Exigeant « un recasement pur et simple dans des logements adéquats », les habitants de la cité Mokadem Amar, dans la ville de Tizi-Ouzou, ont observé hier, un sit-in devant le siège de la wilaya après avoir fermé son portail, à l’aide de chaînes et de cadenas, ainsi qu’une partie de la rue.
Les protestataires, de pères de familles avec femmes et enfants, étaient là depuis 7h30 du matin, pour crier haut et fort leur détresse et interpeller, encore une fois, les autorités sur ce qu’ils qualifient de vie « précaire » et de « marginalisation ».
Ces habitants ont orné l’entrée du siège de la wilaya par des banderoles sur lesquelles ils ont exprimé leur ras le bol, et où on pouvait y lire, notamment, « Halte aux mensonges, agissez Mr le wali », « Les autorités sont responsables de toute escalade ou dérapage », « suivez cette flèche à 60m pour voir nos conditions de vie depuis 50 ans » et « Halte à la hogra ». « Depuis le 21 avril passé date à laquelle le wali nous a reçus, rien n’a été fait jusqu’à maintenant », nous a déclare un représentant du comité des habitants de cité Mokaddem, rencontré lors du sit-in. Ce dernier a avancé que « le wali a donné des instructions pour qu’on nous réalise quelques travaux afin d’améliorer notre situation, en attendant le recasement définitif, mais tout ce qui a été réalisé c’est uniquement deux pistes en guise de ruelles ». Le même interlocuteur parle « d’enlèvement des gigantesques eucalyptus qui menaçaient les toitures de leurs baraques ainsi que du problème d’électricité ». Selon lui, c’est « il est honteux qu’à quelques 60m seulement du siège de la wilaya, 45 foyers sont privés d’électricité », ceci, avant d’ajouter que « nous ne demandons la lune, nous sommes conscients que les logements ne poussent pas comme des champignons, mais, au moins, les autorités doivent se pencher sur notre situation actuelle et l’améliorer, en attendant le recasement promis depuis très longtemps ». Il est à souligner que, selon les représentants des habitants protestataires, « suite à la pression et à la fermeture du portail du siège de la wilaya, le chef de cabinet du wali a voulu nous recevoir aujourd’hui, cependant, nous avons refusé catégoriquement son invitation, parce qu’il nous a toujours méprisés. Nous ne voulons discuter qu’avec le premier magistrat de la wilaya ». Ce dernier semble être plus compréhensif, d’après un membre du comité des habitants de la cité Mokadem, parce qu’il a déjà ordonné la réalisations de travaux pour l’amélioration de notre situation, chose qui n’a malheureusement pas été faite. C’est pour cette raison, que les autres responsables ne veulent pas qu’il nous reçoive, nous pensons qu’il n’est pas au courant de tout cela. Aujourd’hui, il vient de nous donner rendez-vous pour mardi prochain, nous espérons seulement qu’il y’aura une suite favorable ».
Certains jeunes n’ont, néanmoins, pas hésité à prononcer de propos hostiles aux autorités locales parmi lesquelles le wali lui-même. Notons que suite à la promesse du wali de les recevoir la semaine prochaine, les habitants de la cité Mokadem Amar ont débloqué la rue avant de repartir chez eux. Quant à leurs représentants, ils n’ont pas hésité à proférer la menace de recourir à des actions plus radicales dans le cas où ils n’auront pas une réponse défavorable d’ici-là. « La prochaine fois, vous nous trouverez avec de l’essence à la place de ces banderoles et vous serez témoins de ce qui va se passer ici », ont-ils prononcé fermement, et de rappeler qu’ils « sont prêts à s’immoler collectivement par le feu devant le siège de la wilaya, en présence des médias nationaux et étrangers ! » Une menace qui a déjà été adressée aux autorités, aux medias, aux services de sécurité ainsi qu’à l’opinion publique, dans un document, transmis par le comité de quartier, le 17août dernier, dont nous détenons également une copie. Un document où les représentants de la cité Mokadem (les baraques) avaient détaillé la situation des familles résidantes dans le quartier, ainsi que les démarches entreprises auprès des autorités concernées, à savoir l’APC, la daïra, la wilaya et les services de sécurité. A titre de rappel, et à propos de la situation de précarité que ces habitants endurent et dénoncent, nous pouvons relever dudit communiqué du comité de quartier que « ces baraques préfabriqués, aux modestes surfaces et construites en matériaux légers, sans assises solides et couvertes de tôles ondulées, ainsi que toutes celles qui se sont greffées par la suite, sont exposées à tous les aléas climatiques… ces gourbis prévus pour une courte durée de vie, tombent progressivement en ruine après prés de 60 années d’occupation, particulièrement celles qui ont été épargnées par les engins de l’APC lors du recasement forcé de 1989-1990, et qui sont encore occupées à ce jour, renvoyant au regard extérieur une image hideuse du site ».
Rachida Selmani

