C’est un Karim Tabou sur la défensive qui a animé hier après-midi, un meeting à la salle Salah Sadaoui de Bouira. Le FFS, après un long silence au niveau du chef-lieu de wilaya veut ressouder les rangs auprès de ses militants tout en leur rappelant que le plus vieux parti d’opposition n’a pas perdu de ses principes.
Avant la prise de parole du premier secrétaire du FFS, plusieurs orateurs se sont succédés à la tribune devant une salle archicomble. Un représentant du collectif des étudiants de Bouira prendra la parole en premier pour exposer différents problèmes rencontrés au niveau des universités algériennes, et plus particulièrement celle de Bouira.
Ce sera ensuite au tour de Messaoudi Zoubir, coordinateur du Cnapest, de retracer le parcours de ce syndicat de 2003 à ce jour. L’orateur ne manquera pas de tracer un tableau noir de la situation actuelle vécue par l’enseignant, et égratignera au passage le FNAPE (Fédération nationale des parents d’élèves) et à sa tête M. Delalou. Un représentant des architectes de Bouira, le relayera à la tribune pour dénoncer les bureaux d’études étrangers qui exploitent sans vergogne les architectes algériens. Il lancera également un appel au ministère de tutelle afin de faire respecter les lois de la République.
En prenant la parole, Karim Tabou reviendra sur les paroles du coordinateur du Cnapest martelant qu’un pays qui attaque l’éducation est un pays non éduqué. En enchaînant, l’orateur fera part d’une conversation entre lui et le ministre des Affaires étrangères britannique et au cours de laquelle M. Tabou lui aurait affirmé que “le Pouvoir ne gère même plus ses affaires… c’est un Pouvoir basé sur des personnes, des intérêts et que les Algériens n’en sont pas satisfaits.’’ Pour illustrer ses propos, il clamera : “La société est imprévisible, la preuve, si il y a une coupure de courant, on bloque la route, on ferme une mairie…’’ Selon les dires du premier secrétaire du FFS, il aurait déclaré au ministre de Sa Majesté que l’Algérie aurait amadoué les chancelleries étrangères des années durant en leur promettant la sécurité et que le pays ne tomberait pas aux mains des islamistes : “Les gens du Pouvoir sont incompétents, la preuve Ali Tounsi lui-même a été assassiné dans son bureau… quant aux islamistes, en 1991, ils portaient barbes et kamis et faisaient de la propagande, aujourd’hui 20 ans après, ils portent les mêmes longues barbes, les mêmes kamis et roulent en 4X4. Ces islamistes contrôlent l’ensemble du marché informel, si ce ne sont pas eux ce sont des repentis où alors des individus faisant parti des rouages du Pouvoir.” Après avoir évoqué les problèmes des universités algériennes, le 1er responsable du FFS fera le point sur la situation dans les pays voisins et notamment en Libye après la mort de son dictateur. “Medelci a clairement affiché son soutien à Kadhafi, mais nous, Algériens, avons une dictature qui ne rougit pas !’’
Pour le FFS, les émeutes de janvier dernier ont été savamment orchestrées par le Pouvoir : “Le Pouvoir a créé de fausses émeutes pour éviter les vrais. Le Pouvoir a créé de fausses marches du samedi pour éviter les vrais.” C’est en abordant ce sujet que le tribun s’attaquera ouvertement au RCD sans le citer : “Un parti politique vous invite à sortir dans les rues ! Où se trouve-t-il donc ? Nous, Algériens, sommes dans la rue chaque jour… c’est comme cette opération du 17 septembre, une révolution Facebook. Le FFS ne cautionne pas ce genre de manigances’’. Pour le plus vieux parti de l’opposition, la corruption qui sévit en Algérie est qualifiée de “corruption morale’’. “Nous ne sommes pas comme ce parti politique qui casse la JSK, qui casse une mosquée, qui organise des rapts, nous voulons que la Kabylie soit partie intégrante de l’Algérie et personne ne doit marchander cette région”. En allant plus loin dans ses propos, Tabou s’en prendra sans le nommer à Nouredine Ait Hamouda en déplorant que le vaillant colonel Amirouche n’ait pas laissé une descendance digne du chahid. Pour conclure, le conférencier affirmera à l’assistance que “l’Algérie a payé une haute facture pour la démocratie, le FFS a besoin de vous parler, mais nous avons besoin de vous écouter avant tout.’’ Karim Tabou rappellera bien sûr les 200 000 morts et les 15 000 disparus durant la décennie noire tout en affirmant que le FFS demeurera cohérant et fidèle à ses principes.
Hafidh B.

