Le nouveau plan étatique socio-économique prévoit la construction de 1 million d’unités immobilières. En attendant la concrétisation du- dit projet, couples et familles relativement aisés louent au prix fort des appartements. Les autres demeurent obligés de faire vivre leurs enfants dans des taudis. Ceux disposant de revenus moyens, à l’instar de Amar et Amina, deux enfants à charge, n’ont pu s’ancrer en effet que dans des quartiers-bidons qui champignonnent autour du centre urbain de Boumerdès, peut-on économiser de l’argent pour rêver d’un logement EPLF ou LSP, quand on est quotidiennement saigné à blanc, s’interroge le couple. Et il s’irrite : « En plus d’autres dépenses ménagères, on débourse presque une brique (9 500 DA) pour une masure ». Pas de chance pour eux, jusque-là, de bénéficier d’un logement social. Ils ne figurent pas parmi les nécessiteux, s’entend-ils dire. Leur masure est située à Alléguia. Cité construite anarchiquement à la périphérie du chef-lieu de wilaya précité. Déplorant le manque criant de commodités — entre autres le mauvais état des ruelles et la non-adduction au gaz de ville pour certains foyer —, les habitants de ce gros quartier sont sortis, d’ailleurs, dans la rue, la semaine dernière. Nos deux interlocuteurs assurent qu »’ils ne pourront jamais louer un appartement en ville ». Leurs enfants grandissent et ils craignent d’être expulsés de ce domicile, après expiration du contrat. Car, « le propriétaire menace de le louer à d’autres personnes capables d’offrir plus ». « Payez plus ou quittez la baraque ». Chantage sempiternellement subi, ici et là, par les locataires au moment du renouvellement du bail. Devant la justice, les détentions de biens immobiliers obtiennent systématiquement gain de cause dès qu’ils présentent ladite convention comme justificatifs… Et ces prix de loyers, augmentent ainsi à une allure effrayante. « Ce n’est pas là qu’on peut trouver le minimum de confort souhaité, mais c’est mieux qu’un gourbi », avoue un autre couple qui vient de louer (juste) un chalet au site des sinistrés du Figuier. Logis exigu : 36 m2. On partage ici le calvaire des sinistrés attendant leur relogement en dur. Mais le couple, qui a loué ici à 7 000 DA mensuellement, ignore son sort dans les années à venir, peut-être dans les mois prochains. Car, l’autorité locale va assainir incessamment la situation des bénéficiaires du logis en préfabriqué. Les locataires de gourbis ou d’appartements payent les redevances, le plus souvent, une année à l’avance. D’où l’angoissante éventualité de voir le prix revu à la hausse après expiration de l’échéance. Clause courante, mais néanmoins révoltante : la courbe des prix de tous les produits, pas seulement de l’immobilier, n’a guère fait dans ce pays, des dents de scie. On observe une lenteur dans la construction des cités, formules logements EPLF, ou logement participatif mis depuis cinq ans sur le marché. Mais cela n’explique qu’en partie la cherté du loyer autour des grandes villes. A Boumerdès, les prix de location d’un F3 varient actuellement entre 20 000 et 25 000 DA. Bien des personnes aisées ont lorgné, en effet, cette ville réputée en gros, pour sa sérénité, avec grand intérêt à partir de 1993. La flambée des locations est alors allée crescendo, y compris dans les centres urbains environnants, comme Thénia, Boudouaou, Corso, Tidjelabine. Même constat à la périphérie de la capitale. « Si vous ne gagnez pas plus de 30 DA, ne revenez pas y habiter », sussure-t-on. Mais pourquoi la ville ? La vox populi dit qu’en dehors des grands centres urbains, le quotidien déjà en proie aux aléas de l’insécurité demeure miné par d’énormes problèmes de survie. Mais en zone urbaine, le sol est occupé anarchiquement. La construction de gourbis, à une cadence incroyable pour les particuliers pour accueillir les nécessiteux. La spéculation bat son plein en matière de location de ces gourbis. Après mon mariage, j’ai loué une masure du côté du bidonville de Boukherroucha, confie Rabah, père aujourd’hui de trois enfants. Et d’ajouter que « des dizaines d’autres ont emboîté ses pas » pour s’offrir un semblant de confort, ils se rabattent sur des baraques. L’autorité laisse faire, sans se soucier des critères de l’architecture ni des saines conditions d’épanouissement des enfants, avec pour exemple le respect de l’hygiène, l’aménagement d’espaces verts et autres commodités.
Salim Haddou
