Accueil National «L’identité est une ligne rouge»

Tizi-Ouzou

«L’identité est une ligne rouge»

163

Le 18e vendredi de la mobilisation populaire fut grandiose à Tizi-Ouzou, avec un seul mot d’ordre «Système dégage : touche pas à mon identité».

C’est avec une mosaïque de couleurs des deux drapeaux, national et culturel berbère, que les rues de la capitale du Djurdjura se sont parées, hier, à l’occasion de la 18e semaine de mobilisation contre le système. La dominance des couleurs bleu, jaune et vert, les couleurs du drapeau amazigh, était clairement visible. Pour la population de Tizi-Ouzou, c’est une question de principe.

La Kabylie a tenu à rappeler le combat qu’elle a mené sans relâche pour la reconnaissance de l’identité amazighe : «C’est un combat qu’elle a payé cher et qu’elle a irrigué du sang de ses enfants, avant de voir Tamazight langue nationale et officielle en 2016 », lancera un manifestant fier de brondir l’emblème amazigh.

La réaction fut vive et énergique à l’encontre des dernières déclarations et décisions du chef de l’État-major concernant le drapeau berbère, considérées par les marcheurs comme des «provocations». «Les Algériens sont touchés dans leur amour propre», «Le drapeau amazigh a sa place dans ce pays, pas vous», «Mon identité est une ligne rouge», «Système dégage : touche pas à mon identité», «Les Algériens unis, Arabes et Amazighs, contre vous». «Vous n’allez pas nous diviser», «Peuple uni, système dégage», «Rendre l’État à la nation», ou encore «Avec un drapeau berbère ou algérien, je vous dirai toujours dégage», furent, entre autres, quelques réactions inscrites sur les pancartes brandies par les citoyens.

Cette histoire de drapeau à certes dominé le paysage, hier, mais cela n’a pas fait oublier aux citoyens la principale cause qui les unit «Le départ du système», qu’ils ont revendiqué à haute voix et écrit sur leurs affiches. «On ne va pas nous dévier de notre objectif», «Libérez l’Algérie, Tetnehaw Ga3», «Y en a marre de ce pouvoir», «Klitou Leblad Ya Saraquine» ont également été scandés par les manifestants.

La question du dialogue revenait aussi dans les slogans : «Le peuple refuse le dialogue initié par la bande», «Non au dialogue avec les symboles du système», «Bedoui, Bensalah dégagez»… «La primauté du civil sur le militaire», «L’Algérie n’est pas un théâtre, arrêtons les jeux de rôles, chacun reprend sa place : le militaire à la caserne, le religieux à la mosquée, à la cathédrale, le clown au cirque et le pouvoir revient au peuple», lisait-on encore. Sur d’autres banderoles, l’on pouvait lire : «L’Algérie n’est pas l’Égypte», «Les Algériens réfutent l’application du 107 Etat d’urgence sur le dos des amazigh», «Pour une Algérie libre, non à l’Etat militaire», «Nous exigeons un État de droit», «Nous voulons la force de la loi pas la loi de la force». L’on a constaté également la colère des citoyens à l’encontre du général major : «Gaid dégage», ou encore «Le peuple à son Histoire, Gaid nous raconte des histoires», ont crié les marcheurs.

La marche s’est déroulée, comme à l’accoutumée, dans de très bonnes conditions, empreinte de pacifisme et de beaucoup de solidarité entre les citoyens, depuis son départ du portail de l’université Mouloud Mammeri jusqu’à la place de La Bougie, point de chute traditionnel des manifestations. Par ailleurs, les vendeurs de drapeaux berbères, notamment, se sont plaints de l’interdiction qu’ils ont essuyée de la part des forces de l’ordre.

L’on signale, en outre, quelques interpellations et confiscations de drapeaux, notamment dans la matinée, sans que cela ne se répercute sur le déroulement de la marche.
H. K.