Par DDK | 15 Mars 2009 | 1773 lecture(s)

Et la fête fut !

Ce jeudi-là, ils ne s'étaient pas déplacés à Bouira pour honorer un cachet: ils étaient mus par un élan de générosité pour honorer une mémoire. Ils, c'est Anissa, Akli Yahiatène, Taleb Rabah Ldjida Tamechtouht, Dalila Brahmi, Chabha, Djamal Alam, Lehlou (le poète), Kamel Hamadi, Abdelkader Bendamache…

Ces stars malgré eux ont, chacun à sa façon, rappelé au souvenir le talent de la belle Bahia. Elle, elle était élégamment mise en relief par un poster géant. Dieu comme elle est belle ! On ne sait pourquoi, peut être pour une raison subjective, la grâce, la classe et l’élégance que dégageaient l’image nous extirpent le “Ciao bella !” de Ferhat. Et puis, il y a le public, ce généreux public qui a embelli un peu plus la salle, ce joyau de la maison de la culture. Qui avait dit que les Bouiri(e)s sont enfermé(e)s dans des bunkers psychologiques programmés par l’idéal moyenâgeux ? Non, ils sont insoumis aux instincts de la mort. Il suffit tout juste de leur donner l’occasion pour qu’ils adhèrent entièrement à l’hymne de la vie. C’est ce qui d’ailleurs arrive depuis que le jeune responsable de la culture a décidé que désormais la culture dans tous ses éclats “soit”. A treize heures, une heure avant le coup d’envoi, de la fête, qui en réalité a commencé le mardi dernier, la grande salle est déjà agréablement pleine. Elle est féminine, masculine et “transgénérationnelle”. On y retrouve quelques figures familières qui pour tout l’or du monde ne passeraient pas à côté des Akli Yahiatène, Djamel Allam et autre Anissa. On y retrouve aussi ces abonnés au “regarde, je suis là !”. Le brouhaha de “l’entracte’’ le temps que Rachid Merzouk, l’animateur, invite sur scène, et sur fond de l’air de "Yeqqes-iyi wezrem", Dalila Brahim. La jeune artiste interprétera le “tube’’ de Bahia Farah. Les jeunes découvrent, les vieux, les vieilles notamment, sont subjugués. Elles accompagnent Dalila et ne lésinent pas sur les youyous.

Chair de poule ! Ca flash de partout. La chanteuse conclut sur fond d’un tonnerre d’applaudissement. C’est au tour de Chabha accompagné d’un élément de l’orchestre d’interpréter "Atas ay sebregh (J’ai tant attendu)", chanté en duo par Farah et Slimane Azem. Même chair de poule et même tonnerre d’applaudissements. Le tour de Djamal Allam arrive. L’artiste nous apprendra que c’est pour la première fois qu’il met les pieds à Bouira (merci Bahia !). L’auteur de "Ad sen-efk lwada.." promet de revenir. En attendant, il interprétera "Ur ttru, a tamghart…". Délice. L’artiste nous laissera sur notre faim. Il faudrait vraiment qu’il revienne. Et vint le tour de Akli Yahiatène. Il aura droit à l’ovation que sa carrure mérite, avant qu’il n’attaque "in-as i mmlayun Tawes… ". L’artiste n’a rien perdu ni de sa voix ni de son élégance. Il enchaînera avec " Tamurt-iw" pour terminer avec l’éternelle "ya lmenfi". Et c’est tout le monde qui se lève pour saluer l’icône.

Les youyous (re)fusent de partout. Le monsieur s’incline devant son public et s’éclipse derrière les rideaux. Pour finir en beauté, Dalila est rappelé sur scène pour réinterpréter "Yeqqes-iyi wezrem". Toute émue, la jeune chanteuse écrasera une petite larme. Peut être qu’elle se reconnaît dans Bahia Farah, dans son texte. Dit-sept heures presque. Les artistes et la famille de Bahia Farah sont invités sur scène.

Le directeur de la culture, Omar Reghal, remerciera ses hôtes, avant de céder le micro à Fad de Mas production. Lui aussi remerciera les artistes et le public.

Remise de fleurs et de cadeaux symboliques aux artistes terminera le colloque sur Bahia Farah. L’événement est réussi. Avant que la salle ne se vide, le directeur de la Culture promet aux Bouiri(e)s d’organiser des manifestations de même nature pour rappeler à la mémoire d’autres artistes, pour rappeler à la mémoire l’Algérie de nos rêves. Nous surprendrons un grand "ouf !", sourde de la poitrine du jeune responsable de la culture qui cachera mal une petite larme de joie lui parcourant la joue. Mais c’était un grand moment d’émotion que seule la culture sait en “générer’’.

T. Ould Amar

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