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CRISE POLITIQUE - 8e vendredi de manifestations contre le système

Mobilisation record à Alger

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Les rues algéroises ont battu, hier, les records de la mobilisation populaire contre le système, en dépit d’une semaine marquée par les indices de la répression.

Ils étaient encore plus nombreux à sortir dans les rues et places publiques d’Alger pour le 8e vendredi de la révolution contre le système et ses représentants. Les Algériens n’ont pas eu peur d’aller affronter l’intimidation des tenants du pouvoir qui, à l’entame de la huitième semaine de la protestation, ont repris le réflexe punitif. Après la bastonnade des étudiants et des syndicalistes mardi dernier, ce sont les escadrons de la gendarmerie nationale qui entrent en action pour interdire l’accès à la capitale.

Des milliers de citoyens étaient, en effet, bloqués pendant plusieurs heures sur les axes routiers menant vers Alger durant la journée de jeudi, histoire d’interdire aux citoyens des wilayas limitrophes d’aller grossir les rangs des marcheurs algérois. Peine perdue. Bien que beaucoup d’Algériens aient été frappés par l’interdiction de circuler en violation du droit constitutionnel, Alger n’a pas dérogé à la révolution. Peu avant 10h, chose inhabituelle depuis le début de la protestation, les rues et places algéroises étaient déjà prises d’assaut par les protestataires.

Excepté la place de la Grande-poste, lieu mythique des vendredis de la révolution joyeuse, qui était assiégée très tôt par des policiers, la rue Didouche Mourad était déjà très fortement animée aux slogans de «Ulac smah ulac», ou «Bensalah dégage». Vingt minutes plus tard, la déferlante humaine, composée de plusieurs familles, exerce la pression sur les forces de l’ordre pour quitter l’esplanade de la Grande-poste. Des vidéos de policiers anti-émeutes pris par l’émotion circulent sur les chaines de télévisions et sites d’information en ligne.

La DGSN a pendu, d’ailleurs, dans l’après-midi, un communiqué indiquant que ces vidéos sont des «facknews». Les manifestants n’en ont cure de ce que disent les responsables, car de leur dégagisme qu’il s’agisse. Les policiers finirent par céder ce haut lieu de la protestation. Ils embarquent dans leurs bus et quittent carrément les alentours sous les applaudissements et chants patriotiques des manifestants.

«Oh Bensalah le Marocain, l’Algérie a ses enfants» est le nouveau slogan dans ce 8e vendredi de la protestation populaire contre le système. Sans pour autant trop le conspuer, le chef d’état-major de l’ANP a été très critiqué pour sa dernière sortie de mercredi où il a annoncé son soutien à la transition menée par Bensalah : «Le peuple est éduqué et l’Etat a trahi», est le slogan plein de sens brandi contre Gaïd Salah. Une autre pancarte fait apparition où l’on pouvait lire : «Gaïd, tu es avec le peuple ou avec la bande ?».

À la Place Audin, les manifestants ont observé une minute de silence à la mémoire des 257 victimes tués dans le crash de l’avion militaire à Boufarik, voilà exactement un an. Peu avant midi, les marrées humaines paraissaient déjà plus denses que le vendredi dernier, le 7e, où l’on avait annoncé le record en nombre de participants. Et c’est au cri : «Djich chaâb khaoua khaoua» que les forces anti-émeutes se retirent de toutes les places qu’ils avaient occupées depuis les premières lueurs de la matinée d’hier.

Néanmoins, les édifices stratégiques ont été très bien quadrillés par des renforts exceptionnels des services de sécurité, à l’instar de la présidence de la République ou le palais du gouvernement. La police n’a pas retiré, non plus, le dispositif, appuyé par des camions lanceur d’eau à hauteur de la Place Audin, sur le boulevard menant vers la présidence.

Au fil des minutes qui s’égrainent, les grandes places algéroises noircissent du monde, on peut très bien imaginer qu’est-ce que ce que ces rues et places auraient devenues si les tenants du pouvoir n’ont pas installé, la veille, des barrages filtrants aux entrées d’Alger. On annonce néanmoins l’arrivée de manifestants des wilayas de Tizi-Ouzou et de Bouira à pied. «Ils ont bravé les dizaines de kilomètres depuis les points de blocage par la gendarmerie pour rallier la capitale et crier leur ras-le-bol du système qui tente encore de leur confisquer la liberté de marcher et de manifester», commente un Algérois.

À l’heure de sortie des mosquées après la prière du vendredi, les policiers semblaient avoir pris de panique : ils ont commencé à faire usage de canon à eau à la Place Audin pour disperser les foules et parer au grossissement des rangs. «Ils craignent d’être dépassés et pouvoir échapper à leur contrôle et monter vers El-Mouradia», dit-on sur place. La répression n’a pas eu lieu. D’aucuns avaient compris que cela mettrait le feu aux poudres eu égard au nombre, dépassant tous les records, enregistré dans l’algérois.

À 14h30, toutes les forces anti-émeutes ont battu en retraite devant les foules compactes. Pour la première fois, toutes les rues et ruelles d’Alger sont saturées. Au boulevard Krim Belkacem, quelques casseurs ont surgi pour perturber la manifestation, mais ils ont été pris en charge par les forces anti-émeutes. Des arrestations ont été même signalées.

M. A. T.