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Tizi N’Tléta

Aït Abdelmoumène qui “vit” de son passé

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Le proverbe tranche depuis belle lurette : «Quand on n’avance pas, on recule». C’est le cas de l’un des plus grands villages de la wilaya de Tizi-Ouzou, à savoir Aït Abdelmoumène.

La bourgade est située dans la commune de Tizi N’Tléta, relevant de la daïra des Ouadhias, à une trentaine de kilomètres au sud de la wilaya de Tizi-Ouzou. Un village totalisant plus de 12 000 habitants et six Comités de village. Aït Abdelmoumène est situé entre quatre communes (Mechtras du côté Sud, Ath Douala du côté Nord, Souk El
Tenine de l’Ouest et les Ouadhias de l’Est. Il est constitué de plusieurs versants dont les principaux sont Taddert Oufella-Amalou, Tighilt Oumezir-Ledjma, Ighil N’Aït Chilla, Ath Moussa et Ath Graiche, Aït Amar, Tassoukit Igharviyene1 et 2, Aït Ali Ouahmed et Taghoucht.

Le village a plusieurs accès sur Ath Douala, Tizi N’Tléta, les Ouadhias, Souk El Tenine et Maâtkas mais également sur Mechtras. Pour rejoindre le chef-lieu de la wilaya, le voyageur a l’embarras du choix. Il peut passer par le CW 147, le CW100 ou encore la RN30.

Le réseau routier du village n’est pas fameux, car seul l’axe principal a été revêtu, il y a plusieurs années, mais en certains endroits, notamment au niveau de Ledjma et Tizgui, il a été endommagé par les travaux d’assainissement. L’entreprise chargée des travaux a certes réalisé une sorte de remise en l’état mais son travail était bâclé. Les canaux se sont affaissés générant des lames aiguisées. Les véhicules doivent slalomer pour les éviter, au risque de provoquer des accidents.

Concernant les chemins vicinaux, ils ressemblent à des pistes, comme c’est le cas de Veghla, El Djama, Aït Oumalou, Abrid N’bouchata, Tharqavt et Avrid Bwadda. Ils sont tous endommagés par les travaux de raccordement au gaz naturel.

Leur remise en l’état n’est toujours pas effectuée. Quant à l’éclairage
public, il n’est pas généralisé, ce qui plonge les citoyens dans l’insécurité.

Le sport et la culture, aux abonnés absents

Les infrastructures sportives et culturelles sont quasi inexistantes. L’aire de jeux de Tizgui ressemble toujours à un champ de bataille, où il est incommodant de pratiquer le sport roi. Les jeunes du village, amateurs de la balle ronde, se rendent soit à Aït Bouadou ou à Mechtras pour pratiquer leur sport favori. Hélas même dans ces lieux,
l’autorisation de jouer ne leur est que rarement accordée.

«Nous continuons de quémandera des créneaux aux maires de Mechtras et d’Aït Bouadou. Mais parfois les équipes locales occupent les terrains et nous demandent d’attendre. C’est leur stade et ils sont prioritaires. Nous nous contentons alors de notre aire de jeux, qui ne jouit ni d’un bon terrain, ni d’assez d’espace, ni de drainage et encore moins de vestiaires, d’éclairage ou de tribunes. On se bat pour que l’APC réalise des travaux d’extension et aménage cette aire de jeux», a noté l’un des dirigeants du club de football local.

Concernant les arts martiaux, on les pratique dans les caves et autres garages sans la moindre commodité. Sur le plan de la culture, c’est le même scénario. L’association «Mourad Terbouche», créée en 1989, a vite fait de disparaître par manque de moyens. Les associations culturelles «Talwith» et «Assirem», encore en exercice, n’ont pas le minimum requis, seule leur volonté leur permet de subsister. Quant au foyer de jeunes de Taddert-Ouffela, il est
dans un état lamentable et celui de Tassoukit n’est toujours pas opérationnel. Du coup, c’est tout un investissement qui attend d’être
rentabilisé.

Dans ce village aux 100 martyrs. Qui a vu naître Terbouche Mourad, le premier fédéral du FLN de France et principal collaborateur de Krim Belkacem, jusqu’à l’indépendance du pays.

La salle de soins à l’agonie, le bureau de poste s’occupe uniquement du courrier

Le bureau de poste, opérationnel depuis la période coloniale, a été fermé dès le départ à la retraite du receveur, il y a plus de 05 ans. Ce
bureau ayant fait l’objet de vols et d’attaques à mains armées, pendant la décennie noire, a été fermé pour des raisons sécuritaires. Algérie Poste a alors décidé, avec l’accord de l’APC, d’aménager un bureau de poste à l’intérieur de la mairie. Une trouvaille diriez-vous ! Au lieu de reconstruire l’ancien bureau, actuellement en ruine, on a opté pour la solution la plus facile et la moins coûteuse mais surtout la moins efficace. Le comble dans tout cela, c’est que dans ce bureau de poste, on ne fait que distribuer ou recevoir le courrier. Pour les autres opérations, notamment le retrait d’argent, il faut se rendre au chef- lieu communal, distant de 7 km, situé à Souk El Tenine dans la daïra de Maâtkas.

Les seniors et les retraités sont ainsi malmenés. «A mon âge, je dois aller jusqu’au chef- lieu communal pour retirer ma retraite. Vu l’insécurité et mon état de santé dégradé, à chaque fin de mois, c’est pour moi une souffrance et un calvaire. Nous demandons à Algérie Poste d’assurer le fonctionnement de ce bureau», a réclamé un vieillard de plus de 80 ans. Concernant la salle de soins, elle ne
fonctionne que partiellement. La structure est dégradée. Les moyens
font défaut. Le chauffage et l’eau aussi. Sur place existe une salle sans frigo pour préserver les médicaments et les vaccins. Quant au fauteuil dentaire, il est inexistant.

De ce fait, somme toute logique, cette salle est boudée par la population. L’antenne administrative, pour sa part, sans réseau informatique, est toujours à l’ère du stylo et du papier. Sur place, on se débrouille avec les moyens du bord. La population est alors contrainte de se rendre à l’APC.

Environnement, réseau d’électricité… des manques à gagner

Dans ce grand village, la pollution a atteint des pics alarmants. Toutes les conduites d’assainissement se déversent à ciel ouvert dans les oueds, polluant ainsi la flore, la faune et les humains. Dans certains quartiers, comme Assamer, les odeurs sont nauséabondes, les nuées d’insectes, les reptiles, les animaux errants côtoient de près les habitants. Aucune station d’épuration ni bassin de décantation n’est disponible. Pire encore, le réseau d’assainissement n’est pas généralisé.

Dans les quartiers Taghouchet, El Djama, Veghla et Thizgui, pour ne
citer que ceux-là, la population a recours aux fosses septiques. Des
centaines de foyers contribuent ainsi sans le vouloir à la pollution de
l’environnement. Toujours dans le domaine environnemental, le
ramassage des ordures ménagères ne se fait qu’une seule fois par
semaine. Du coup, les décharges sauvages foisonnent. C’est le cas de celle située à Thizgui. Sans parler des abords des routes toujours jonchés de détritus et de différents déchets.

Il est vrai que les Comités de village organisent de temps à autre des opérations de nettoyage mais cela reste insuffisant. Concernant l’électricité, plusieurs quartiers attendent d’être raccordés, dont Vaghla, Louvayer et Tigrine. Leurs habitants ont alors recours aux branchements illicites. Quant à l’eau potable, même si la distribution s’est nettement améliorée, ces dernières années, le rationnement est toujours d’actualité. Les fontaines publiques sont pour la plupart polluées et à l’abandon. La seule satisfaction vient du raccordement au réseau du gaz naturel, qui est généralisé à tous les foyers depuis de nombreuses années.

Pour ce qui est de la fibre optique, les travaux sont en cours pour la faire parvenir jusqu’à l’antenne de la mairie. Espérons qu’Algérie Télécom la généralise à tous les quartiers. Un vieux sage a fait savoir: «A l’époque, notre village était l’un des plus propres, des plus organisés et des plus respectés. Maintenant, le laisser aller, l’insouciance et la division prévalent. Il a perdu beaucoup de sa notoriété. Notre population doit s’unir et se réunir pour avancer, ce n’est pas aux autres de venir balayer devant nos portes. Nos enfants n’ont ni stade, ni salle de sport, ni maison des Jeunes et encore moins une bibliothèque. Comment vont-ils se cultiver ? Notre salle de soins est dans un piteux état, notre bureau de poste fonctionne partiellement. Notre environnement se dégrade, nos fontaines sont polluées et j’en passe… Il faut plus d’union pour sortir notre village de cette fâcheuse situation.»
Hocine T.