Par L.Beddar | 5 Mai 2014 | 3297 lecture(s)

Béjaïa, une ville touristique et historique

À l’ombre du mont Gouraya

La ville de Béjaïa est certes connue par sa façade maritime de plus de 100 kilomètres, renfermant une multitude de plages et de sites féériques, et recevant des millions de touristes et de vacanciers chaque été, mais beaucoup ignorent l’existence d’une ville antique, avec un patrimoine archéologique.

 

À l’occasion du mois du patrimoine, qui s’étale du 22 avril au 22 mai, il est bon d’aller visiter Béjaïa et ses vestiges historiques qui ont tendance à tomber en friables faute d’entretien. La ville de Béjaïa et ses habitants accueillent toujours ses hôtes à bras ouverts et leur offrent de l’hospitalité. Son enchanteresse a fait chanter une multitude de poètes, de voyageurs et de touristes. Bon nombre de personnalités connues ont choisi cette ville méditerranéenne, à l’instar d’Ibn Khaldoun, qui a marqué une halte de plusieurs années pour apprendre et répandre le savoir. Béjaïa possède l’une des meilleures baies du pourtour de la méditerranée. Une baie radieuse, captivante, qui fait rêver grâce à ses endroits pleins de mémoire et de perfection naturelle. La ville de Béjaïa est une forteresse qui a connu plusieurs invasions des peuples de la méditerranée qui l’ont convoitée pour ses richesses naturelles et la trouvent aussi comme une porte idéale pour poser pied dans la Numidie. Ces invasions ont fait d’elle une terre avec une histoire riche et millénaire. Son passé prestigieux en témoigne. Même tombés en ruines à certains endroits, ses somptueux vestiges archéologiques et sa richesse culturelle ont fait d’elle une ville d’histoire élogieuse qui a commencé visiblement avec le caractère architectural de ses anciens sites qui s’accrochent, avec passion, aux flancs escarpés et boisés du mont Gouraya et veillent, jour et nuit, depuis la nuit des temps, sur les rivages fascinant de la mer.

Ibn Kheldoun est passé par là

Selon les chercheurs, qui ont passé au peigne fin l’ensemble de ce qui reste comme trace de l’ancienne ville antique, la Casbah de Béjaïa fut construite au 16e siècle. Son style architectural, propre aux Romains, témoigne de leur présence qui a duré plusieurs siècles. C’était eux qui ont surnommée cette ville en leur époque Saldae. Superbement construite sur une protubérance, l’une de ses tours, dominant la ville et la mer, laisse vagabonder le regard vers des horizons lointains. Les touristes aiment s’arrêter pour bien scruter cette mosquée édifiée à l’intérieur de cette casbah au 18e siècle qui a servi à Ibn Khaldoun, lors de son passage dans cette ville, pour l’enseignement de la jurisprudence. Cette cité antique ne cesse pas d’attirer des chercheurs qui ont d’ailleurs fait plusieurs fouilles archéologiques. Les pouvoirs publics ont décidé de la classer patrimoine national pour la faire bénéficier d’un programme de restauration et de mesures de protection de ses édifices qui tiennent encore le coup, malgré les guerres qu’à connues la région, et résistant encore aux caprices de la nature. Des efforts méritent d’être accomplis pour lui redonner son lustre d’antan et sa reconstruction ne devrait pas tarder pour sauver ce qui reste à sauver.  En entamant la visite par le port, il est facile d’imaginer qu’autrefois les bateaux, pour accéder à l’ancien port romain, passaient sous l’arc de la majestueuse porte Sarrasine (Bab El-Bahr). En forme d’arc brisé, portant encore une ancre marine, malgré les vicissitudes du temps passé, elle tient encore le coup, mais plus d’un se demandent déjà si ce symbole de l’histoire antique de la ville de Béjaïa pourrait tenir encore longtemps si des aménagements nécessaires ne lui sont pas effectués pour le consolider. Les français aussi ont marqué leur présence dans cette ville.  À leur arrivée, ils ont fait reculer la mer en construisant une rade laissant derrière le majestueux monument. Séparé par une route du port de Béjaïa, aujourd’hui en ruines, il ne reste de cet arc qu’une partie que les voyageurs en arrivant ou en partant par bateau ne s’empêchent pas de contempler, de l’approcher parfois pour le voir de plus près. Derrière, un deuxième arc est visible à l’entrée de la forteresse inexpugnable. Son raffinement exquis fournit un charme éblouissant à la citadelle qui mérite de l’admiration. Le regard découvre aussi deux minarets, situés très hauts. Malgré leur âge, ils sont restés intacts. Ils sont visibles de la mer et d’une bonne partie de la ville de Béjaïa. Bien protégé et jalousement gardé, Bab El-Bounoud, avec son caractère architectural musulman, se présente comme l’un des vestiges poignants de la ville des 99 saints dont le centième est une femme, Yemma Gouraya en l’occurrence. Plus haut, avec une vue imprenable sur la mer et surplombant l’ancienne ville, la mosquée de Sidi Soufi charme les visiteurs avec son architecture turque. Flanquée de trois tours hexagonales et de deux portes en ogive, entourée d’une grande muraille la séparant du flanc de Gouraya, elle projette des siècles en arrière les nostalgiques de l’histoire qui aiment imaginer toute la splendeur de Naciria, une cité antique disparue. Dans un décor fabuleux, captivant, plein d’originalité, Bab Gouraya garde toujours ses portes ouvertes pour laisser admirer les éléments d’architecture de ses constructions ornées de petites formes diverses et de son histoire. Toudja est l’un des beaux villages proches de Saldae qui éblouit par ses paysages enchanteurs et ses sources d’eau sorties directement des entrailles du flanc escarpés du mont Aghbalou. La route du littoral ouest, offrant des panoramas à couper le souffle, tout au long de laquelle, sur une distance de trois kilomètres, des restes des vestiges d’un aqueduc, réalisé par des romains pour alimenter en eau potable Saldae, sont encore là, pour témoigner de l’histoire millénaire de la ville.  Cette merveilleuse citadelle, riche de son histoire, de ses légendes et de son attachement indéfectible à la culture, n’a rien perdu de son originalité même si elle a acquis un autre label qui la classe à vocation touristique par excellence, alternant des sites naturels à perte de vue, des vestiges archéologiques innombrables, de beaux rivages,… La ville de Béjaïa a connu un développement fulgurant à tous points de vue. Le tourisme d’affaires se développe en hiver, saison propice pour les transactions immobilières. 

Bougie, une histoire millénaire 

Possédant des plages merveilleuses avec une population accueillante, le tourisme estival s’est développé avec la naissance d’une flopée d’hôtels de luxe érigés en ville et dans les stations balnéaires. À toutes ces infrastructures s’ajoute aussi le Capritours, un village touristique d’un millier de cabanons. Béjaïa possède également un aéroport international, un port, des chemins de fer avec un train rapide reliant Béjaïa à la capitale. Comme projets futurs, deux lignes de tramway, un téléphérique et une autoroute. Toutes ces infrastructures augurent d’un avenir prometteur pour la ville de Béjaïa qui n’attend pas que les pouvoirs publics s’engagent dans le développement du tourisme pour offrir aux visiteurs une halte de charme à l’ombre de la montagne de Gouraya, sous les caresses d’un soleil radieux qui distillent ses rayons et des vagues de la mer. Durant la journée, la ville se vide. Des rushs d’adeptes de détente au bord de la mer prennent d’assaut la gare routière, depuis le matin, pour prendre les transports se rendant aux différentes plages du littoral. Le soir, la ville retrouve son animation habituelle sous les éclats scintillants de la lumière. Les béjaouis fuient leurs résidences pour prendre l’air frais. Il est facile de deviner que parmi les endroits prisés figure la place Gueydon, un site au pied de la casbah, un balcon sur la mer. Les flâneurs s’y donnent rendez-vous, chaque soir, pour sentir les embruns de la mer, celles des cacahuètes grillées, les odeurs des brochettes. Très tard, la place se vide de la marée humaine. Seuls les couche-tard et les SDF, gardien du temple, qui restent jusqu’au petit matin.  Des moments de bonheur et de rêve sur un site captivant. Telles sont les vacances à Béjaïa, une ville dont le moderne côtoie l’ancien, le beau s’harmonise avec le tourisme moderne. Ce coin paradisiaque symbolise toute la beauté des panoramas splendides de la belle Kabylie avec ses beaux villages disséminés sur les flancs des montagnes qui veillent sur eux. Béjaïa, où toutes les couleurs de la nature se sont données rendez-vous, vit un printemps des plus beaux cette année et se parent de ses plus beaux atours avec ce nettoyage qu’effectuent les équipes de blanche Algérie sur ses ruelles, ses routes et ses plages pour offrir un été des plus meilleurs à ses visiteurs dont un surnombre est attendu cet été. 

L.Beddar

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