La Dépêche de Kabylie : Pouvez-vous nous faire un constat sur la situation du secteur au niveau de la wilaya ?Mohamed Belaziz : La situation est catastrophique. Nous avions à maintes reprises interpellé le directeur de l’éducation à ce sujet. Il n’a répondu que par des provocations. D’ailleurs, depuis le onze mai dernier, le courant ne passe plus, si bien que nous avions décidé de le boycotter. Au lieu de régler les situations financières et administratives, il ne répond que par le mensonge.
Justement, pourquoi tous ces retards dans le versement des salaires et autres ?ll Depuis la centralisation de la paie en 2002, l’état nominatif des employés n’est pas assaini ainsi que l’état matrice. Chaque mois, le contrôleur financier et les services du Trésor public émettent des réserves par rapport à cela. Cette situation est engendrée par le manque de coordination entre le service paie et le service personnel. En tout cas, nous sommes convaincus que cette mauvaise gestion pénalise nos travailleurs à chaque rendez-vous important (rentrée scolaire, fêtes, religieuses et vacances)
Pourtant on croit savoir que la direction de l’éducation ne manque pas d’effectifs. Que pensez-vous ?ll Le problème ne se pose pas au niveau de l’effectif. Le directeur de l’éducation actuel monopolise tout. Toutes les compétences sont marginalisées. Il occupe ce poste sans secrétaire général, sans chef de personnel et sans chef de service paie (celui-ci n’est qu’un faisant fonction). Ce qui est encore plus grave est que ses relations périphériques se sont détériorées avec le CF et le Trésor. Les relations ne sont bonnes qu’avec le ministère.
Ne pourriez-vous pas nous faire l’état du fonctionnement au sein de l’académie ?ll Ecoutez, si on passait au peigne fin toutes les incohérences, on pourra remplir des registres. Prenons l’exemple du service paie, il n’y a aucun registre pour le courrier départ. 400 dossiers sont égarés. Quant à la gestion des vacataires et des suppléants, 90% des situations sont rejetées par le Trésor pour manque de pièces et autres documents. Jusqu’à l’heure où je vous parle, les personnes mises en disponibilité ou celles du secteur décédées sont toujours payées depuis 2001. La situation des sortants de l’ITE en 1992 n’est pas encore claire à ce jour.
Quelles sont les autres failles que vous avez pu déceler ?ll Des postes vacants sont toujours cachés. Nous avons constaté que les délibérations des commissions paritaires ne sont jamais respectées. Il y a un manque de vision dans l’élaboration des cartes scolaires, et ceci est à l’origine d’un déséquilibre entre les régions et les établissements. Tous les agents de sécurité ont été cessés et remplacés par des OP 3 admis à l’envi. Aujourd’hui, il ne faut pas oublier que certains directeurs occupent trois logements alors que d’autres logements relevant du secteur sont occupés par des personnes hors éducation.
Quelle appréciation faites-vous des résultats obtenus dans les différents examens ?ll Pour vous dire que je suis satisfait, ce n’est pas le cas car, notre wilaya pouvait récolter mieux, mais les responsables n’ont pas été à la hauteur. Quand le travail n’est pas réfléchi, on affecte ensuite des gens faisant fonction dans les établissements, dans ce contexte, je dirais que certaines écoles (lycées, collèges ) sont devenues des centres de transit pour les directeurs. Il n’y a aucune stabilité dans l’encadrement. A cela vient s’ajouter, le manque de manuels scolaires. Certains titres ne sont parvenus aux écoles qu’au début du 3e trimestre. Le directeur de l’éducation n’a fait pratiquement aucune sortie pédagogique car il est occupé à signer les documents administratifs. Les enseignants seulement ont perdu leur force morale devant le laxisme de l’inspection académique. Les élèves manquent d’encadreurs. Sinon comment confier des adolescents à d’autres adolescents (adjoints d’éducation) recrutés dans le cadre du filet social ?
Alors, comment sortir ce secteur de ce marasme béat ?ll D’abord, je ferais une petite comparaison avec la wilaya de Boumerdes. Là-bas, il n’y a aucun dossier en instance sur les 11 000 travailleurs que compte l’inspection académique. Mme Saheb, cette directrice « dame de fer » travaille jusqu’à une heure du matin. Même le séisme de 2003 ne l’a pas affectée. On propose la nomination d’une agence comptable représentant le CF et le Trésor afin de régler de nombreux problèmes, la nomination d’un secrétaire général et d’un chef de service personnel à la hauteur de la complexité de la situation. L’installation d’une cellule de coordination entre, le service paie et le personnel devient une urgence. Nous demandons aussi, la nomination d’une brigade pour étudier toutes les situations en suspens.
Et pour conclure ?ll Nous continuerons toujours à ne pas reconnaître ce directeur de l’éducation. Pendant que les autres sont en congé, nous, nous sommes toujours en poste à faire de la médiation avec le CF d’un côté, les services du Trésor ainsi que ceux d’Algérie Poste de l’autre. Nous interpellons Monsieur ministre de l’Education pour la énième fois. Si la reprise est perturbée par un mouvement de grève, nous dégageons toute notre responsabilité. Nous disons enfin, aux parents et à leurs enfants que la balle est dans le camp des pouvoirs publics.
Entretien réalisé par H. N.
