Béjaïa Aïd oblige, c’est la semaine du mouton… – Papa, achète celui aux grandes cornes!

Les combats des enfants par cornes interposées, font toujours rage dans les quartiers au lendemain de la fête. Ces cornes allongées de bâtons ou de manches à balai, font office de port de lance que les bambins utilisent dans leur jeu.

Acheter un mouton à sacrifier le jour de le fête de l’Aïd, n’est pas seulement satisfaire une recommandation religieuse (la sunna du Prophète), mais c’est aussi et surtout, de nos jours à Béjaïa, exécuter une obligation familiale pour satisfaire les enfants qui exigent un bélier aux grandes cornes spiralées et annelées. Car, même si la tradition des combats de béliers, bien connue dans la capitale des Hammadites a tendance à s’estomper du fait, sans doute, de la survenue d’autres moyens de distractions, les combats des enfants, en revanche, par cornes interposées, font toujours rage dans les quartiers au lendemain de la fête. Ces cornes allongées de bâtons ou de manches à balai, qui feront office de port de lance que les joueurs tiennent dans la main, sont heurtées avec violence, les uns contre les autres, et le vainqueur est celui dont la corne et restée intacte à la fin de la partie. N’étant pas chronométrées, les parties ne s’arrêtent que quand il n’y a plus de combattants ou à l’heure du déjeuner. Une autre particularité à Béjaïa, c’est que depuis un certain temps, à l’approche de l’Aïd, les souks à bétail sont improvisés à chaque coin de rue. Dans chaque coin de rue, il y a un marché à bétail. Plus encore à Dar Nacer, un quartier périphérique de Béjaïa, c’est tous les rez-de-chaussée des immeubles qui sont transformés en bergeries et en lieux de vente de moutons, à tel point que le marché à bestiaux habituel de la route des Aurès est déserté par beaucoup d’acheteurs.

Le prix moyen d’un mouton cette année se situe dans une fourchette allant 22000 à 45000 DA. Il y a moins cher et plus cher, bien sûr, mais là ce sont des cas extrêmes qui n’intéressent pas la majorité. Un bon acheteur, explique un maquignon rencontré au souk de la route des Aurès, doit savoir évaluer rapidement le poids net de viande que va donner un mouton sur pied, puis multiplier ce poids par 1000 DA, qui est à peu près le prix pratiqué par les bouchers. Si le montant qu’il trouve correspond, plus ou moins, à celui proposé par le vendeur, il peut acheter sans risquer de se faire arnaquer. Si la somme trouvée est trop inférieure à celle donnée par le vendeur, au point où le prix du kilo de viande reviendrait à 1100 ou 1200 DA, il doit changer de mouton ou carrément de maquignon. Certains, pour éviter le mouton, ses cornes, ses bêlements incessants, les bottes de fourrages à acheter et à transporter, les graisses et les os dont est composé principalement l’ovin, optent pour la formule du sacrifice en commun d’un veau. A deux ou à trois et même jusqu’à sept personnes, comme autorisé par la loi religieuse, ils cotisent et achètent un veau qu’ils égorgent et dépècent avec l’aide d’un boucher habitué à ce genre de travail. Là ils auront, selon les dires des connaisseurs, plus de viande, moins de graisse et la viande, si l’achat est bien fait au départ, reviendrait autour de 800 DA le kilo. Le maquignon précise que jusqu’à 850 DA le kilo, les participants peuvent estimer qu’ils ont fait une bonne affaire. Car le prix de la viande à l’Aïd Amokrane revient, habituellement, au prix de celui pratiqué dans les boucheries. Les gens auront gagné seulement le bouzelouf et les tripes.

B. Mouhoub