Par DDK | 24 Janvier 2016 | 3018 lecture(s)

Entretien avec l’écrivaine Katia Hacène

«écrire ne signifie pas forcément être littéraire»

Issue d’une famille lettrée originaire de la Grande Kabylie, Katia Hacène est née à Alger le 28 Juin 1961. Après l’obtention d’une licence d’anglais, elle entame sa vie active dans le journalisme. En 1986, elle débute sa carrière au journal “Horizons”. En 1990, elle est membre fondateur honoraire du quotidien d’information “Le soir d’Algérie” où elle est chef de rubriques. En 1995, elle part en France et s’installe à Toulouse où elle exerce dans le secteur social et anime des ateliers de langue anglaise. Ce couronnement de succès lui a ouvert la voie en 2003 vers la littérature, où elle semble se stabiliser en devenant une grande romancière et poétesse ayant à son actif une douzaine d’ouvrages sortis pour la plupart en France. En 2015, deux d’entre eux sont édités en Algérie.

Dépêche de Kabylie : Même si vous êtes très connue, dites pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, qui est Katia Hacène?
Katia Hacène : Pour ne pas faire trop long et ne pas me répéter, je dirais que je suis une ancienne journaliste devenue écrivain. Après avoir exercé durant quelques années au journal Horizons, j’ai vu naître le Soir d’Algérie dont j’ai été membre fondateur honoraire. Autrement dit, j’ai largement contribué à la création et au lancement de ce premier quotidien d’information indépendant en 1990. Par la suite, je me suis établie en France et dans le courant des années 2000, j’ai commencé à rédiger quelques ouvrages et à les faire publier.

La littérature, est-ce un don ou un choix pour vous ?
Ni l’un ni l’autre. Je ne suis pas particulièrement littéraire. J’ai toujours été attirée par tout ce qui relève du social, des sciences humaines et de la philosophie. Malheureusement, les circonstances ne m’ont pas permis de poursuivre des études supérieures dans ces domaines. J’ai donc opté pour une licence d’anglais. Comme je le dis souvent, à défaut de pouvoir faire ce que tu aimes, essaie d’aimer ce que tu fais. Pour en revenir à mes écrits, ils ne s’adressent pas particulièrement aux intellectuels. Par conséquent, plutôt que de chercher à construire de belles phrases, je veille à ce que mon style soit accessible à tout public. Contrairement aux idées reçues, écrire ne signifie pas forcément être littéraire. Il n’y a pas que les hommes de lettres qui deviennent auteurs de livres.

Pourquoi avez-vous choisi tout au départ le journalisme, un excellent métier certes mais parsemé de risques tout de même?
Ce sont les circonstances qui ont choisi pour moi. Juste au moment où j’achevais ma licence d’anglais en 1985, naissait le journal Horizons, lequel, à l’époque, incluait une rubrique rédigée en langue anglaise, une première en Algérie. À cette époque, ma mère m’avait fortement encouragée à travailler pour cette rubrique. J’ai écouté son conseil et je ne l’ai pas regretté. Quant aux risques, chaque métier a ses risques. Dans mon cas, je garde plutôt le souvenir d’un journalisme passionnant et enrichissant.

En 1995, au milieu de la décennie noire, vous êtes partie en France. Est-ce un choix ou par contrainte ?
Cela a été pour moi plus qu’une contrainte : une catastrophe ; l’un des plus mauvais souvenirs de ma vie. C’est un déchirement occasionné par un problème de santé (dérèglement de ma glande thyroïde) aggravé, à ses débuts, par une erreur de diagnostic. Il a fallu quelques mois pour qu’on découvre de quoi je souffrais. D’autre part, mon cas est assez atypique dans le sens où médicalement, mon départ m’avait été fortement recommandé car le principal à mon mal était le repos le plus absolu que je ne pouvais pas trouver en pleine décennie noire. Autrement dit, cette ambiance de terreur compromettait fortement ma guérison. C’est ainsi que je me suis finalement résignée à prendre l’avion pensant, néanmoins, revenir un jour, mais le destin en a décidé autrement et je suis restée en France.

Pourquoi avez-vous cessé l’exercice dans le journalisme tout en optant pour la littérature ?
Pour les mêmes raisons citées dans ma réponse à votre précédente question. En outre, le journalisme n’étant pas un métier de tout repos, à l’époque, j’ai dû interrompre cette carrière et opter pour une méthode d’écriture plus paisible.

Pourriez-vous présenter vos ouvrages ?
Pour cette fois, je ne vais pas présenter l’ensemble de mes ouvrages. Je vais plutôt axer ma réponse sur mes deux romans disponibles en Algérie depuis le SILA 2015. Il s’agit de ‘’Le destin de Narimane’’ et ‘’Jusqu’au bout des flammes’’. Le destin de Narimane est mon premier roman, celui qui m’a “lancée”, si je puis m’exprimer ainsi. C’est l’histoire d’une jeune femme qui, pourtant confrontée à des situations très difficiles, est un exemple de courage. Tout au long de ce roman, de multiples rebondissements et des faits inattendus entraînent le lecteur dans un véritable suspens. Cet ouvrage est, d’ailleurs, souvent comparé à un roman policier.
Jusqu’au bout des flammes est un roman plutôt social ayant pour principaux thèmes le chômage, l’émigration et la recherche d’emploi. Je pense que beaucoup de jeunes gens se retrouveront dans le personnage de Méziane.
Je vais également citer deux nouveautés récemment publiées en France aux éditions Edilivre. Il s’agit d’un roman intitulé Quand la bourrasque passe et d’un premier recueil de citations ayant pour titre Des mots qui pansent les maux (première série). J’attends de pouvoir les faire publier en Algérie. Ceci dit, même d’Algérie, il est “possible” de les acquérir via le site internet de Edilivre, mais je sais que cela n’est pas à la portée de tous.

Vous avez consacré un roman à la Kabylie, une région dont sont issus vos parents et qui était aussi et reste le berceau de la culture algérienne dont sont issus de grands écrivains, chanteurs et poètes. Est-ce par nostalgie à la terre ancestrale ?
Effectivement, une grande partie de mon roman intitulé Jusqu’au bout des flammes est consacrée à la Kabylie et à certains événements et coutumes liés à cette région. Pour le reste, je suis née et j’ai grandi à Alger. À travers ce livre, j’ai simplement tenu à rendre hommage à la région d’où sont originaires mes aïeux, autrement dit celle de mon sang.

Avez-vous des projets à court terme?
Mon principal projet est de continuer à faire éditer mes ouvrages en Algérie.
Pour le moment, deux d’entre eux, Le destin de Narimane et Jusqu’au bout des flammes, publiés aux éditions Dhakiret El Ouma, sont disponibles au niveau des librairies algériennes. C’est un bon début mais je souhaiterais que l’ensemble de mes ouvrages soient présents dans les rayons de ces librairies. Pour suivre mon actualité, j’invite cordialement ceux et celles qui le souhaitent à me rejoindre sur mes pages Facebook où je suis assez active.

Le mot de la fin pour conclure cet entretien ?
Tout d’abord, je tiens à remercier l’équipe des éditions Dhakiret El Ouma qui m’a permis de lancer mon activité d’écrivain en Algérie et, par conséquent, de concrétiser l’un de mes projets qui me tenait le plus à cœur, en espérant pouvoir continuer sur cette voie.
Je remercie également toutes les personnes qui me lisent, me suivent et me soutiennent régulièrement. Enfin, merci à vous de m’avoir sollicitée pour cette interview.

Entretien réalisée par L. Beddar

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