Saharidj Il réalise avec des moyens rudimentaires des objets artisanaux extraordinaires – Un forgeron ambulant tergui crée l’évènement

Il est arrivé à Saharidj au début du mois en cours. Il a choisi un endroit propice à son activité au niveau de la place publique et commença aussitôt le travail après avoir exposé devant lui quelques articles de sa fabrication, en guise de publicité pour attirer la clientèle. Clientèle qui ne tardera pas à se manifester et l’entourer pour ne plus le quitter depuis, tant par curiosité que pour admirer ses gestes précis pleins de grâce. Installé en tailleur sur une natte étalée à même le sol, ce jeune Tergui, la trentaine, fabrique à partir de plaques d’acier, des objets artisanaux extraordinaires qui dépassent de très loin en solidité et même en esthétique ceux fabriqués en usine, à l’aide d’un équipement des plus simples pour ne pas dire rudimentaire à savoir : un marteau, une petite enclume, une longue pince a mâchoires, un chalumeau relié à une bonbonne de gaz butane et enfin des chutes de plaques d’acier qui constituent la matière première à partir de laquelle notre artisan produit tous les objets de première nécessite utilisés dans la région, haches, hachettes, couteaux de cuisine et poignards de boucher. Le four où est chauffé le fer est un simple petit trou creusé par terre. La simplicité de ces outils de travail ajoutée à la qualité et à la beauté de son produit fait de véritables objets d’art, ont fait toute la grandeur de cet homme dont les doigts sont une véritable machine de précision, le tout lui attira respect et sympathie de la population qui s’est rapidement familiarisée avec lui. Sa langue maternelle le tergui, une variante dérivée de Tamazight a achevé de le faire adopter et intégrer au sein de la population. Cet homme bleu s’est imposé par son art et son infinie gentillesse. De plus, il ne chôme pas, travaillant d’arrache-pied du matin au soir pour satisfaire les commandes qui pleuvent sur lui.

Nullement dérangé par l’attroupement de badauds qui l’entourent à longueur de journée, il s’attelle calmement à sa tâche, avec une patience de fourmis tout en veillant à pratiquer des prix abordables à la portée de toutes les bourses dans une fourchette de 300 à 600 Da, selon l’outil commandé. Les hachettes et les couteaux de boucher sont les plus sollicités en prévision de la prochaine immolation de l’Aïd, pour laquelle ces deux outils sont indispensables. «Combien gagnez-vous par jour?», le questionnons-nous. Il sourit et s’abstient de répondre pour des raisons évidentes. Nous reformulons notre question d’une manière moins directe : «Combien d’objets fabriquez-vous par jour ?». «Entre 15 et 20 », répond-il cette fois, sans hésitation un simple calcul fera ressortir une bagatelle entre 3000 et 5000/jour, soit le salaire d’un professeur d’université à partir d’insignifiants équipements et une volonté …de fer. Nous apprenons qu’il est originaire de la région de Tamanrasset et Tergui d’origine et qu’il se sent parmi les siens en Kabylie.

Oulaid Soualah