Hommage à Dda Ali Mames – Un militant de la cause amazigh par-delà ses cheveux blancs

L’Audacieux Dda Ali Mames vient de nous quitter à l’âge de 80 ans. Ni son âge avancé ni sa maladie et encore moins sa fonction ne l’ont empêché d’être de tous les rendez-vous pour nos apporter son soutien mais surtout son assurance qui amplifiait notre détermination à faire valoir la cause amazigh. Il tenait son courage dans ce qu’il avait été un Amjahed durant la guerre de libération nationale.

L’âge avancé dans notre culture est un gage, une garantie et une caution de la justesse et de la légitimité d’une cause. Dda Ali, rare grand personnage qui le faisait, le savait bien et nous les apportaient tous et toujours. Son commerce situé prés de la place Odin au centre d’Alger (autant dire devant la gueule du monstre) fût pour nous dans les années folles marquées par la dictature de Boumediene, notre refuge le plus sûr. De-là partaient tous les tractes et les revues clandestines telles que Itij, Tafat entre autres. Depuis ce lieu se nouait discrètement les contacts entre militants. Il était prêt à sacrifier son grand magasin pour la cause. Membre fondateur et bienfaiteur du Congrès Mondial Amazigh et de toutes les initiatives, Dda Ali nous accompagnait partout. Il n’hésitait jamais à prendre l’avion en provenance de Paris pour être présent avec sa famille comme pour grossir encore plus les rangs. Tout récemment, il y a à peine quelque mois, il prit contact avec le président de l’association des enseignants de langue berbère pour mettre à disposition dans sa demeure de Tizi Rached toute une école pour élargir aux adultes l’enseignement de cette langue pour laquelle il vouait une adoration divine. Heureux qui comme Dda Ali Mames qui ne s’est pas dérobé à ses obligations tant la cause devait concerner tous. Mais combien de personnes âgées, campées dans une peur bleu, nous ont pour la plus part refusé leur aide, leurs orientations et leurs conseils lorsqu’elles ne nous méprisaient pas tout simplement. Si nous devons certaines grandes vérités à l’histoire c’est celle-là en est une. Mais pour Dda Ali, pour son engagement, pour sa bravoure, pour son âge et pour ses cheveux blancs nous leur pardonnons d’avoir eu si peur et de nous avoir rejetés. Après tout la peur est une nature humaine… pendant qu’aujourd’hui, même s’il reste encore beaucoup à faire, notre cause a triomphé sur la bêtise humaine.

La dépouille du défunt arrivera de France aujourd’hui et l’enterrement aura lieu demain mercredi à Tizi-Rached.

Abdennour Abdesselam