Par DDK | 3 Mai 2006 | 1376 lecture(s)

“Sens Interdit”, enfin l’album !

l Tout jeune Algérien aurait sans doute souhaité dire son ras-le-bol et ses rêves, comme l’ont si bien fait les jeunes du groupe rap “Sens interdit”. Leur album, intitulé Notre hip hop, qu’il viennent d’éditer chez “Melody plus”, est indéniablement une grande première sur la scène musicale kabyle.Cet album est à écouter, de préférence, selon l’ordre qui y est proposé. L’histoire de ces rappeurs venus d’Akbou commence par l’Intro, une chanson où ils annoncent sans détour la couleur, pour terminer par l’Outro qui en dit long sur leurs visées et l’incompréhension dont ils sont victimes en tant que jeunes et Kabyles.A travers cette histoire, agrémentée d’onomatopées suaves, de paroles scandées sur un rythme saccadé, le tout entrecoupé de mélodies du terroir, c’est tout le blues juvénile algérien qui est raconté.Ce produit est un florilège de neuf titres où sont traités des sujets de l’actualité algérienne et internationale, comme l’émigration et l’amour de la patrie-mère dans l’Etranger, l’absence de repères pour les jeunes dans Lârqugh webrid, les égarés, l’inégalité des classesdans Vous les bourgeois, l’humanité piétinée dans La paix sur terre et enfin le chômage, la paupérisation et leurs corollaires le célibat forcé, la mouise et les haut-le-cœur sont décriés dans les prisonniers.Le dessein de ces jeunes rappeurs qui ne sont pas tombés de la dernière averse, n’est point de jouer les Cassandre ou de prêcher le désespoir. Au fil de notre écoute, l’on se rend compte de l’énergie combative que leurs chansons procurent. En outre, exprimer la réalité de la jeunesse qui est loin d’être réjouissante, c’est à la fois la reconnaître dans ses multiples souffrances et tirer la sonnette d’alarme.A notre connaissance, aucun autre rappeur algérien ne l’a fait avec autant de transparence et d’engagement. Les membres de “Sens Interdit” ne mâchent pas leurs mots, quand ils évoquent, à titre d’exemple, dans la chanson Aahd Kouryache, la justice, les atteintes à la liberté d’expression, le terrorisme, la dégradation du pouvoir d’achat de l’Algérien, les liberticides qui s’insinuent dans la vie des gens, etc.S’inscrivant foncièrement dans le mouvement artistique underground, d’où l’appellation “Sens Interdit”, dans leur chanson éponyme, Notre hip hop, Zineddine, Houcine et Wahid dénoncent ces rappeurs léche-cul qui, en Algérie et à travers le monde, se livrent à un discours snob en totale contradiction avec les raisons, qui ont conduit à l’apparition de ce genre musical dans les ghettos américains.En conclusion, cet album n’a pas été fait pour plaire, c’est pourquoi il faut absolument l’écouterer sans modération.

Karim Kherbouche

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