Au nom du maestro Iguerbouchène

Libéré du spectre de la douleur et des fantômes du Printemps noir, le festival se caractérise d’abord par son algérianité. Loin de tout ghetto et de tout régionalisme sectaire, les organisateurs ont toujours évolué dans l’idée de l’ouverture, du renforcement de l’amitié et de la fraternité entre les jeunes algériens. Les artistes étant les ambassadeurs de l’amour et de la convivialité, la musique est la nourriture des bons sentiments. Depuis 1995, les festivals se sont succédés, marqués par un foisonnement culturel réel, parfois approximatif mais jamais artificiel. Récitals poétiques, expositions picturales, pièces de théâtre, conférences à la riche thématique ont réconforté et entouré les orchestres musicaux livrés à la rivalité pour donner le meilleur d’eux-mêmes. Le FMS a déjà ses annales, l’histoire de sa jeune existence, malgré l’éclipse momentanée imposée par les douloureux événement du Printemps noir. Dépoussiérer la vitrine de la culture locale, réhabiliter les figures de proue de la chanson, du théâtre, de la peinture, de la poésie et de la musique qui nous ont forgé le goût de l’art et rendu moins désagréable notre vie ou qui ont aidé par leurs chants, leurs paroles à rendre supportable le fardeau de l’obscurantisme, introduisant les germes de l’espoir et entretenant la flamme du combat quotidien contre la régression et le règne de la bêtise.

Du terroir à l’universalitéAprès les balbutiements de 1995, le festival de la Soummam a pris de l’envergure dans l’organisation, la vision et la symbolique, passant d’un modeste rendez-vous convivial de musiciens locaux, d’une rencontre de sonorités du terroir à un véritable festival aux harmonies multiples plus fortes, d’un moment où la mémoire réhabilitait un chanteur local disparu cher à nos cœurs comme Allaoua Zerrouki, ou Youcef Abjaoui, à une durée plus consistante où l’on se rapproche de monstres sacrés, des artistes aux œuvres consacrées par la culture universelle comme Taos Amrouche l’an passé et Igherbouchène cette année. Le défi est mobilisateur et les jeunes bénévoles de l’association ont toujours été marqués par l’ouverture sur la culture des autres l’échange étant le moyen idoine de progrès. Au-delà du côté festif, de la confrontation de troupes et d’orchestres divers aux apports multiples c’est le pari d’arrimer notre riche répertoire au vaisseau de la culture universelle qui est lancé. A partir de Samedi, notre quotidien couvrira durant une semaine les actes multiples de ce festival, l’essentiel et même l’accessoire. Rien n’est de trop quand il s’agit de faire connaître le terroir et de promouvoir la culture de l’échange, de nous découvrir, pour que les autres peuples sachent que nous partageons beaucoup de valeurs avec eux !

Rachid Oulebsir