Par M. Z. | 1 Novembre 2014 | 6688 lecture(s)

Il est du village martyr Ighil Imoula

Un moudjahid raconte le 1er novembre 1954

Ighil Imoula, ce village historique, perché sur les hauteurs de la région des Ouadhias, plus précisément dans la commune de Tizi N’Tleta, se souvient comme toujours du 1er Novembre 1954 et des préparatifs qui ont précédé le déclenchement de la lutte armée.

La mémoire est vivace et les vieux se souviennent dans ce village, où nous avons effectué une viré, avant-hier. M. Benchaba Mohand Akli, ce Moudjahid de la première heure, malgré son âge très avancé, nous accueillera dans sa maison pour nous raconter tous les événements qui se sont déroulés et surtout des préparatifs entrepris avant le déclenchement de la guerre de libération. «La guerre n’a pas eu lieu fortuitement, un long travail de fond avait été mené», avança M. Benchaba qui ajoute : «Tout le travail a été effectué au préalable, soit quelques mois après les scissions qu’il y avait entre les Messalistes et les autres militants du FLN qui voulaient passer à la lutte armée». Par ailleurs, notre interlocuteur indique que vers le mois de juin, Krim Belkacem avait déclaré, lors d’une réunion de la section locale à laquelle il avait participé, qu’«il faut préparer la guerre !». «Et c’est ce que nous avons entrepris vers le mois de juillet 1954», dira-t-il. Le 27 Octobre, soit trois jours avant le déclenchement de la guerre, Mohand Akli rapporte qu’Ali Zamoum lui a demandé de se rendre dans une maison du village. «C’est là où j’ai trouvé le journaliste, Laichaoui Mohamed, amené par Ali Zammoum depuis Tizi-Ouzou, qui était chargé de la frappe et du tirage du document de la proclamation du 1er Novembre 1954 avec la ronéo que  Mohamed Saad et Ben Ramdani Mohamed avaient récupérée à Tassoukit, dans le village limitrophe d’Ait Abdelmoumène chez M. Taleb Moh N’Amar», ajoutera-t-il. Cette nuit-là, précisera-t-il, «Ali Zammoum me demanda de rester avec lui (Laichaoui) et de travailler jusqu’à l’impression de tout le papier (ronéotypé). C’est cette nuit là que je me suis rendu compte que la guerre dont on a tant parlé est arrivée». Ce Moudjahid de la première heure révèle que l’impression s’est achevée vers 3 heures du matin et Ali Zamoum lui confiera une autre mission. Il s’agit, selon lui, de transporter une valise remplie de textes (proclamation) à Alger, plus précisément à Belcourt. Il a dû démarrer vers 13h le lendemain (28 octobre) dans un bus assurant la liaison entre Ouadhias et Alger. «Je suis arrivé tard dans la nuit à Belcourt, où j’ai trouvé la personne qui m’attendait dans une cafétéria et ensuite j’ai loué une chambre dans un hôtel pour regagner le village le lendemain, soit le 29 octobre 1954. Le 30 Octobre, Mohamedi Saïd, me demanda de préparer les vêtements, les repas froids pour faire un entraînement dans la montagne», poursuivra notre interlocuteur. Les vêtements, révèle M. Benchaba, «nous les avions cachés dans la mosquée dite Voudjafrene, près de Taghzathmane et un rendez-vous a été donné à Azaghar, un endroit situé au chef-lieu actuel de Tizi N’Tleta. En début de soirée du 31 octobre, en compagnie de 18 militants de la section FLN ainsi que des deux cousins Takilt d’Ait Bouaddou et de deux autres d’Agouni Gueghrane, nous nous sommes convergés vers le lieu de rendez-vous». Pour les deux cousins Takilt, poursuivra-t-il, «Ali Zammoum les a chargés d’une mission à Ait Bouaddou alors que nous, au nombre de 18 éléments, Ali Zammoum nous a scindés en 3 groupes : le premier aura à couper le réseau téléphonique des Ouadhias, l’autre à faire de même pour la région de Boghni et le dernier aura la charge de brûler les archives de la poste de Tizi N’Tleta». Par ailleurs, notre interlocuteur souligne : «A l’arrivée à la poste, un veilleur de nuit avait essayé de tirer avec son pistolet sur le groupe, alors qu’Ali lui demanda de laisser ses mains en l’air, en vain. Le veilleur a insisté et voulait tirer sur les moudjahidine. Ali Zammoum alors tira ses premières balles sur le veilleur. Il était minuit et nous avons brûlé toutes les pièces administratives». Après avoir accompli cette mission cette nuit-là, dira-t-il, «nous avons pris la destination de Taghzathmane où nous avons récupéré nos vêtements et couvertures avant de rejoindre le maquis de Nador, dans le village d’Ait Abdelmoumène». Et pour conclure, Benchaba Mohand Akli avouera que le village a subi des représailles et des sacrifices atroces y ont été perpétrés pour que ce pays soit libre aujourd’hui. Ce village qui compte une centaine de martyrs mérite au moins une reconnaissance après 60 ans… du déclenchement de la guerre de libération.

Célébration et recueillement au menu, aujourd’hui

Dans le cadre de la célébration du 1er Novembre, un riche programme d’activités a été concocté ici et là dans la wilaya de Tizi-Ouzou. À Ighil Imoula, comme à l’accoutumée, des activités culturelles et sportives sont au programme depuis hier. Une exposition permanente à la Maison de jeunes du village, un recueillement sur les tombes des martyrs tombés aux champs d’honneur dans plusieurs endroits, des pièces théâtrales et des fresques réalisées au village par des étudiants des beaux arts d’Azazga sont au menu de ce programme. La journée d’aujourd’hui sera consacrée au dépôt d’une gerbe de fleurs au carré des martyrs du chef-lieu communal de Tizi N’Tleta et une autre au centre du village historique avec la présence du wali de Tizi-Ouzou et des autorités locales. Le programme se terminera par un gala artistique. Au village d’Ait Abdelmoumène, les jeunes de l’association «Assirem» ont prévu des activités culturelles au foyer de jeunes de Tadert Oufella, comprenant une pièce théâtrale, des chants patriotiques, une exposition et un gala artistique dans la soirée. Au village Cheurfa, un cross pour jeunes et adultes a été prévu dans la matinée en sus d’une exposition photos et articles de presse relatant la guerre de libération à la Maison de jeunes du village et d’une projection d’un film de guerre… Le wali se rendra également à Ouadhias pour la pose de la première pierre du nouvel hôpital de 60 lits.

M. Z.

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