Par L. Beddar | 18 Juin 2012 | 2705 lecture(s)

Akbou - Elles sont des dizaines de familles à subir la situation depuis des années

Détresse et misère au bidonville du Piton

Située non loin de la RN26 et du plus grand marché de la localité, la cité bidonville «Thaghourfats Ouakbou», adossée au nord du piton d’Akbou, manque de tout.

Pourtant incluse dans le programme de résorption de l’habitat précaire, élaboré par les autorités qui voulaient en finir avec les cinq bidonvilles qui ternissent l’image de marque de la deuxième ville de la wilaya de Béjaïa, son état est resté le même pour le plus grand désarroi de la cinquantaine de familles qui y habitent. Pour avoir une idée plus précise sur l’état des lieux, nous avons approché un vieil habitant de cette cité, qui a étalé, sans se faire prier, la misère que vivent au quotidien, lui et ses voisins. «Ce village est le lieu privilégié des rendez-vous de problèmes multiples. A force de baigner dans un océan de problèmes depuis toujours, nous sommes nous-mêmes devenus des… problèmes. Que de demandes de logements faites, que de visites effectuées aux autorités leur narrant notre triste sort de mal-logés. Nous ne sommes pas écoutés. Nos familles vivent toujours dans une situation des plus déplorables et des plus misérables. Les portes des autorités demeurent, pour nous, toujours fermées, et nos familles attendent désespérément qu’un jour, les portes du ciel s’ouvrent sur elles et leur accordent ce rêve de quitter ces taudis de misère pour des logements décents où elles pourraient enfin accéder à une vie meilleure. Une vie qu’ils ont espéré trouver dans cette ville, en fuyant leurs villages. Depuis plus de 40 ans, nous crions notre raz le bol à qui veut bien nous entendre, malheureusement, nous n’avons trouvé aucune oreille attentive à notre détresse. Certes, à chaque fois, les autorités nous promettent un recasement, mais ces promesses n’ont pas été concrétisées». Il renchérit avec une note d’amertume qui se lisait sur son visage : «Cette situation perdure depuis 1963, année où les premiers arrivants se sont installés en cet endroit de fortune. Et depuis, la cité bidonville ne cesse de prendre de l’ampleur et s’élargir, formant une grande cité lugubre depuis 1989. Les citoyens, pour la plupart des familles venues des villages reculés d’Ath Aïdel, endurent, depuis presque un demi-siècle et les premières années de notre indépendance, les pires souffrances. Il n’y a ni réseau d’assainissement, ni branchements d’eau potable dans les foyers, ni aucune autre commodité pour une vie décente.

Cela dure depuis 40 ans !

C’est le néant à ciel ouvert ». A voir leurs masures en parpaings nichées au flanc nord du piton d’Akbou, sans piliers, ni chaînages et charpentées avec des tôles ondulées (ternîtes) ou galvanisées, il est facile de deviner les conditions de précarité absolue et inhumaine que ces citoyens endurent dans leurs chaumières où les conditions les plus élémentaires d’hygiène et de sécurité sont inexistantes. C’est un pâté de maisons collées aux rochers telles des ventouses. En ce beau matin de printemps, la nature a gratifié la région d’une belle journée avec un soleil doux et une bonne température ambiante. Et la cité se perd à l’ombre du piton, qui de par son altitude avoisinant les 700m, empêche le soleil d’effleurer les maisons, n’arrivant à planer sur la cité qu’aux environs de midi. « Nous sommes des laissés pour compte que les autorités ne voient que d’un mauvais œil. Et pour preuve, des milliers de logements sont construits à Akbou et personne n’a pensé à nous. Pourtant, notre combat est de longue date. Nous n’avons jamais cessé d’attirer l’attention des autorités locales sur les souffrances supportées durant des décennies. En 1996, les autorités de l’époque nous avaient demandés de nous rapprocher de l’agence foncière locale pour l’affectation des lots de terrain à bâtir. Mais ne savaient-elles pas que nous étions des démunis qui ne peuvent même pas payer le prix du lot de terrain fixé à 4 millions de centimes? Devant notre refus, l’APC s’est penchée sur une autre alternative. Celle de nous affecter gratuitement des lots de terrains avec, en prime, pour chacun, une subvention de 30 millions de centimes. Une promesse jamais tenue. On a décidé, alors, de voir le wali de Béjaïa de l’époque, lequel s’est déplacé sur les lieux, en 1998, pour vérifier le bien fondé de nos doléances. Ce jour-là, les autorités locales ont montré au wali une maquette avec la fiche technique d’un projet de 60 logements destinés à notre relogement, dont les constructions étaient prévues à Bouzeroual. Un projet vite mis en veilleuse et dont on entendit plus parler», dira le vieux citoyen qui continuera dans le même ordre d’idées : «Ces jours-ci encore, on entend des rumeurs dire que des logements seront incessamment construits pour nous. Mais allons-nous nourrir notre esprit d’une autre chimère, comme les précédentes fois ? On espère que ce sera la bonne, mais je reste sceptique, j’attendrai de recevoir les clés pour y croire ! ». Puis, il a commencé à étaler les insuffisances qui leurs empoisonnent la vie. En premier lieu, il a mis en avant les risques d’avalanches de pierres que les habitants appréhendent sérieusement.

En plus de la misère le danger omniprésent

«Une fois, une grosse pierre s’était détachées d’un rocher et, Dieu merci, elle est passée à coté des habitations sans faire de dégâts», se lamente-il. «L’insuffisance de l’éclairage public et l’état pitoyable des sentiers, nous recommandent à ne pas s’aventurer et sortir de nuit. Déjà, dans la journée, on a du mal à déplacer nos malades et les personnes âgées jusqu’à la route carrossable», regrette-t-il. Continuant dans la foulée, il a péroré sur le récurrent problème d’eau, qui se pose avec acuité, et l’absence d’un réseau d’assainissement et d’un réseau électrique pour un grand nombre de foyers. «Nous ne comprenons pas l’attitude des autorités locales sur l’ordre des priorités qu’elles établissent dans la distribution de logements sociaux. Ce que nous endurons n’existe nulle part ailleurs. A chaque entrevue avec eux, on nous promet un recasement à très court terme. Ces promesses infructueuses durent depuis des décennies», affirme-t-il, ajoutant que «nous ne pouvons plus attendre. Nous sommes atteints, pour la plupart, de maladies diverses, notamment respiratoires. Nous nous considérons, comme des laissés pour compte, des éternels oubliés». Du coté de l’administration, les autorités locales laissent entendre que l’APC, conjointement avec les pouvoirs publics, ont tracé un programme de relogement des habitants des cinq bidonvilles que compte la ville d’Akbou. Un programme entamé il y a quelques années, en commençant par le bidonville du stade, véritable plaie au centre ville. Les familles les plus démunies ont rejoint les logements qui leurs ont été affectés, mais celles, plus aisées, revendiquent la propriété du sol et demandent des régularisations des terrains en leurs noms pour pouvoir démolir et construire des logements au sol. «Quoi que nous fassions, nous sommes freinés par une partie des habitants qui veulent rester sur place, car ayant des moyens pour construire des logements au sol. De telles entraves créent des retards pour les autres citoyens qui n’ont pas de moyens pour construire et qui préfèrent bénéficier de logements sociaux. Car dans notre programme, nous envisageons toujours un relogement de toutes les familles et récupérer toute l’assiette foncière que nous utiliserons pour la construction des bâtiments afin de faire bénéficier le plus grand nombre de citoyens mal logés», a expliqué un élu.

L. Beddar

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