Par DDK | 18 Aout 2018 | 650 lecture(s)

Draâ El-Mizan

Les rémouleurs sortent leurs meules

Si certains continuent à déposer leurs haches et autres objets utilisés le jour de l'Aïd chez le seul forgeron encore en activité dans la ville, la plupart prennent déjà d'assaut les rémouleurs occasionnels.

à l'occasion de la fête du sacrifice, pas moins de trois aiguiseurs sont déjà là. "Certains outils, je les aiguise moi-même de manière traditionnelle, mais pour la hache à découper la viande, j'ai l'habitude d'aller chez le forgeron. Le fer n'est pas abîmé quand il passe au four, puis à l'enclume avant d'être aiguisé. Cette hache que vous voyez, je l'ai héritée de mon père. C'est de la bonne matière. Le forgeron lui redonne vie, alors que la meule électrique l'userait rapidement», nous dit un habitant du quartier l'Abattoir accosté devant le forgeron. Son fils a vite, appris le métier et a sauvé la forge de la disparition. Et un autre d'ajouter: «Comme il est le seul, il a beaucoup de clients. Il faut donc déposer ses outils au moins une quinzaine de jours avant l'Aïd». Retour au centre-ville. Le rémouleur d'antan est vite remplacé par un jeune aiguiseur. «Je me souviens, il y a des années, cette tâche était affûtée par un rémouleur qui ne venait chaque jeudi, jour de marché hebdomadaire, pas seulement à la veille de l'Aïd El Adha. Il était présent toute l'année parce qu'à l'époque, il y avait beaucoup de clients qui venaient de tous les villages pour aiguiser et rénover leurs outils, haches, couteaux, scies et autres objets contondants», nous explique un septuagénaire qui attendait son tour devant l'aiguiseur. En tout cas, on ne se fraie pas facilement le chemin vers lui. «J'avais cette meule. Alors, je l'ai équipée d'une petite table et je me suis reconverti en aiguiseur. En tout cas, c'est plus rapide et plus pratique que l'ancienne méthode», nous répond ce vendeur de meubles d'occasion. D'ailleurs, il était le premier à introduire ce nouvel appareil en ville. Les clients prennent des jetons et attendent leur tour. Les frais varient selon l'objet, entre 150 et 300 dinars la pièce. Tout dépend du travail que cela demande. «J'arrive à aiguiser jusqu'à une quarantaine d'outils par jour. Vous voyez, j'ai même embauché un apprenti. Il m'aide surtout à classer les outils laissés par les clients parce qu'il faut bien s'organiser sinon on risque de tout mélanger, alors que chacun exigera son outil à la récupération», ajoute l'affûteur. Par ailleurs, certains recourent directement à l'achat d’outils pour égorger, dépecer la bête et la découper. Une variété de couteaux et de scies est proposée aux clients. C'est un matériel provenant généralement de Chine. Si certains n'hésitent pas à mettre jusqu'à 1500 dinars pour leur achat, d'autres disent qu’ils ne sont pas fiables. Pour cette fête de l'Aïd El Adha, en plus du mouton hors de portée, il faut aussi penser à l'achat des outils à utiliser, car nombreux sont ceux qui préfèrent sacrifier le mouton eux-mêmes, d'autant plus que le seul abattoir de la ville affiche complet dès les premières heures de la fête.
Amar Ouramdane

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