Le poids de l’or noir

Les prix du pétrole qui caracolent depuis plus d’une année à des niveaux jamais égalés auparavant, risquent-ils d’influer négativement sur la croissance mondiale tirée principalement par les pays européens, les Etats-Unis et les pays émergens comme la Chine ? C’est à cette question qu’ont tenté de répondre les pays membres du G7 réunis le 23 septembre dernier à Washington. Sachant que les capacités de production des pays producteurs sont limitées, les pays les plus industrialisés du monde (Allemagne, Canada, Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Italie et Japon) ont concentré leurs discussions sur les capacités de raffinage des grandes raffineries du monde à commencer par celles des Etats-Unis situées dans le golfe du Mexique paralysées par l’ouragan Katrina et dont la reconstruction est évaluée à 200 milliards de dollars. Le directeur du Fonds monétaire international (FMI) estime que « les prix du pétrole sont certainement devenus une menace pour l’économie mondiale ». Il est aussi fait appel aux pays producteurs de pétrole d’utiliser toutes leurs réserves pour éviter une récession mondiale qui ne manquerait pas de toucher toutes les économies y compris celles des pays producteurs. Ce point de vue — possibilité de récession — n’est pas partagé par tous les analystes. Et pour cause, la première économie du monde, à savoir les Etats-Unis, voit sa croissance avancer d’une façon stable (entre 3 à 4 % par an). Pour l’année 2005, 70 % de l’épargne mondiale s’investira en dollars américains. Les citoyens américains se sentent de plus en plus riches et font leurs emplettes aisément en produits d’importation. Le marché de l’immobilier est plus florissant que jamais. Eric Le Boucher, du journal Le Monde signale que les Etats-Unis ont crée 2,2 millions d’emplois au courant de l’année 2004 et le chômage a régressé au taux de 4,9 %. Les entreprises investissent et améliorent leur productivité. Leurs profits représentant 7,9 % du PIB, un taux que l’on n’avait plus atteint depuis… 1951. La présente prospérité américaine est bâtie sur la compression de l’épargne domestique et le maintien d’un fort déficit budgétaire (650 milliards de dollars, soit 6,5 % du PIB). Si le choc pétrolier en cours n’a pas remis en cause la croissance des pays occidentaux, c’est que, note-t-on, cette fois-ci, contrairement aux années 1970, ces économies sont largement moins dépendantes du pétrole grâce aux économies faites depuis et aux énergies de substitution. De plus, les économistes avancent trois autres arguments : la mondialisation, la fin de l’inflation et un excès mondial de l’épargne. La mondialisation qui, poussant la concurrence entre les entreprises en leur interdisant de hausser les prix et les salaires, permet le recul de l’inflation, partout, vers les 2 %. Pour les pays producteurs de pétrole, on note un doublement du revenu par habitant au Qatar, son augmentation de 40 % en Arabie saoudite et des rentrées de devises dépassant 40 milliards de dollars par an pour l’Algérie. L’Algérie a lancé de vastes chantiers de construction pour rattraper les retards de développement et lutter contre le chômage. L’éditioraliste du Monde écrit à propos des nouvelles richesses en devises engrangées par les pays pétroliers : « Et si la richesse multipliée des pays producteurs d’or noir devenait leur meilleur arme dans le combat contre le terrorisme et son terreau, la misère ? »

Amar Naït Messaoud