Béjaïa Journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes – Battues et maltraitées en catimini !

Une journée de sensibilisation sur la violence sociétale et familiale a été organisée samedi dernier au niveau du TRB à l’initiative de l’association des femmes algériennes cadres, AFAC, pour sensibiliser et débattre de ce fait social qui gangrène la société et niche dans les foyers algériens.

Trois conférences ont été cependant données par trois conférencières membres de l’association. Mme Baa, vice-présidente de l’association, psychologue et chargée de cours à l’université de Béjaïa a d’abord expliqué le phénomène de la violence dans son ensemble en insistant sur la violence conjugale qui, selon elle, prend de plus en plus d’ampleur de nos jours. Une enquête de l’INSP Institut National de le Santé Publique et une autre du ministère de la santé en 2006 ont montré que la majorité des femmes maltraitées ou battues n’ont pas un niveau d’instruction élevé ce qui fait qu’elles n’osent pas franchir le pas pour aller se plaindre des maltraitances par méconnaissance de leurs droits ou bien de peur des représailles. Mme Merrah, sociologue et secrétaire générale de l’association, indique «qu’à peine 10 % des violences faites aux femmes sont déclarées et que 70 % d’entre elles se passent au sein de la famille». Pour elle, «c’est toute la société qui instaure la violence et c’est le maillon faible qui en subi les conséquences». C’est, selon la conférencière, «un rapport de domination sociale établi par une société patriarcale où la religion et le code de la famille ont leur mot à dire». La conférencière estime d’une vision de sociologue que les violences faites aux femmes sont «institutionnalisées et anticonstitutionnelles», en d’autres termes, explique Mme Merrah, «les femmes violentées par les conjoints ou par les proches n’osent pas aller déposer plainte et si elles arrivent à le faire, elles devront faire face à un énorme vide juridique». Une avocate à la cour de Béjaïa a appuyé lors de son intervention les propos de la sociologue. En tant que juriste, elle informe que «dans la majorité des cas de violence conjugale, les magistrats préfèrent réconcilier le couple et d’autres s’inspirent de leurs propres convictions religieuses pour rendre le verdict qui n’arrange malheureusement pas la femme dans la plupart des cas. Cela fait que les auteurs des violences jouissent d’une certaine impunité et ne s’empêchent pas de récidiver par manque de mesures coercitives». La journaliste de la radio Soummam, Assia Mammeri, s’est présentée avec un bilan des cas de violences faites aux femmes au cours de l’année 2010. «Le bilan est loin d’être exhaustif et les statistiques ne sont pas fiables puisque les femmes maltraitées continuent à préférer le silence qu’à l’extériorisation de leur calvaire. La police n’a enregistré que 35 cas de violence envers les femmes à Béjaïa dans la période comprise entre le mois de janvier et le mois d’octobre de l’année passée», dira la journaliste.

Mohand Hamed Khodja