le wali, la direction de logement et toute la tutelle». «C’est juste une question de temps, pour trouver une formule pour réintégrer les 22 autres familles», précisera M. Benguergoura Abdelfetah, le chef de daïra d’Akbou. Le recasement des 39 familles sera mis en œuvre, ajoutera-t-il, très prochainement.

«On ne peut pas reloger uniquement 17 familles et risquer de faire capoter l’opération de recasement qui doit être suivie de démolition», dira-t-il encore. Pour les frondeurs, il n’est plus question d’attendre : «Nous avons un PV officiel, signé par le chef de daïra, le maire et le vice-président de l’association qui confirme que ces 17 familles seront prioritaires pour un relogement immédiat à Bouzeroual», nous ont-ils fait savoir. Par ailleurs, le sous-préfet d’Akbou réitère son appel aux habitants de ce bidon ville de «s’entendre entre eux et trouver une solution qui satisfera tout le monde».

Le Piton, l’éternel bidonville !

Ils ne sont, à vrai dire, qu’une poignée de familles qui protestent encore, réclamant «un chez-soi décent que le législateur algérien a garanti pour tous les citoyens». Pour rappel, l’été 2013, un plan d’éradication de ce gourbi a été lancé par les autorités, mais la crise de logement a fait que l’opération dure encore. C’est également le cas à la cité GMS «Thikhamine» et à la cité du Stade, deux autres bidonvilles qui perdurent dans la ville du Piton, deuxième commune la plus riche de la willaya. «Nous sommes 26 familles recensées en 2013 avec une promesse de recasement du l’ex-chef de daïra et de l’ancien maire.

Nous vivons la misère au quotidien», diront encore les protestataires. «Certains nous accusent de n’avoir pas voulu accompagner nos familles. Mais au nom de dieu, comment peut-on vivre dans un appartement de deux chambres avec une famille de 7 membres !», s’exclame Achour, un jeune de 28 ans et secrétaire général de l’association «Assirem Piton». «Certains nous accusent même de venir d’ailleurs et de prétendre, sans droit, à un logement… Mais ce ne sont là que des clichés. Nous sommes nés dans ces gourbis et nous n’avons pas choisi de vivre ainsi. Nous demandons juste un toit digne», ajoutera un autre jeune, avec dépit.

Menad Chalal