Par DDK | 12 Octobre 2017 | 1304 lecture(s)

TIZI-OUZOU Journée évocation de Saïd Boulifa (1861 - 1931)

Le précurseur berbériste

Une journée évocation a été organisée, avant-hier, sur la vie et travaux de Saïd Boulifa, sous le thème «Les méthodes de Boulifa dans l’enseignement de Tamazight», à la bibliothèque principale de lecture publique de la Maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou.

Cette manifestation était organisée en collaboration avec plusieurs partenaires : la direction de la culture, la BPLP, le comité des fêtes artistiques, l’association des enseignants de Tamazight, l’association culturelle «Saïd Boulifa» et l’association culturelle «Issagh». Le public était notamment convié à une exposition sur la vie et l’œuvre du penseur. Dans son allocution d’ouverture, la directrice de la culture de la wilaya, Nabila Gouméziane, dira : «Cette journée d’évocation et d’hommage à Saïd Boulifa est placée sous le thème ‘’Les méthodes de Boulifa dans l’enseignement de Tamazight’’. C’est l’occasion de rappeler l’immense contribution de ce chercheur à la sauvegarde d’une grande partie de notre patrimoine culturel populaire oral, tels des textes littéraires de grande valeur et des poèmes de Si Mohand U M’hand qu’il avait rencontré». Et d’ajouter : «Les méthodes spécifiques d’enseignement de Tamazight de Boulifa sont plus que jamais d’actualité. Des linguistes et pédagogues s’y réfèrent». A son tour, Djaffar Boulifa (44 ans), arrière-petit-fils du chercheur, dira : «Saïd Boulifa est né en 1861 à Adni, un village relevant de Larbaâ Nath Irathen. Il a suivi un enseignement coranique avant de fréquenter l’une des premières écoles françaises (1875), où il obtint un certificat d’aptitude qui lui permit d’embrasser une carrière d’instituteur». Le conférencier exposera dans le détail le cheminement de son aïeul : «Saïd Boulifa a suivi un stage de formation à l’école normale de Bouzérah en 1890, puis il fut répétiteur en Tamazight, professeur de langue berbère à la fac des lettres d’Alger de 1922 à 1929». L’assistance apprendra que Boulifa ne s’est pas contenté d’enseigner, mais a mené des recherches approfondies dans plusieurs domaines. Il créa ses propres supports didactiques et entreprit de sauver une grande partie de la littérature kabyle. Son premier livre, un manuel pédagogique, fut publié en 1887 «Première année de la langue kabyle». La même année fut édité «Méthodes de la langue kabyle», de René Basset et de Belkacem Bensedira, et un diplôme de langue kabyle est créé à l’université d’Alger. Le conférencier terminera son intervention, en revenant sur les différentes disciplines que Boulifa maîtrisait et pratiquait : La linguistique berbère ; La progression grammaticale et sémantique ; Etude de textes berbères en dialectes de l’Atlas lMarocain (1908) et Méthode d’enseignement de la langue kabyle (Cours de 2ème année (1913). Boulifa a également composé un recueil de poésie en kabyle, notamment sur la femme kabyle qu’il glorifie et sur le chant kabyle «Airs de musique», Alger 1904. L’année suivante, il publia «Les manuscrits berbères du Maroc», une grande symétrie entre le Rif, Tétouan et la Kabylie. Saïd Boulifa se pencha également sur l’histoire en publiant «Mémoire sur l’enseignement des indigènes d’Algérie (1897), «Le Kanoun d’Adni», «Traduction de mémoire et de textes» (14ème congrès international des orientalistes (1905), «Le Kanoun de la Zaouia de Sidi Mansour des Ath Djennad»… L’archéologie également intéressa Boulifa. Il se pencha sur des documents archéologiques découverts dans le Haut Sébaou (1911) et écrit sur la Nouvelle mission archéologique en Kabylie (Paris 1912). En parallèle de cette journée d’évocation, notons qu’Abdellah Arkoub, inspecteur de langue amazighe, a dispensé à des élèves du Lycée Hamès (Nouvelle ville) un cours académique autour de «La méthodologie pédagogique et académique de S. Boulifa dans l’enseignement de la langue amazighe. L’un des intervenants à cette journée d’évocation expliquera par ailleurs : «Boulifa travaillait sur des explicatifs. Il s’est également intéressé à différents jeux d’enfants, aujourd’hui disparus ou déformés. Il ne se contentait pas d’un seul sens pour un mot», dira-t-il.

M A Tadjer

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