Tabouanant renoue avec « Timechret »

La fraîcheur matinale est au rendez-vous en ce vendredi 05 du mois d’août, après plusieurs jours de suffocante canicule. Le soleil se lève à peine et sous un ciel bleu azur, le village Tabouanant, distant de 12 kilomètres du chef-lieu de commune d’Ighil Ali, semble déjà en liesse. Fier et ravi de retrouver l’une de ses traditions séculaires qui est « Timechret ». A l’instar de tous ces villages de Kabylie, dignement accrochés à leurs montagnes, ces traditions de solidarité, d’entraide et de joie de vivre ensemble ont fait la fierté de ce village. Sitôt le matin donc, les villageois se dépêchent vers la maison de feu Oussaid Nacer où est organisée Timechret. Des proches et des amis arrivent également à bord de leurs voitures. On sort le bœuf pour l’égorger. Ce bœuf est un don de Lla Nouara, veuve Oussaid, en sacrifice pour son mari décédé il y a quelques jours. Un boucher est appelé à la rescousse. Dans une ambiance bon enfant, tout un chacun met la main à la pâte avec plaisir. Le bœuf est égorgé, écorché et découpé en morceaux. Ensuite, on établit la liste des familles présentes au village pour savoir quelle quantité de viande mettre dans chaque part (tunett) qui reviendra à chaque maison. Par principe, on tient à ce que les parts soient égales. « Cela fait bien longtemps que nous n’avons pas organisé un tel événement chez nous, c’est émouvant de nous retrouver comme au bon vieux temps ! » se confie un vieux retraité. Les petits gamins aussi qui n’ont pas les moyens de passer de vraies vacances ont vécu ces moments avec beaucoup de joie. Soulignons que durant cette saison estivale, aucune fête de mariage ou tout autre fête n’est célébrée à Tabouanant. Ce village est pourtant connu pour son ambiance festive estivale. Cette Timechret est donc tombée à point nommé pour rassembler dans la joie les enfants du village qui, pour certains, ne se sont pas vus depuis belle lurette. « Nous souhaitons que ce type d’initiatives se multiplie pour nous permettre de nous revoir, car lorsque l’on n’a rien, on a au moins notre village. Je souhaite de tout cœur que notre village redevienne ce qu’il a toujours été ; il avait fait notre bonheur même si on manquait de tout », dira Moussa Oussaid.

Karim Kherbouche