Par A. A. | 23 Juin 2013 | 3716 lecture(s)

Au cahier culturel

Hommage à Mme Lafarge fondatrice de la radio kabyle

Par Abdennour Abdesselam

C’est dans les années 1930 que la radio kabyle est née. Sa fondatrice fût Madame Lafarge qui créa la première émission dédiée aux femmes intitulée « Nnuba n lxalat » avec un groupe de dames toutes nées pour l’art. On citera, entre autres, Lla Yamina, Lla Zina, Fatma-Zohra, Bahia Farah, Ldjida Thamouqrant, Cherifa qui seront rejointes, plus tard, par une jeune génération à l’exemple de Ldjida Tamectuht, Anissa, Djamila, Nouara, Farida etc. L’apport de Lla Zahia Kharfellah sera tout particulier. Celle-ci finira par rejoindre le maquis au déclanchement de la guerre de libération nationale à laquelle elle survivra. Il faut signaler, cependant, qu’en ces temps, il était presque impensable qu’une femme kabyle puisse ainsi non seulement passer à la radio, mais tout simplement travailler dans une institution. N’importe laquelle. C’était un tabou dont souffrira grandement l’évolution de la société. Madame Lafarge, très portée sur l’anthropologie sociale et culturelle, le savait fort bien. Elle savait que c’est par le développement de la femme que les sociétés avancent. Grâce à sa conviction, mais aussi à son dévouement, des femmes « jetteront » leur voile et briseront cette inconvenance qui volera petit à petit en éclats. Au côté de Madame Lafarge, il y a eu surtout le talentueux Chikh Noreddine. Elle trouva en lui l’assistant tout indiqué qui va impulser de l’épaisseur à la programmation. Elle trouva en lui la personne toute indiquée pour promouvoir l’initiative radiophonique kabyle pour devenir la chaine kabyle. Chikh Noreddine créait des rubriques, ce qui permettra l’engagement de personnels en animation, dans le chant, la comédie musicale, en auteurs de pièces théâtrales radiophoniques, etc. Madame Lafarge s’essayait dans « Nnuba n lxalat » aux mélodies avec tant de complicité avec le groupe pour mieux comprendre les complaintes des femmes. Elle s’était tellement incrustée dans l’humus culturel kabyle féminin qu’on finira par la nommer très familièrement, très singulièrement et très affectueusement : Lla Tassaâdit. Ce qu’elle a accueilli avec enthousiasme. Il se peut même que, d’après certains témoignages, ce serait Lla Tasaâdit qui aurait créé toute la radio Alger dans son ensemble avec ses variétés linguistiques. Enfin, on notera que l’animatrice de la chaîne deux Ferroudja a, dans les années 80, su fixer par enregistrement les précieux témoignages de la majorité de ces femmes aujourd’hui disparues. Gageons que les enregistrements sont bien conservés, car des projets d’études de l’événement parcouru par les pionnières de la modernité peuvent servir de rares supports pour les analystes et chercheurs d’aujourd’hui.

A. A.

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