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Constituante, cahier n’Tmazight, baril, pneu, autonomie, Printemps arabe…

L’abécédaire de l’actualité algérienne

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L’actualité de 2011a été aussi riche que chaotique. Porteuse de danger en raison d’un contexte régional en ébullition et d’une ‘’rébellion’’ sociale intérieure qui ne veut pas baisser les bras, cette actualité est pourtant diversement interprétée par les médias.

Aussi bien pour la presse que pour le monde politique et l’administration, des sujets et thèmes qui furent d’une brûlante actualité il y a quelques mois sont passés dans la trappe de l’oubli et de l’amnésie pour la simple raison qu’ils ont cessé- momentanément- d’être des sujets porteurs. Les thèmes d’actualité qui pouvaient servir comme source de nuisance contre des ennemis politiques ont perdu de leur acuité ; ceux qui semaient embarras et inquiétude dans la sphère dirigeante- en raison des possibilités de soulèvement de populations entière pour couper les routes et fermer les mairies- sont parfois mis en veilleuses suites à d’alléchantes et vaines promesses ; les autres problèmes, toujours aussi sérieux et peut-être plus complexes, n’ont pas pu trouver le prolongement voulu dans la presse et au sein de l’opinion en raison d’un verrouillage réussi du système qui, pour régler un problème, compte sur l’usure et le travail du temps. Oui, le temps ! Le temps nous offre une configuration si métamorphosée du problème qu’il donne l’impression d’y avoir apporté la solution.
Il n’est pas possible d’inventorier dans le menu détail les questions qui fâchent ou qui présentent des épines. Une chose est sûre : elles ne manqueront pas de rebondir- avec plus d’aplomb et moins de pitié- dans un avenir proche. Sous-estimées, différées, renvoyées à des lendemains incertains, les perspectives de leurs solutions seront d’autant plus tortueuses qu’elles ont accumulé de lourds passifs et de sourds malentendus.

AADL : La transcription en arabe de cette Agence donne le mot Adl , ce qui signifie justice. Vue sous cet angle, la respectable institution peut être prise pour une association caritative ou un organisme philanthrope qui distribue des logements. Et pourtant ! Des projets AADL sont en souffrance depuis une dizaine d’année dans la capitale pour des souscripteurs qui ont payé leurs tranches dues rubis sur l’ongle. Ils ont recouru au plus populaire des procédés en Algérie, à savoir l’occupation de la rue, pour être partiellement écoutés. Sans doute pour être totalement écoutés, il faudrait une autre justice, c’est-à-dire une autre AADL.
Algérie : Nous n’avons aucun mérite dans cette ‘’performance’’ qui fait de notre pays le plus vaste d’Afrique depuis 2010, c’est-à-dire depuis la partition du Soudan.
L’Algérie est un nom malmené par les propres enfants du pays dans une réaction de dépit menant à la haine de soi. Le complexe du colonisé fait que tout ce qui est algérien est déprécié dans une espèce de dérision qui fait mal. Lorsqu’on se résigne à la bureaucratie ou à la médiocrité on soupire : Eh oui ! C’est l’Algérie!
« Tu es en Algérie ! », signifie ‘’ tu dois admettre ce qui t’arrive ; il ne faut pas trop chercher à comprendre’’. Lorsque quelqu’un revendique ses droits par des moyens légaux et réglementaires, on lui fait l’observation :’’Tu ne vis pas en Algérie, toi ?’’.
Devenue synonyme d’arbitraire, de grande prison et de cours du roi Pétaud, l’Algérie n’est même pas ménagée quand on découvre sur son territoire un coin de beauté propre et attirant :’’On dirait qu’on n’est pas en Algérie !’’.
Alliance présidentielle : Conglomérat réunissant les matériaux stratigraphiques de l’ère primaire et de l’ère quaternaire supposés servir de socle à l’institutionnalisation de la démocratie. Mais, le Printemps arabe est passé par là. Avec lui, la semaine des barricades et des émeutes de janvier 2011. Outre une factice création d’emplois via l’ANEM- en six mois, de janvier à juin, on comptabilisa un million d’emplois crées-, dans la foulée, des réformes politiques furent annoncées le 15 avril par le président de la République. Huit mois plus tard, l’ « acquis » le plus saillant aux yeux des citoyens semble être l’agrément de nouveaux partis dont une grande partie participera aux prochaines législatives de mai 2012.
Un membre de l’Alliance présidentielle, Abdelazi Belkhadem pour ne pas le nommer, prédit un succès de 35 % pour les islamistes, comme un prolongement logique de ce qui est inauguré en Tunisie, au Maroc et en Egypte. Il ne dit pas grand-chose de son propre parti, le FLN, qui se lézarde à vue d’œil par l’action de la dissidence interne. Mais, ce parti garde, malgré tout, ces capacités de nuisance tendues désespérément vers le retour à l’âge de la pensée unique. Au moment où, pour les observateurs distraits, le foyer de l’Alliance présidentielle semble prendre feu, tous les efforts en haut lieu sont tendus vers son sauvetage pour faire perdurer les délices du système rentier et islamo-conservateur.

Amnistie générale : Il y a quelques mois, des manœuvres de haute voltige tentaient d’accréditer l’idée d’une amnistie générale pour les anciens terroristes islamistes. Des partis, des personnalités de la mouvance islamiste et même une organisation des droits de l’Homme en ont fait presque un fait accompli à l’automne 2011. Il a fallu une déclaration solennelle du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, dans laquelle il niera complètement l’existence d’un tel projet et fustigera les porteurs de telles ‘’suggestions’’ ou ballons-sondes, pour remettre de l’ordre dans le maquis des spéculations et autres messages formulés sous forme de quasi injonctions.
Le droit de propriété intellectuelle voudrait que le mérite du concept d’amnistie générale revienne à la mouvance islamiste qui a lancé ce ballon-sonde à la veille du référendum sur la Concorde civile.
Autonomie (de la Kabylie) : En présentant des exemples vivants mais qui n’ont pas la même histoire que la Kabylie, à l’image de la Catalogne, et en défendant des cas qui ne sont pas encore des exemples, à l’image du Sahara occidental, les porteurs de ce projet ne font certainement pas dans la clarté.
Au cours d’un débat tenu à Alger par le Think Tank care, soutenu par la fondation Friedrich Neumann, un expert a révélé que beaucoup de régions sont mal lotis, en matière de développement local en Algérie, à leur tête la Kabylie. L’économie de cette région dépend, à hauteur de 20 %, des recettes induites par le transfert des capitaux. «Avec la rupture du transfert de capitaux de l’étranger, la Kabylie sera fortement secouée», dira-t-il. Cela, sans parler de l’autre partie des ressources provenant de l’émigration kabyle intérieure (Alger, Oranie et le reste de l’Algérie). En tout cas, le débat en ce sens n’a jamais dépassé les limites de quelques articles de presse ou de déclarations furtives sur des chaînes de radio ou de télévision. Le concept même d’autonomie n’a pas bénéficié des espaces de discussion sereine. Peut-être a-t-il été trop hâtivement happé par l’activisme politique au détriment d’un soubassement culturel et intellectuel qui en expliquerait l’idée et les limites de l’idée.
Idéal pour certains, chimère pour d’autres, le concept reste nébuleux pour tout le monde. Un confrère qui n’adhère apparemment pas à la thèse des autonomistes nous avoue qu’ils ont le mérite d’exister.
Baril : En sortant temporairement de la zone de danger dans laquelle il s’est engouffré après septembre 2008, le baril de pétrole nourrit davantage les chimères des Algériens en les plongeant dans une mystique de rente et de farniente. Dans nos errements rentiers, nous croyons que tout est possible et que nous sommes les meilleurs et les plus beaux sujets sur la planète. Il nous arrive souvent de discuter du sexe des anges sans penser à l’inéluctable chute des anges qui nous laissera un goût d’amertume. En tout cas, la diversification de l’économie nationale demeure plutôt un belle intention souvent contrariée par les tenants de la rente.

Barricades : Moyen idéal de se faire entendre auprès des autorités (maire, chef de daïra, wali). Depuis janvier 2011, les barricades se sont banalisées en investissant aussi bien les grandes villes du pays que les bourgades les plus reculées de l’arrière-pays où il n’y a même pas de route digne de ce nom à couper. Tous les motifs sont les bienvenus pour cette opération par laquelle les groupes de jeunes, tout en exprimant une colère collective, tiennent aussi à affirmer leur existence.
Cahier (n’Tmazight)-DDK : Ce sont les quatre pages hebdomadaires que tient le journal La Dépêche de Kabylie et managées par Tahar Ould Amar. L’auteur de Bururu, roman en berbère, pour qui ce projet remonte aux premiers numéros du journal, a tenu à rassembler autour de ces quatre pages les amoureux de la langue tamazight préoccupés plus par la production dans cette langue que par les classiques péroraisons que l’on rencontre souvent dans ce domaine.
L’expérience semble concluante malgré la difficulté de la tâche. Les signes les plus saillants sont sans doute ceux constatés au niveau de la population scolaire des classes de tamazight. L’engouement pour ces pages est tel que le journal s’épuise dès potron-minet tous les lundis.
Il est vrai que l’idéal, comme ne le cache pas Tahar, est d’avoir un journal complet (24 pages) en tamazight.
Chnaoua (Chinois) : Comment ne pas nommer les enfants de Confucius maintenant qu’on les rencontre dans tous les boulevards de la capitale et des autres villes d’Algérie et sur les échafaudages des chantiers de bâtiment ? Après avoir subrepticement fait écouler des cigarettes pékinoises à Aïn Oussara depuis les années 1980 et ouvert un restaurant du terroir en plein cœur d’Alger, les Chinois ont installé des magasins de vêtements pratiquement dans toutes les villes algériennes. Une partie de la crise mondiale est aussi due au super-dynamisme de l’économie chinoise qui a envahi l’Europe et l’Amérique. Quant à l’Afrique, il est presque devenu un comptoir chinois. Il était visionnaire le ministre et académicien Alain Peyrefitte qui avait écrit en 1973 un livre intitulé : ‘’Quand la Chine s’éveillera… ’’. Un autre a continué ce titre sous cette forme : « …Le monde tremblera ! ».
Code pénal-bis : Ancien code de l’information et apparemment aussi le nouveau qui vient d’être adopté par l’APN.
Constituante : Une revendication que le FFS n’a pas lâchée depuis les années 1960. Elle a été prolongée par le PT de Louisa Hanoune. Ce concept juridique ou outil institutionnel a été popularisé et vulgarisé par l’opposition tunisienne qui a fini par avoir gain de cause. Amara Ben Younès de l’UDR avertit, quant à lui, les Algériens contre les dérives islamistes que pourrait générer une telle procédure chez nous.
Dialogue : Vertu civilisationnelle pour certains, abdication pour les autres. Mais, dans tous les cas de figure, il est vite remplacé par les gros moyens : barricades et émeutes. Les pouvoirs publics, particulièrement depuis janvier 2011, dans un esprit hypocritement qualifié d’ « apaisement », acceptent les barricades pour initier par la suite un dialogue avec les émeutiers. Non, il ne s’agit pas réellement d’un dialogue. C’est un monologue, puisque le représentant de l’Etat se contente d’enregistrer in situ les doléances des citoyens et de les transmettre à « qui de droit » ; le chef de daïra ou le wali. Les directeurs d’exécutif sont alors tenu de concocter des petits programmes dans la précipitation jusqu’aux prochaines émeutes.
Dix pour cent : Taux de perception de pots-de-vin sur les marchés publics tel que colporté par la vox populi. La gangrène a pris son départ des champs pétroliers du Sud avant de gagner les communes et les directions techniques du nord. Le colonel Bencherif n’a pas été tendre avec l’ancien wali de Djelfa, actuellement en poste à Béjaïa, en le qualifiant de « monsieur 10 % ».
Emeute : L’année 2011 a été bien servie, et cela depuis la semaine du 5 janvier sur laquelle a ‘’laborieusement’’ travaillé une commission d’enquête parlementaire (voir article « Sucre et huile »).
Les marches et les manifestations publiques tournent souvent à l’émeute si bien que les communiqués des organisateurs appelant à une marche mentionnent le caractère pacifique de la marche, ce qui ne la prémunit en rien contre les dérives et autres manipulations. Ali Dilem, avec sa succulente gouaille, a immortalisé ce terme dans une caricature où une personne demande une autre comment on traduirait en arabe ‘’émeute en Kabylie’’. L’autre lui répond : ‘’imoute fi leqbayel’’.
Harraga : Sous peu, les guillemets entourant généralement ce mot sauteront tant le néologisme se moule aisément sur la portée sémantique du mot et rend compte de façon parfaite de son étymologie. Le langage populaire algérien a, en effet, voulu exprimer comment une jeunesse déboussolée et sans aucun repère à décidé de rompre les amarres. Seraient-ils alors des ‘’désamarreurs’’ ? Non, ce sont des Harragas. Car, avant qu’ils accèdent à une quelconque partie du vocabulaire marin, ces desperados ont d’abord brûlé tout ce qui, sur la terre d’Algérie, les reliait aux arômes du pays, à la chaleur familiale, aux quartiers populaires, aux vallons herbus et aux montagnes acérées. Brûler ! L’itinéraire étymologique et sémantique ne présente aucune faille. Sans doute fait-il même dans la métaphore. Une jeunesse qui brûle de rejoindre l’hypothétique ‘’paradis’’ occidental, brûle du même coup tous les dogmes de nationalisme stérile, de patriotisme hypocrite et de moralisme affadi.
Notre pays était considérée, il y a une décennie, plus comme zone de transit pour l’émigration clandestine africaine que véritable ‘’acteur’’ en la matière. Il se trouve que, depuis la première aventure harraga effectuée à Sidi Salem (Annaba) en 2006, notre pays est en passe de rivaliser en la matière avec les pays du tiers-monde les plus enfoncés dans la misère. Cette ‘’exportation’’ d’une jeunesse poussée dans ses derniers retranchements et mise en situation de loques humaines n’a probablement pas d’équivalent dans l’histoire sociale de l’Algérie. Y a t-il un signe plus révélateur de l’échec d’une politique sensée servir la frange la plus importante de la population? A l’échelle des anciennes colonies et du continent africain en particulier, les analystes parlent crûment de l’échec des indépendances.
Les députés de l’Assemblée populaire nationale ont voté un texte criminalisant l’immigration clandestine. Les autorités religieuses ont aussi apporté leur eau au moulin de la nouvelle ‘’inquisition’’ en déclarant ‘’péché’’ l’acte de prendre la mer pour fuir la misère et le désespoir. Est-ce par tant d’incompréhension et de volonté de répression, qu’on espère récupérer les jeunes et les dissuader de tenter l’aventure ? Le résultat ne s’est pas fait attendre : après la ‘’harga’’, mot métaphorique pour dire la rupture brutale avec la terre natale, voici venu le temps de la ‘’harga’’ au sens physique, l’immolation par le feu.
A son tour, l’acte de tentative d’immolation est en voie d’être criminalisé. Ce qui a conduit récemment un caricaturiste a faire camper deux personnages assis l’un à côté de l’autre. L’un a pris feu après avoir trempé son corps d’essence, l’autre est tout dégoulinant d’eau après l’échec d’une aventure harraga. « Je prends feu ! », dit l’un ; « je prends eau », répond l’autre.

Hogra : Léviathan algérien, ogre indéfinissable, pieuvre étouffante et insatiable tenant la société algérienne entre ses mâchoires. Le mot est intégré dans le lexique des comptes-rendus de la presse mondiale et finira, sans doute, par figurer dans les manuels de sciences po et les modules de sociologie.
Infructuosité : Voici un terme tout à fait algérien qui remplit les pages de publicité dans les journaux mais que beaucoup de lecteurs, gagnés par l’esprit de curiosité ne trouvent pas dans leurs dictionnaires. Ni le Robert, ni le Larousse n’ont eu l’heur d’introduire ce mot dans leurs pages. Un avis d’appel d’offre qui n’a pas abouti est tout simplement frappé d’infructuosité. Comme il existe un français canadien (canadianisme), un français belge (belgicisme), il existerait aussi un français algérien (algérianisme).
Inondations : Une trentaine de morts entre octobre et novembre 2011. Des habitants, des voitures et du bétail son emportés par les eaux furieuses de l’automne algérien. Le diagnostic revient à chaque saison des pluies pour dire notre anarchie urbanistique- on construit dans les zones inondables déclarées officiellement non constructibles- et pour dire aussi notre grande mésaventure environnementale par une déforestation catastrophique sur les versants des montagnes. Aucune régulation des eaux de ruissellement n’est possible.
Une instruction du Premier ministre datant d’octobre 2011 demande aux services techniques des wilayas de concevoir des programmes pour éviter les inondations dans les villes. Mais lorsqu’on va des erreurs techniques graves sur l’autoroute Est-Ouest, aucune instruction ne peut remplacer le sérieux du suivi des projets par l’administration. Ainsi, en octobre dernier, sur un tronçon dépressionnaire de l’autoroute au niveau de Bechloul (wilaya de Bouira), un orage d’un quart d’heure à fait monter le niveau des eaux de plus d’un mètre de hauteur. Il n’y a aucun moyen d’évacuation prévu. On a plutôt affaire à un gigantesque bassin de rétention d’eau. La circulation a été bloquée sur des dizaines de kilomètres et les hommes de la protection civile, immergés jusqu’à la hanche, n’ont eu que… des pioches pour briser la barrière bétonnée de l’autoroute

Manipulation : C’est la plus sophistiquée des méthodes de gouvernance ; sauf qu’elle exige des conditions et des moyens. Notre pays en a à profusion. On dit que n’est manipulé que celui qui est manipulable. L’ignorance et l’école sinistrée ont assurément fait le lit de la manip et de l’agit-prop. La rente en assure la rétribution.
Dans tous les cas de figure, la manipulation se présente comme une arlésienne : on en parle partout mais on ne la voit nulle part. Qui manipule qui ? Tout le monde la condamne, mais peu d’acteurs peuvent s’en passer.
Marche : Marche ou bien décline ton identité ! disait Aït Menguellet. C’est le choix cornélien auquel sont réduits les Algériens depuis deux décennies. Les grands moyens de la revendication sociale suivent cette gradation : grève, marche, barricades, émeutes, incarcération ; marches, sit in, émeutes pour libérer les détenus.
Aucune catégorie professionnelle n’a pu échapper au destin de marcheur. Médecins généralistes, professeurs en médecine, gardes communaux et patriotes, protection civiles, étudiants, infirmiers, demandeurs de logements sociaux, de gaz de ville, d’AEP et d’autres commodités de la vie, ont battu le pavé affronté les forces de l’ordre et eu leurs blessés et détenus.
Numérique : Depuis la disparition de la transmission analogique le 29 novembre 2011, les cinq chaînes françaises présentes dans nos foyers depuis une vingtaine d’années ont laissé place à un écran noir. C’est la ruée vers des démos numériques plus cartes d’abonnement. Ces dernières existent en catégorie ‘’pirate’’ ou en catégorie ‘’d’origine’’, en plus de l’option sharing par le moyen de l’Internet. Tous les choix sont les bienvenus pour les Algériens qui ne cessent pas de bouder leur chaîne nationale (voir aussi le mot Unique).
Le terme numérique est popularisé en Algérie, le pays le plus parabolé du monde par rapport à la taille de sa population, pour désigner le démodulateur numérique de la télévision. Dans une chanson raï sortie au milieu des années 2000, son auteur compare sa dulcinée à une habba numérique ! Pas moins.
Partisan : Comme adjectif, ce mot a acquis en français une valeur souvent péjorative pour signifier ‘’attaché à un esprit de chapelle, de clan,…’’. Chez nous, il est innocemment utilisé dans le sens neutre de ‘’qui appartient à un parti politique’’. C’est ainsi que là où, sous d’autres cieux, on parle de presse d’opinion, en Algérie on parle de ‘’presse partisane’’ sans aucune connotation négative. Faut-il faire la moue devant cette appropriation spécifique ou plutôt s’en réjouir ?
Pneu : Véritable instrument de guerre et de guérilla, le pneumatique a acquis définitivement ses lettres de noblesse en Algérie.
Un pneu enflammé c’est une barrière psychologique qui saute en plus du sentiment de foule qui insuffle assurance et invulnérabilité. La méthode a eu un début de ‘’démocratisation’’ en investissant les routes et venelles de toutes les villes et bourgades d’Algérie. Même Djanet et Ouargla en ont obtenu une licence d’utilisation.
Le reste de fumée et la suie qui jonchent la rue après les négociations qui ont permis de lever les barricades et de libérer la route donnent une idée de l’ampleur de la colère des jeunes. Les traces laissées sur l’asphalte- ou même sur la piste- sont là pendant plusieurs jours encore, pour rappeler à leurs devoirs les autorités ou les ‘’lampistes’’ qu’on a bien voulu envoyer sur le front des négociations.
Printemps arabe : Après le printemps de Prague- dont un des plus célèbres acteurs, Vaclav Havel vient de nous quitter il y a quelques jours-, le monde a entendu parler du Printemps berbère en 1980 et du Printemps noir, toujours berbère, en 2001. L’unanimité des hommes politiques, de l’élite culturelle et de la presse est faite sur ces trois printemps.
Le bouillonnement de la rue qui prendra le nom de Printemps arabe a commencé en…hiver (décembre 2010) avec l’immolation de Mohamed Bouazizi en Tunisie. Mieux, ou pire, ce mouvement de contestation ne fait pas l’unanimité chez les analystes pour être classé comme étant le printemps des peuples et des idées de la liberté. Certains y voient la main de l’Occident. D’autres, en se rapportant aux résultats auxquels a abouti ce mouvement, à savoir l’intronisation des partis islamistes à la tête des parlements, n’hésitent pas à parler de contre-révolution ou de révolution confisquée.
En Libye, avec l’émergence de la mouvance berbère, qui a activement participé à la chute de Kadhafi, et le rôle déterminant de l’OTAN, l’on est moins fondé à parler de Printemps arabe. Peut-être faudrait-il parler d’un Printemps Otano-arabo-berbère qui jure d’appliquer la …chariâa !
Qamar istinaî (satellite) : A force de répéter machinalement ce terme au début de chaque bulletin météo, la présentatrice fait perdre un peu de crédibilité aux prévisions météo. Le doute s’installe sérieusement quand on abuse de ‘’bihawli Llah’’ et ‘’Inchallah’’. Après tout, on n’a jamais demandé à nos services météo de percer les secrets des dieux. On les sollicite juste pour nous dire, dans les limites raisonnables de la prévision scientifique, de quoi sera fait demain…uniquement sur le plan du mouvement des masses d’air.
Rappel (pour) : Certains ont défini l’information par le moyen de cette éloquente boutade : « l’information consiste à annoncer que Mr Watson est mort alors que personne ne savait qu’il était vivant » !
Ainsi, « pour rappel », est une formule routinière utilisée par réflexe involontaire par certains journalistes pour expliquer le contexte d’un événement par un retour sur les circonstances qui lui ont donné naissance. Malheureusement, dans la plupart des cas, on ‘’rappelle’’ une chose dont on n’a pas parlé par le passé. C’est souvent une façon fort commode de se rattraper au sujet d’une information qu’on n’a pas donnée au moment opportun.
Redresseurs : De coups d’Etat scientifiques en lézardes béantes connues sous le nom de redressement, la maison du FLN ne cesse de convoquer un lexique peu ragoûtant, hormis peut-être celui de musée, lorsque des personnalités historiques ont appelé à la mise au musée d’un patrimoine qui appartient à tous les Algériens.
Cependant, le FLN, plus qu’un parti, c’est un appareil qui a ses tentacules dans tous les rouages de l’Etat, de l’administration et de la société. C’est un outil par lequel s’intronisent les présidents, avec l’assistance d’autres partenaires OVNI de la politique.
Le glissement sémantique du galimatias algérien ne peut pourtant pas faire des redresseurs du FLN des rénovateurs du parti comme c’est le cas en Europe quand un groupe au sein du parti en vient à constituer un courant d’opinion, mais qui ne remet pas en cause la direction du parti. A ce propos, existe-il des courants d’opinion dans nos partis ? On peut même se poser la question de savoir est-ce qu’il existe des opinions tout court à part celle du chef. Ce sera un véritable redressement des mentalités le jour où ce sera le cas.
Route coupée : Depuis une année, la route nationale n° 5 (Alger- Constantine) et la route nationale n°12 (Alger- Tizi Ouzou-Azazga-El Kseur) ont perdu le privilège d’avoir battu le record du nombre de protestations, barricades et émeutes de citoyens désemparés au cours des années 2000. Deux raisons sont à l’origine de ce déclassement. D’abord, l’ouverture de l’autoroute Est-Ouest. Cette dernière, même si elle a été le théâtre de certaines protestations sur quelques uns de ses tronçons, n’a pas pu égaler les pics de tensions qu’ont connues les deux routes nationales du fait que celles-ci traverse un grand nombre de villes et villages en leur plein milieu.
La seconde raison du recul de ce record est sans aucun doute la généralisation des émeutes, sit in et barricades pour embrasser l’ensemble du territoire national depuis janvier 2011. Aucune route n’échappe à ce destin peu enviable.
De son côté la RN 26, longeant la vallée de la Soummam, a connu ses heures les plus tendues au cours de l’année 2011. Akbou, Ighzer Amokrane, El Kseur, presque aucune agglomération n’a échappé à la furie citoyenne déversée sur la route de la Soummam. La contagion a gagné la RN9 (Béjaïa-Sétif). Le soulèvement des habitants de Tichy et Aokas contre le pullulement des lieux de débauche sur ce couloir balnéaire a été le sommet de la colère, mais aussi du civisme des citoyens.
Pour d’autres renseignements, voir les mots ‘’barricade’’, ‘’pneu’’, ‘’émeute’’ et ‘’émeutier’’.
Saint-Augustin : Les noms de certains Algériens ‘’dépareillés’’, selon le mot de Taous Amrouche, reviennent, s’en vont, s’effacent, puis réapparaissent sans que les Algériens aient une parfaite connaissance des personnages évoqués. Fernand Yveton, Henri Maillot, Maurice Audin, Tin Hinan, Apulée, Jean Amrouche, Frantz Fanon et tous ceux qui ont un nom ou un profil culturel ‘’dissonant’’ par rapport à ce qui est débilement considéré comme étant la ‘’norme’’, tous ces personnages-là ne trouvent pas encore dans l’Algérie du 21e siècle leur véritable place- malgré l’existence d’une place Audin à Alger-parmi leurs compatriotes.
La commémoration, en ce mois de décembre 2011, de la mort de Frantz Fanon, n’a presque pas dérogé à la règle. Le sujet n’a pas dépassé le cercle d’une certaine ‘’élite’’. La consonance ‘’exotique’’ du nom justifierait aux yeux de certains tous les anathèmes.
Une belle caricature pour illustrer ce cas de figure. Après le semblant d’intérêt accordé par Bouteflika au père numide de l’Église chrétienne au début des années 2000, le dessinateur Ali Dilem improvisa une scène où conversaient deux Algériens dont l’un est visiblement surpris par la consonance du nom évoqué lors d’un séminaire dont parle la télévision algérienne. Il demande à son camarade :’’Ce Saint-Augustin est-il un musulman ?’’. L’autre lui répond :’’Non, c’est un saint !’’.
Sucre et huile : C’est le label ‘’iso’’ sous lequel on a décidé de ne pas percer le secret apparemment impénétrable des émeutes du 5 janvier 2011. La commission parlementaire qui a eu à ‘’épuiser’’ ses forces pour situer les tenants et les aboutissants d’une machination de haute voltige et à grande échelle n’y a vu que du feu ; non, que du sucre et de l’huile ! Soit un simple dérèglement des prix que le ministère du Commerce est tenu de corriger par une nouvelle…loi sur la concurrence. Les technocrates habitués à ce genre de dossier s’y sont déjà mis. D’autre part, l’on n’a pas hésité à faire dans la diversion par la fausse alerte du 17 septembre 2011, via un appel aux jeunes par facebook à investir les rues d’Algérie.
Le groupe de députés qui avait demandé à enquêter sur certaines affaires de corruption a été débouté l’année dernière par le président de l’APN. On connaît la musique. Depuis les années 1980, la sagesse populaire et l’opinion ont reçu la leçon et en ont fait un adage : lorsqu’on veut étouffer un problème, on lui crée une commission. Ce n’est pas l’appareil exécutif du FLN de l’époque qui nous démentira.
Tripartite : Instrument de négociation sociale entre l’Exécutif, le syndicat et le patronat, la tripartite est toujours attendue avec intérêt par le monde du travail, même si les dès sont pipés, c’est-à-dire que les décisions ont été prises et validées dans les coulisses. On joue à la perfection le respect du formalisme pour ne tirer, à la fin, de l’économie que ce qu’elle peut donner, c’est-à-dire peu de chose.
Ouyahia a souvent dit qu’il n’y a, dans ce genre de forum, ni vainqueur ni vaincu. C’est probablement la preuve que la complicité l’a emporté sur la division du travail au sein de la tripartite.
Unique : Adjectif et substantif féminin spécifiquement algériens pour désigner l’unique chaîne de télévision du pays, qui est un organe public. Média lourd par excellence, la télévision a courroucé tous les courants politiques qui ne font pas partie du sérail, y compris ceux qui étaient hier aux commandes de l’Etat et qui avaient fermé cette télévision aux autres Algériens. La presse écrite arabophone brocarde notre TV en l’appelant El Yatima, l’Orpheline.
Que deviendra l’Unique si le projet de libéralisation des chaînes de télévision venait à se concrétiser ? Déjà avec les bouquets envoyés au-dessus de nos têtes par les satellites, certains en sont réduits à coller à notre chaîne le peu flatteur sobriquet de Canal zéro.
Le ministre de la communication, Nacer Méhal, dit tout haut, c’est-à-dire son insatisfaction des programmes télé ce que d’autres ont crié plus haut encore il y a des années. Rien de nouveau donc sous le soleil. Le tout est de savoir qu’est-ce qu’il entend faire pour rendre ‘’audible’’ et ‘’visible’’ la TV algérienne en dehors de la routinière Arlésienne de lancer de nouvelles chaînes (thématiques, sportives,…). Car, et c’est une lapalissade, une médiocrité multipliée par le nombre de canaux que l’on compte installer, ne peut guère aboutir à une performance.

Week-end semi-universel : Voici un bel algérianisme en vigueur depuis 2009, mais qui a mille difficultés à être intériorisé par les Algériens. Les fêtes de mariages continuent à avoir les faveurs de la journée du jeudi. Une grande partie des médecins privés travaillent le samedi et se reposent le jeudi. Les grossistes de certaines grandes villes du pays se reposent le jeudi et travaillent le samedi.
Une certaine presse arabophone- qui n’a de certain que le règne de la bêtise et de la médiocrité en son sein- avait préparé le terrain psychologique à une forme de ‘’rébellion’’ qui allait gagner certains secteurs idéologiquement bien marqués. Elle a exagérément insisté sur le caractère sacré de la journée du vendredi. Le ministère de l’Education a alors décidé d’annuler les cours programmés initialement à être assurés la matinée de cette journée. Cela se fait au détriment des rythmes scolaires et de la rationalité pédagogique, comme de bien entendu, puisque le volume horaire hebdomadaire devra rester le même. C’est le rythme des cours qui a subi une accélération, et c’est l’assimilation et la performance qui en prendront nécessairement un coup.
L’institution d’un week-end hybride méritait-t-elle une si frénétique levée de boucliers et tant d’anathèmes ?
Lorsqu’une administration d’un pays fortement dépendant de l’étranger en matière d’approvisionnement reste sourde aux pertes générées- et qui se calculent en dizaines de millions de dollars- par la mise à l’arrêt des bateaux en rade en raison de deux week-ends cumulés dans une semaine, c’est qu’il y a quelque part une raison fêlée qui continue à présider à nos destinées. Par rapport à nos partenaires étrangers qui deviennent de plus en plus nombreux, l’Algérie n’a travaillé depuis 1976, que trois jours dans la semaine, et cela au nom d’un ‘’impératif’’ religieux : la prière du vendredi. Pourtant, il ne faut pas être grand clerc pour pouvoir aménager une plage horaire pour permettre aux fidèles d’accomplir leur prière hebdomadaire.

Seule la caricature ou le théâtre peuvent parfois rendre l’inénarrable absurde dans lequel baigne l’homme algérien. C’est ce qu’a exprimé ce dessin de Maz d’El Watan reproduisant un dialogue entre deux citoyens algériens de basse condition.
Nous citons de mémoire : l’un dit à son ami que, si on changeait le week