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Bouira Etat des lieux du mouvement associatif

Gloire et déchéance…

1997

Bouira, à l’instar de toutes les wilayas du pays, a vu dès l’année 1989, au lendemain de l’ouverture démocratique, la création de dizaines d’associations dans les domaines, sportif, culturel, scientifique et de bienfaisance. Après des débuts marqués par une effervescence et une activité intense, la dynamique s’estompe, dans un contexte sécuritaire sans cesse dégradé au début des années 1990.

Ceci dit, le mouvement associatif, en particulier celui activant dans le domaine culturel, puisque c’est le segment le plus en vue dans la wilaya, notamment dans la partie berbérophone de Bouira, a pu occuper le terrain en s’appropriant les quelques espaces non encore gagnés par le fanatisme religieux. De très belles choses ont été accomplies à cette époque de la vie associative riche en expériences aussi belles les unes que les autres. Les nostalgiques de ce “passé” désormais révolu ont comme un pincement au cœur à la simple évocation de ses souvenirs ayant marqué la vie des gens dans toutes les communes de Bouira, où le tissu associatif a impulsé une extraordinaire dynamique dans une société à peine libérée du régime unique, mais menacée par l’obscurantisme ambiant. Cependant, et après près d’une dizaine d’années d’existence et d’activités intenses, le tissu associatif commençait à se réduire comme une peau de chagrin. Une à une, les associations commençaient à être désertées par les animateurs qui constituaient leur noyau dur. Faute d’une relève capable de reprendre le flambeau, bon nombre d’associations notamment à Bouira, Aghbalou, Saharidj et M’chedallah ont fini par disparaître du paysage, laissant derrière elle un vide incommensurable.

9 associations sur 10 inactives

Près de 1 200 associations, tous caractères confondus, sont recensées à travers la wilaya de Bouira par les services de la direction de la réglementation et des affaires générales (DRAG) de Bouira. Sur le plan réglementation, parmi toutes ces associations rattachées aux différentes directions de wilaya (culture, DJS, DAS, DSP, affaires religieuses), on distingue d’une part, celles créées à partir de l’année 1990, à la faveur de la promulgation de la loi 90/31 de 1990 portant sur la création d’associations, et d’autre part, celles créées avant cette année. Ces dernières sont dans leurs quasi totalité non conformes à la réglementation en vigueur. Du coup, leur statut juridique exige une révision et une adaptation par rapport aux textes de 1990. Du point de vue de l’activité et de la présence sur le terrain, et c’est ce qui nous intéresse le plus, il existe une distinction de taille. Il y a en effet, trois catégories
d’associations : celles qui sont totalement inactives, celles fonctionnant au ralenti dont l’activité est occasionnelle et de circonstance et enfin les plus actives, présentes tout au long de l’année. Ces dernières représentent seulement 10% du nombre total des associations agréées, soit près d’un dixième, ou bien 120 associations sur les 1 200 existantes. La deuxième catégorie, quant à elle, constitue près de 10%, soit un autre dixième. Au total, entre les associations les plus actives et celles qui le sont le moins, on atteint 20% du nombre global. Le reste, soit 80% des associations sont complètement inactives, elles n’ont d’existence que le nom. Dans la wilaya de Bouira donc, 8 associations sur 10 sont des organisations fantômes qui n’ont aucune existence sur le terrain. Un constat des plus tristes qui renseigne sur l’état de déliquescence dans lequel se trouve le mouvement associatif dans la wilaya.

L’assainissement du fichier s’impose

A la DRAG de Bouira, les services en charge de ce dossier sont conscients de cette situation pour le moins catastrophique. Et l’on se penche d’ores et déjà sur ce problème. A cet effet, un travail d’assainissement du fichier d’associations est toujours en cours. On nous apprend que depuis déjà quelques mois, des réunions de coordination avec les différents secteurs auxquels sont rattachés ces associations sont tenues périodiquement. L’objectif étant d’arrêter des listes des associations en activité et celles qui ne le sont pas. Autre tâche à laquelle s’attellent les services de la DRAG, celle de la mise en conformité des associations créées avant 1990. Là encore, un gros travail d’assainissement s’impose. Les associations dont les statuts ne sont pas non conformes avec la réglementation en vigueur doivent être soumises à une dissolution volontaire. Dans le cas contraire, elles seront destinataires de mises en demeure et passibles de poursuites judiciaires. Dans le cas d’un bon nombre d’associations, les services de la DRAG ont eu recours à des mises en demeure et à des actions en justice pour mettre de l’ordre dans le fichier associatif.
Associations religieuses, sportives et de parents d’élèves : la part du lion De tout le tissu associatif de la wilaya, le secteur des affaires religieuses, de la jeunesse et des sports et celui de l’éducation qui comptent le plus d’associations à Bouira. Le secteur de l’éducation compte près de 133 associations ayant renouvelé leurs structures, selon les récentes statistiques. Alors le nombre d’établissements scolaires, tous paliers confondus, s’élève à près de 640. Certes, ce chiffre comparé au nombre global des associations dans la wilaya, paraît important. Mais, il reste insignifiant par rapport au nombre des établissements. A vrai dire, 4 établissements sur 5 ne disposent d’associations de parents d’élèves. Un manque à gagner non négligeable dans un secteur où le rôle des APE dans la vie scolaire des enfants est indispensable. A Bouira, certains se targuent du nombre important d’associations des parents d’élèves, mais d’aucuns jugent l’action de celles-ci inefficace et insuffisante. L’absence de représentativité de membres de certains APE, résultant du non-renouvellement des structures et la composante des bureaux, a souvent paralysé toute action de ces associations. L’absence d’écho quant aux problèmes récurrents du chauffage, de la restauration et du transport scolaire auprès des responsables concernés en est un autre facteur qui pousse les parents à jeter l’éponge ou à refuser de s’engager dans de telle initiative. Dans le secteur de la jeunesse et des sports, la DJS de Bouira a fait état dans son rapport présenté devant les élus de l’APW, lors de l’examen des indicateurs du secteur, de pas moins de 54 associations. Celles-ci sont implantées à travers 25 communes de la wilaya. Elles sont réparties comme suit : 48 à caractère local, 2 associations de wilaya et 4 ligues de wilaya. Pour la seule année en cours, 11 nouvelles ont été créées. Le département des affaires
religieuses lui aussi comptabilise un nombre non négligeable d’associations de mosquée. Presque dans chaque mosquée existe une association. Il faut néanmoins noter que celles-ci sont parfois minées par des problèmes internes et des conflits avec les imams.

Défaillances tous azimuts des associations de quartiers

Censées être un trait d’union entre les responsables locaux de la mairie et les habitants du quartier, et les porte-parole de la population, nombreuses sont les associations de quartiers à Bouira à être détournées de leur vocation initiale pour servir les intérêts personnels de certains membres. L’on s’est souvent appuyé par le passé sur ces organisations pour faire compagne et servir des candidats à l’approche de rendez-vous électoraux et autres agendas politiques. Manipulés à outrance et longtemps soudoyées par le gain facile et les promesses de tout genre, ces associations font des apparitions furtives et lors des circonstances bien précises, avant de disparaître dans la nature. Le parfait exemple de la défaillance de ces organisations, reste l’état alarmant de la quasi totalité des quartiers des villes et villages de Bouira.

Nas El Khir Bouira : nouvelle forme d’associations sur les réseaux sociaux

Pour palier le vide sidérant laissé par les associations de quartiers, des jeunes lycéens, étudiants issus pour la plupart des quartiers souvent populaires qui se sont rencontrés sur le Net et les réseaux sociaux, notamment Facebook, se sont organisés en collectif un peu partout à travers la ville de Bouira. Ils sont à peu près une cinquantaine et leur nombre ne cesse d’augmenter de jour en jour. Tournés exclusivement vers le social et l’environnemental, cette génération “Facebook” s’est illustrée sur le terrain à travers de nombreuses actions de bienfaisance et de volontariat. En effet, Nas El Khir a, à son actif, plusieurs opérations de nettoyage des quartiers et d’actions de sensibilisation sur la nécessité de sauvegarder l’environnement urbain. Ce collectif a marqué sa présence et collaboré à la réussite de la “Journée sans voiture», initiée par la radio locale tout récemment. Toujours dans le cadre de leur action de bienfaisance, les membres du collectif Nas El Khir ont marqué la journée de l’Aïd El Kebir par des visites à l’auspice de la ville de Bouira et auprès des malades de l’hôpital Boudiaf. Ce collectif de bénévoles baptisé Nas El Khir reste une initiative citoyenne qui n’a pas une existence juridique. On le trouve presque à travers toutes les wilayas du pays. Cette initiative mérite beaucoup d’encouragement et de l’attention de la part des pouvoirs publics.

Il était une fois l’association militante

Enseignants et universitaires auxquels se sont joints des citoyens anonymes ont été les premiers à se lancer dans le mouvement associatif et à constituer le noyau dur des premières associations qui ont connu une forte adhésion. Petit à petit, des chorales et des troupes de théâtre seront mises en place pour permettre à des jeunes de faire connaître leurs talents. Le contexte de l’époque s’y prêtait, des liens commençaient à se tisser entre associations qui entreprenaient des choses et prenaient beaucoup d’initiatives. Dans chaque coin du pays, surtout en Kabylie des festivités qui deviendront plus tard des évènements grandioses et des rendez-vous incontournables voyaient le jour. D’aucuns se souviennent encore du festival de la poésie organisé à Aïn Zebda, sur les hauteurs d’Aghbalou. Cet événement organisé en 1992 par la défunte ACA (association culturelle Aghbalou) a connu la participation de dizaines d’associations et d’une centaine d’artistes venus des pays voisins tels que le Maroc. Ce festival avait drainé des milliers de gens des jours durant. Que ce soit à Saharidj, à Raffour ou à M’chedallah, des associations culturelles ont marqué les esprits par leur activité intense et par leur capacité à relever les défis. Tagharma, est autre association née au lendemain des réformes politiques d’après 1988. Yennayer était à chaque fois célébré à Bouira à travers des festivités diverses organisées par l’association. A chaque 20 Avril et 5 Octobre, Tagharma marquait une halte pour célébrer ces dates marquantes du combat des Algériens et des Kabyles pour l’identité la liberté et la démocratie. Cela durera près d’une décennie. Beaucoup d’animateurs militants de la cause amazighe de l’époque ont consacré leur temps, leur argent, délaissant parfois même leurs familles pour se consacrer à l’activité associative. Dépourvues de presque tous les moyens, les associations ne devaient leur existence qu’aux quêtes et aux donations collectées ici et là en marge des festivités qu’ils organisaient. Les années passent, la passion s’effiloche et le soutien tant attendu des pouvoirs publics tarde à venir, ces animateurs de premières heures commençaient à lâcher prise pour laisser place à d’autres associations, nombreuses à avoir vu le jour à Bouira au milieu et la fin des années 2000.

Djamel M.