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BRAHIM TAZAGHART, avant-hier à Takerboust

«L’idée d’un présidium est porteuse de dérive»

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L’écrivain et militant politique, Brahim Tazaghart, a animé avant-hier soir une conférence de presse à Takerboust, dans la commune d’Aghbalou, sous le thème «Le mouvement populaire : de la révolte à la révolution».

Le conférencier était l’invité du collectif des jeunes de la localité et de l’association «Tadawsa», qui viennent d’inaugurer un cycle conférences à l’occasion des soirées ramadhanesques. Brahim Tazaghart est revenu longuement sur le mouvement populaire enclenché le 22 février dernier, qualifiant le processus en cours de révolution. «Ce qui est en train de se passer n’a rien d’une révolte, nous assistons bel et bien à un processus révolutionnaire, dès lors que l’on est passé d’un rejet d’un 5e mandat de Bouteflika au départ du régime et au changement de tout le système», a expliqué le conférencier.

Toujours sur le Hirak, M Tazaghart dira que celui-ci est aussi inédit qu’extraordinaire. Inédit car il ne ressemble selon lui à aucun mouvement de protestation depuis l’indépendance. «Le mouvement du 22 février est la continuité du mouvement de libération nationale. Si ce dernier a permis l’indépendance du pays, celui du 22 février va libérer le citoyen», affirme l’écrivain. «Il est extraordinaire par son caractère pacifique, son ampleur et aussi et surtout par son unité», a-t-il ajouté.

Quant à la situation actuelle des choses et après près de trois mois de mobilisation citoyenne, Brahim Tazaghart l’a qualifiée de politiquement complexe. «La situation est complexe, car le peuple assiste à une sorte de bipolarisation des propositions qui se manifeste avec deux solutions contradictoires : une, constitutionnelle, et l’autre, politique», a-t-il noté.

Et d’ajouter : «Le peuple se retrouve donc face à un dilemme et est appelé à choisir entre deux options avec des solutions opposées, l’une suggérant de rester dans le cadre de la constitution et l’autre, politique, mais sans actions concrètes». Brahim Tazaghart, lui, suggère d’opter pour une solution médiane qui consiste à aller vers une transition politique. Une transition dont il dira qu’elle «ne peut être conçue comme un cours théorique mais pensée en tenant compte de certains paramètres parmi lesquels une lecture correcte de la situation géopolitique, économique, la santé de la classe politique et la culture de l’Etat».

Toujours à propos de cette transition, le conférencier dira qu’elle doit passer par «la désignation d’un président de la période transition qui choisira un homme et une femme de son choix». Balayant toute idée d’un collège présidentiel, M. Tazaghart soutient que «l’idée est porteuse de dérives, en témoigne l’expérience vécue par le pays dans les années 90 avec le HCE. Une expérience qui a conduit à l’assassinat de Boudiaf puis à l’éviction d’Ali Kafi».

Sur les modalités de désignation du président de la période de transition, le conférencier a suggéré que celle-ci échoie aux élus des deux chambres du parlement. «Le président de transition aura à travailler avec la classe politique et les représentants de la société civile suivant une feuille de route claire», a-t-il souligné, mettant en garde contre «tout clash entre le peuple et l’armée pour éviter une situation de chaos». À souligner enfin que la conférence a été suivie par un large débat.

Djamel M.